MM 1.3 (octobre 2003)
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Supplément (1)

Le bibelot de secrétariat

Le Manuscrit moderne est vendu 13 $ par Guérin Universitaire de Montréal et on en trouve ici, avec l'accord de l'éditeur qui en détient le copyright, une version informatique gratuite réservée à l'usage strictement personnel sur Internet. Ce qui est bon marché et même gratuit peut donner l'impression d'être sans valeur, vite fait et de piètre qualité ou, pire encore, d'être beaucoup moins bon que ce qui coûte beaucoup plus cher, comme le Guide de la communication écrite de Québec/Amérique, par exemple, vendu 25 $.

L'exemple n'est pas choisi au hasard, bien entendu. Car la fausse impression serait malheureusement renforcée si ce dernier ouvrage continuait d'être « recommandé » par le département des études littéraires où j'enseigne à l'Université de Montréal (alors que mon guide ne l'est pas), ce qui est, comme on va le voir, assez invraisemblable. Pourquoi ? Mais tout simplement parce que des universitaires se discréditent à recommander comme « norme commune » un ouvrage qui ne saurait avoir cette fonction.

De quoi s'agit-il donc ? D'un bibelot d'inanité visuelle, d'une potiche de secrétariat. Voyons cela.

Marie Malo, Guide de la communication écrite au cégep, à l'université et en entreprise, Montréal, Québec/Amérique, 1996, X-322 p.

« Communication écrite » est un barbarisme

Le titre de l'ouvrage est inexact et trompeur, en plus d'être un barbarisme. Je ne pense pas, en effet, qu'on utilise l'expression « communication écrite » ailleurs que dans les périphrases et les définitions. En bon français, on parle tout simplement d'écriture et de composition. Il s'agirait donc, si l'on en croyait le titre, d'un guide de rédaction des diverses formes d'écrits. Or, ce n'est pas un guide, pour la raison toute simple qu'il n'est pas autonome. Personne, ni un novice ni un professionnel, ni même un universitaire, ne saurait l'utiliser sans un professeur ou un éditeur qui établisse les consignes académiques ou les règles de rédaction. Un guide qu'on ne saurait utiliser sans guide n'en est pas un, évidemment. Il s'agit donc d'un manuel. Mais c'est là que les choses se compliquent. Je ne pense pas qu'il soit raisonnable de penser qu'un manuel sera utile à la fois aux universitaires, aux secrétaires administratifs ou aux rédacteurs professionnels et en même temps aux classes terminales du petit collège, c'est-à-dire en quatrième et en cinquième années du cours secondaire (pour des jeunes de quinze ans), surtout aux élèves des écoles professionnelles délivrant le diplôme correspondant (le DEP), se concentrant sur le travail de bureau, la bureautique du secrétariat de premier niveau ou élémentaire. Le titre tente de séduire les professeurs de ces « collèges de secrétariat », en faisant croire qu'il serait du niveau du collège (et en particulier, évidemment, du niveau du diplôme collégial), du fait qu'il serait même utile à l'enseignement universitaire, voire à la direction des entreprises où se trouvent des rédacteurs professionnels. Ce titre n'a rien de frauduleux, bien entendu, puisqu'il tient du tape-à-l'oeil publicitaire, qui ne trompera personne, surtout lorsqu'on lit sur la page de couverture la réclame « 300 pages de tableaux, 120 modèles » !

Le soi-disant guide n'en est pas un :
on n'y trouvera donc aucune « norme commune »

Le titre est une chose, l'ouvrage qui s'en coiffe, tout autre chose. En effet, le professeur qui voudrait utiliser l'ouvrage comme manuel verra vite que c'est impossible. D'abord, il ne se compare pas aux manuels correspondants : les Communications d'affaire d'Hélène Dufour (Montréal, McCraw Hill, 1992), par exemple, se doublent d'un cahier d'exercices et d'un corrigé correspondant; ensuite, la comparaison n'est pas nécessaire pour en arriver à cette conclusion, ne serait-ce qu'à cause du classement alphabétique de la matière où aucun enseignement n'est programmé. C'est donc très modestement une encyclopédie des formes de rédaction faite pour séduire les jeunes collégiens se destinant au métier de secrétaire sans avoir encore en poche un diplôme d'étude secondaire.

