El bozo
TdM Ouverture du fichier de synthèse sur l'hispanisme dans les oeuvres d'Isidore Ducasse TGdM

L'hispanisme dans les Chants de Maldoror

 

Introduction — Préliminaires de l'étude à venir

L' h-i-s-p-a-n-i-s-m-e

      Ici, sur El bozo, l'édition critique des Chants de Maldoror en est à la strophe 6.7, présentement sous étude. C'est dire qu'il reste quatre strophes à éditer avant de pouvoir tirer les conclusions sur le principal objet de ce travail, l'hispanisme dans les Chants (avant d'en venir sur cette question aux Poésies et à la correspondance).

      J'ouvre donc dès maintenant le présent fichier où se trouvera à la fin la synthèse sur la question, car on lit souvent, au fil de l'édition, des analyses ponctuelles sur la rédaction du « parfait bilingue » et, dès le début, c'était l'introduction, les hypothèses qui se confirment de plus en plus. L'hispanisme est la première caractéristique de la langue et de la grammaire des Chants. Cela implique une réussite à nulle autre pareille, mais aussi des faiblesses et notamment des incorrections. Et ces incorrections sont de deux ordres, d'abord les « hispanismes », comme on désigne les fautes que font les hispanophones en français, mais ensuite, également et surtout, les faiblesses grammaticales et les approximations lexicales du français qu'on trouve forcément chez