Petite encyclopédie pour collégiens
un bel exemple : les consignes du « résumé »

Rien/ de plus normal de la part d'une encyclopédie populaire que de se présenter sous l'apparence de la « rigueur » universitaire et l'« efficacité » des rédacteurs professionnels, mais il serait assez surprenant que les prétentions se réalisent en sens inverse et qu'un tel ouvrage puisse convenir aux étudiants universitaires ou aux rédacteurs professionnels. Il suffit d'ouvrir le livre pour s'en convaincre. Tout l'ouvrage est une suite de tableaux s'adressant à des adolescents, avec les consignes qui leur conviennent. Le « mode d'emploi » de ces soi-disant tableaux, présenté en tête de l'ouvrage, prouve à lui seul qu'on ne peut s'adresser ainsi à des étudiants d'université, à moins de les prendre pour des demeurés. Lorsqu'on vous explique que la première qualité d'un bon résumé c'est... sa brièveté et que, pour résumer un texte, on doit d'abord le lire plusieurs fois ! il faut de l'aveuglement ou des intérêts personnels dans la promotion de l'ouvrage pour ne pas comprendre le niveau « académique » de ces enfantillages. Avec l'explication de texte, le résumé est la technique qu'on trouve à la source des analyses littéraires qui se terminent avec la rédaction du rapport de recherche (dissertation, essai critique, mémoire et thèse). Or le tableau que l'encyclopédie de Québec/Amérique consacre au « résumé » n'a aucun rapport avec la réalisation des deux formes de résumés nécessaires aux études littéraires, le résumé d'une oeuvre et celui d'un texte critique. Il s'agit plutôt des consignes qu'on donne au secondaire. On pensera peut-être trouver ainsi le minimum de ce que l'on doit savoir pour réaliser les opérations des niveaux académiques supérieurs, au cégep puis à l'université. Tel n'est pas le cas, car c'est une question de niveau, c'est le cas de le dire. On trouve sur deux pages les « étapes » de la réalisation d'un prétendu « résumé » et des conseils qui relèvent de la cuisine pédagogique utilisable dans une classe d'enfants de quinze ans, auxquels on donne à lire une page d'André Belleau et son résumé (en 250 mots). Pédagogie de l'imitation sur laquelle on reviendra. Rien de tel ne saurait s'adresser à un adulte sans ridicule, d'autant que la recette se révèle incongrue avec l'âge. N'importe quel universitaire comprend que l'exercice proposé ici aux adolescents est une simple « réduction de texte », qu'il ne s'agit pas d'un résumé et qu'un résumé ne se réalise d'ailleurs pas comme cela. Soit, par exemple, la consigne suivante : « Résumer chaque grande partie en éliminant les idées secondaires, exemples, citations, répétitions, digressions, statistiques qui ralentissent [sic] le développement de l'idée essentielle ». On ne saurait produire un résumé de cette façon. Il est en effet impossible d'en réaliser un bon par assemblage de résumés de parties. Ensuite, la consigne contredit le premier objectif du résumé qui est le contraire de l'épuration : soustraire les idées secondaires, les exemples ou les digressions, par exemple, est bien entendu le meilleur moyen de faire un mauvais résumé, surtout s'il s'agit d'une oeuvre littéraire. Mais la vérité est qu'on est ici dans la cuisine pédagogique du collège secondaire et, ce qu'on veut apprendre aux élèves avec ces « consignes », c'est de réaliser sur un texte d'autrui ce qu'on doit apprendre à faire avec ses propres textes, la réduction étant en effet un processus fondamental de la rédaction. L'élève réalise donc des « résumés » artificiels pour apprendre à rédiger des textes de 250 mots avec les idées et le vocabulaire d'un autre. C'est ce que les enseignants du secondaire appellent souvent la contraction de texte. L'exercice est, paraît-il, formateur. Pour un enfant de quinze ans.

Je ne pense pas qu'on puisse demander cet exercice avec ces consignes au cégep, même dans l'orientation professionnelle. Il s'agit d'un simple exercice de composition. Tel est en tout cas sans l'ombre d'un doute le niveau des tableaux relatifs au « plan », à l'« introduction », au « développement », etc. Or au moins dix tableaux ne sont même pas de ce niveau. N'importe quel blanc-bec vous sort sa carte d'affaire : j'imagine assez mal un universitaire utilisant l'encyclopédie de Québec/Amérique pour réaliser l'opération déjà toute préparée par l'imprimeur du coin. Préparer un curriculum vitae, rédiger une lettre et adresser l'enveloppe, tout cela relève du simple niveau domestique (les enfants apprennent petit à petit à faire cela à la maison, dans la vie quotidienne, entre l'âge de douze et seize ans). Mais il y a pire : « classement alphabétique », « glossaire » ou « ordre des parties d'un texte » ne peuvent s'adresser qu'à de graves sous-doués, voire à des déficients qui d'ailleurs ne sauraient même trouver les tableaux en question, puisqu'ils sont dans l'ordre alphabétique ! Et on peut se demander ce qu'un tableau sur la « féminisation des titres et des textes » (sic), c'est-à-dire le bon usage des genres en français, vient faire dans cette encyclopédie des formes de rédaction, surtout si c'est pour écrire, dans le tableau sur la lettre, qu'« on dit au destinataire ce qu'on attend de lui ou d'elle », évidente faute de rédaction (c'est le style « bigenre »). « Le rédacteur ou la rédactrice » (sic) en apprend de belles dans ce tableau s'adressant aux enfants qui n'ont pas douze ans d'âge mental...

Les manuels de rédaction de secrétariat

Cela dit, il reste que l'ouvrage présente pour l'essentiel, aux adolescents, des travaux de secrétariat (présentation d'une lettre officielle, « note de service », « avis de convocation », etc.), auxquels s'ajoutent quelques exercices scolaires, dont la « dissertation » est le plus important. Et encore une fois, le tableau s'adresse sans l'ombre d'un doute aux élèves du secondaire (cf. la chrono-bibliographie ci-contre), mais avec deux exemples (comme cela se trouve souvent) pris à l'université, ce qui est le propre de la pédagogie des petites classes car il ne viendrait à l'esprit d'aucun professeur de donner à ses étudiants un « exemple » de dissertation à l'université, les thèses de doctorat, les mémoires de maîtrise comme les dissertations et rapports de recherche du baccalauréat ne se réalisant jamais par mimétisme. Nous sommes à l'université et non plus au collège...

Et attention, il ne faudrait pas croire que l'ouvrage situe au niveau des élèves du secondaire ce qu'on enseignera au cégep et ensuite à l'université, comme le suggère son titre. C'est au contraire la règle de l'ouvrage que de présenter aux collégiens les travaux de secrétariat qui relèvent de l'enseignement professionnel et dont la bible est Correspondance et rédaction administratives de Jacques Gandouin (Paris, Armand Colin, 5e éd., 1992), tandis que les manuels les plus utilisés au Québec sont ceux d'Hélène Dufour, particulièrement celui déjà désigné plus haut, alors que l'Office de la langue française du Gouvernement du Québec a publié le Français au bureau de Noëlle Guilloton et d'Hélène Cajolet-Laganière (Les publications du Québec, 4e éd., 1996), un guide qui reprend sommairement l'enseignement des ouvrages dont il vient d'être question, mais avec l'évidente intention de contrer les anglicismes propres aux secrétariats du Québec (ce que l'ouvrage fait de manière extrêmement positive en présentant la correspondance d'affaire et les autres écrits administratifs, ensuite les questions typographiques et enfin les problèmes de grammaire et de vocabulaire qui leur sont communs objectifs que l'ouvrage atteint, soit dit en passant, avec l'expertise et les réalisations de Québec/Amérique). Jamais d'aucune manière le prétendu Guide de la communication écrite au cégep, à l'université et en entreprise ne saurait rivaliser avec ces ouvrages, tous plus complets dans la description des formes de rédaction administrative, tandis qu'il ne saurait avoir l'efficacité des ouvrages sans fausse prétention, qui n'ont pas peur de s'afficher pour ce qu'ils sont, les guides et manuels destinés aux élèves du secondaire : Communications d'affaires d'Hélène Dufour et de Lucette Lévesque (Montréal, McGraw-Hill, 1987, dont le chapitre cinq énumère pas moins de trente-sept modèles de lettres et d'avis administratifs différents) ou l'ouvrage de Jacques Robillard, du même titre (Montréal, Saint-Martin, 1992), un peu plus succinct, mais paradoxalement plus complet puisqu'il aborde la question essentielle de la rédaction des textes publicitaires (lettre circulaire, dépliant, brochure corporative et placard publicitaire). Il faut donc préciser que si les formes d'écrits administratifs des secrétariats représentent l'essentiel des types de rédaction de l'encyclopédie de Québec/Amérique, ce panorama est bien loin d'être complet de ce point de vue : l'encyclopédie s'en tient aux formes classiques des ouvrages du domaine, retenant presque toujours les conventions des secrétaires, à mille lieues des travaux critiques des universitaires, bien entendu.

Consignes pour écoliers sur le péritexte universitaire !

Dans ce contexte académique, que viennent faire les inutiles tableaux consacrés aux techniques de rédaction professionnelle et, plus encore, les diverses parties du péritexte des mémoires, thèses et publications ? Je ne pense pas que l'on doive se scandaliser de l'entreprise commerciale, car c'en est une et une belle. On aura compris, j'imagine, que nous sommes dans une encyclopédie des formes d'écrits destinée aux jeunes secrétaires. Ceux qui travailleront dans les petits bureaux ou au pied de l'échelle des grandes institutions. Il est peut-être de bonne politique commerciale de les impressionner avec l'enfilade de travaux professionnels qu'aucun d'entre eux ne réalisera jamais et que personne ne saurait d'ailleurs réaliser convenablement avec les « tableaux » de l'encyclopédie : typographie (« mise en valeur typographique » !), correction d'épreuves, rapports divers ou communiqués de presse. Ce n'est pas le genre de chose qu'on demande souvent au secrétariat du dentiste ou de l'optométriste... Or, si cela ne correspond nullement à l'enseignement destiné à des adolescents, comment voulez-vous que des adultes puissent tirer profit des trois pages consacrées à ces questions, à la présentation d'un dossier par exemple (« note de synthèse ») ? Encore pire pour les trente-quatre pages hallucinantes consacrées, pour les écoliers, aux diverses parties d'une thèse ou d'un ouvrage destiné à la publication. Car aucun universitaire n'utilisera jamais avec le moindre profit cette encyclopédie pour réaliser son « épigraphe » ! sa « dédicace » ! sa page des « remerciements » ! etc. Je vous jure que je n'invente rien. Grâce à ces beaux tableaux synthétiques, « remerciements », « table des matières », « liste des figures », « liste des tableaux » et même « index » sont aujourd'hui à la portée des élèves du secondaire... Il y a là, bien entendu, une assez évidente exploitation des bonnes intentions des jeunes secrétaires, mais je ne pense pas qu'on en trouve d'autres dupes que les responsables des achats du mobilier des secrétariats. Ils mettront ce beau bibelot décoratif sur l'étagère, entre le « Petit Robert » et le « Multi- dictionnaire », mais avec beaucoup moins de profit, sauf pour la qualité biblographique, évidemment.

Bref, l'ouvrage rate sa cible par ses prétentions encyclopédiques et ses prétentions tout court. On pourrait croire qu'il existe à tout cela une exception, celle des règles de présentation matérielle des travaux, si l'on ne connaissait absolument rien des ouvrages classiques à ce sujet ou le guide raisonné qu'on en trouve ici. Cela donne droit à un allongement de la sauce pédagogique, sous forme de tableaux, qui font un peu plus de vingt pour cent (20%) du livre (proportion : 0,2252), soit trente-huit pages portant sur la présentation des textes et trente sur la bibliographie. Ces soixante-huit pages, toujours du niveau du collège secondaire, développent ce que l'on enseigne par essais et reprises au cours des deux premières années à l'université, mais sans la rigueur de l'enseignement où les règles, consignes et alternatives sont présentées dans un ordre logique et dans un ensemble structuré (come cela se trouve dans un guide raisonné). Bien au contraire, il est rigoureusement impossible de tirer une « norme commune » de l'ouvrage de Québec/Amérique et si on l'adoptait dans cette perspective, cela signifierait ou bien qu'on ne le connaît pas, ou bien qu'on est totalement incompétent en la matière, à moins encore une fois d'avoir d'autres intérêts qui n'ont rien à voir avec la présentation matérielle des travaux de recherche à l'université. Exemple élémentaire : on ne saurait tirer aucune « règle commune » pour la réalisation de la page de titre d'un travail universitaire avec le tableau correspondant de l'encyclopédie, qui en accumule plusieurs exemples, tous plus mauvais les uns que les autres. Cela dit, si par hasard un professeur voulait savoir comment on faisait il y a quelques années encore des « pages de titre » au collège ou au cégep, voire à l'université (!), il sera servi à souhait. Évidemment, la bonne page de titre, telle qu'on doit la faire maintenant, celle qu'on trouvera précisément justifiée dans mon Manuscrit moderne, ne se trouvera pas là.

Des consignes essentielles font défaut

Or, tous les petits travaux se remettent à l'université (comme tous les brefs documents dans les milieux professionnels et scientifiques du même ordre, sauf dans le domaine juridique) sans page de titre, avec un simple en-tête -- et on ne trouve aucun tableau sur ce cas le plus courant dans notre encyclopédie, pour la bonne raison qu'on fait faire au collégiens des « pages de titre » à leurs « travaux de recherche » de trois ou quatre pages (comme les notaires, donc !). Même chose, pour les règles de la typographie et de la mise en page, dans un travail de niveau universitaire. Rien qui explique l'élémentaire corrélation entre la longueur d'un texte et le choix de la police et du corps des caractères d'une part et de la mise en page du texte dans ses marges de l'autre. Rien qui explique non plus que le corps ou la grosseur d'un caractère, qu'on calcule généralement en point, n'a aucune valeur absolue, puisqu'il dépend précisément de la police de caractères (de sorte que l'affirmation « générale » suivante est tout simplement absurde : « Les textes courants sont généralement composés en corps 10 à 12, qui sont bien adaptés au format de nos feuilles de papier » (« mise en valeur typographique »). Or, pour n'importe quel groupe d'étudiants, la question concernant la « longueur » du texte à remettre dépend des consignes à ce sujet dont il n'est pas dit un mot. De même l'encyclopédie ignore toutes les règles typographiques propres aux études littéraires (italiques ou soulignés, jamais de gras, et pourquoi). Sans compter les consignes qui me paraissent tout simplement inadéquates, comme cette affirmation que « des études ont prouvé » (ah ! ah ! ah !) que les retraits en tête des alinéas étaient inutiles... Quoi qu'il en soit, aucun collégien ni aucun étudiant de pourra réaliser la mise en page de son travail à partir de cette énumération alphabétique : c'est impossible, car tel n'est pas le but de l'ouvrage qui n'est pas un guide, il faut le répéter, ni même un manuel, mais une encyclopédie.

Après cette « réduction », il ne reste plus qu'un petit nombre de tableaux où les consignes adoptées dans le domaine des études littéraires (mais pas toujours les bonnes, malheureusement) se trouvent amalgamées à l'enseignement du collège, notamment en ce qui concerne les références bibliographiques, dont les étudiants de lettres auront des centaines d'exemples sous les yeux dans les articles et les livres qu'ils utiliseront tout au long de leurs études. Mais disons que les trente pages de tableaux consacrées aux « notices (sic) bibliographiques » véhiculent aussi des concepts qui ne devraient plus avoir cours après le collège, tout simplement parce qu'ils sont faux ou absurdes : la très célèbre « citation d'idée » en particulier, qui concorde très bien avec les exercices de « réduction » et « développement de texte », l'idée qu'un développement, un plan ou un commentaire puisse articuler plus de trois idées maîtresses, ou qu'un « commentaire composé » (quel barbarisme !) puisse être autre chose que la rédaction des conclusions d'une explication de texte.

Et il faut pour finir revenir à l'essentiel. Imaginer un instant que cet ouvrage puisse être autre chose qu'un joli bibelot de secrétariat et que des universitaires puissent le proposer comme « norme commune » est assez hallucinant pour se persuader qu'on ne l'aura jamais examiné attentivement. Imagine-t-on un instant ces consignes de collèges secondaires adressées à des universitaires ? Il faut chercher les mots inconnus dans le dictionnaire (lequel, ciel !), il faut « décortiquer » les textes en les lisant un crayon à la main ou, on l'a vu, mais c'est tellement délicieux que je veux le répéter, on doit lire plusieurs fois les textes avant de les résumer, tandis qu'on fait une « lecture rapide » du dossier dont on doit produire une « note de synthèse »... Et croira-t-on sérieusement que l'on puisse dire à un universitaire que le début d'une lettre s'écrit aux temps du passé, étant donné qu'une lettre rappelle forcément des choses passées ? Non seulement la petite encyclopédie de Québec/Amérique ne s'adresse qu'à de jeunes collégiens, mais elle se situe en deçà, présupposant que la médiane est en-dessous de la moyenne.

Un ouvrage sur la rédaction bien peu rédigé

D'ailleurs, n'est-il pas significatif qu'une encyclopédie des formes d'écritures soit aussi peu rédigée ? Voilà pour l'inanité visuelle digne du bibelot mallarméen : ces tableaux insipides et débilitant (s'ils étaient destinés à des universitaires) ne sont pas pour donner le goût de lire et d'écrire, évidemment. Plus extraordinaire encore, le fait que ce qu'on appelle « tableau » dans cet ouvrage n'en soit pas ! Il s'agit tout simplement de liste de listes s'appliquant à l'aveugle. Cela découle des « formulaires » que les informaticiens mettent au point à l'aide de routines de programmation pour que n'importe qui puisse entrer des informations de manière systématique sur un corpus donné (de sorte qu'ils pourront être traitées automatiquement). Les principales formes de « communication écrites », par exemple. Pour chaque forme trouvée, il suffit de remplir le questionnaire informatisé. Que le monstre ainsi produit se retrouve entre les mains d'étudiants en études littéraires, c'est je crois le comble de la contre-formation. En tout cas, jamais n'aura-t-on vu un guide de rédaction des divers types d'écrits aussi peu rédigé !

On devrait donc s'entendre sur une chose assez évidente. Cet ouvrage, ni sa productrice (qui présente modestement son livre pour ce qu'il est, une suite de brèves synthèses sur divers types d'écrits), ni même son éditeur (qui a fait un excellent montage de la mise en page informatique) ne méritaient que j'en fasse le compte rendu. La faute en est aux professeurs et aux étudiants qui ont fait la promotion de cet ouvrage commercial pour qu'il devienne la « norme commune » recommandée d'un département des études littéraires. A eux de s'en expliquer. Ils doivent avoir des raisons qu'on voudrait connaître... Car je n'ose croire, bien entendu, qu'il s'agissait de nuire à mon guide de présentation des travaux universitaires qui, lui, ne se recommande pas autrement que par ses qualités et ma compétence en la matière.

Appendice

Classement des tableaux de l'ouvrage

On trouve entre parenthèses le nombre de pages de chaque tableau (l'ouvrage compte 302 pages). La courbe qui se dégage de ces statistiques désigne l'objet principal de l'ouvrage : le secrétariat professionnel (conduisant à un diplôme d'études professionnelles). Il suit que le niveau intellectuel de l'ouvrage est celui du collège secondaire, légèrement orienté vers les exigences du cégep. Mais la pédagogie, celle du « tableau », est évidemment du niveau des élèves de quinze ans de la fin du collège secondaire.

Voilà pourquoi il faut environ 20% de l'ouvrage pour énumérer sans consignes précises ni justifications adéquates les diverses alternatives des règles de présentation des textes et des bibliographies. On s'adresse à des adolescents.

1. Pour les déficients (18)

Ordre des parties d'un texte (2)
Classement alphabétique (5)
Féminisation des titres et des textes (5)
Liste (sous le titre « énumération ») (4)
Glossaire (2)

2. Du niveau domestique (28)

Enveloppe (sic) (3)
Le texte d'une lettre (6)
Carte professionnelle (3)
Communications d'affaires écrites (sic) (3)
Curriculum vitae (13)

3. Composition scolaire (30)

Résumé (4)
Plan (4)
Introduction (5)
Développement (3)
Transition et marqueurs de relation (sic) (12)
Conclusion (2)

4. Règles de dactylographie (5)

Règles de saisie (sic) de la ponctuation (5)

5. Pour se préparer au collège (24)

Carte géographique (3)
Commentaire composé (7)
Compte rendu critique (4)
Dissertation (10)

6. Du niveau des secrétariats (49)

Parties et mise en page d'une lettre officielle (18)
Note de service (3)
Carte d'invitation (3)
Avis de convocation (3)
Ordre du jour (2)
Avis de nomination (3)
Offre de service (6)
Procès-verbal (7)
Compte rendu événementiel - de réunions, rencontres, etc. (4)

7. Rédaction professionnelle (24)

Correction d'épreuves (2)
Rapport, sens multiple, sauf celui de rapport de recherche (8)
État d'un dossier (« Note de synthèse », sic) (4)
Révision (sic) de texte (1)
Communiqué de presse (3)
Questionnaire d'enquête (6)

8. Figures et figurations (20)

Pictogramme ! (1)
Graphique (6)
Organigramme (2)
Figure (3)
Tableau (4)
Transparent (4)

9 Encadrement des thèses, péritexte des publications (34)

Épigraphe (2)
Dédicace (2)
Remerciements (3)
Avant-propos (3)
Sommaire (3)
Liste des abréviations et des sigles (2)
Hiérarchisation des titres et sous-titres (4)
Annexe (2)
Appendice (2)
Index (3)
Table des matières (4)
Liste des figures (2)
Liste des tableaux (2)

10. Présentation matérielle (68) proportion : 0,2252

10.1 Texte (38)

Typographie (« Mise en valeur typographique », sic !) (4)
Page de titre (3)
Mise en page (5)
Guillemets (4)
Citation (8)
Référence dans le texte (4)
Appel de note (3)
Note de contenu et de référence (7)

10.2 Bibliographie (30)

Bibliographie (4)
Règles de transcription des titres d'oeuvres (4)
Notices (sic) bibliographiques (article, livre, partie d'un livre et publication gouvernementale) (22)

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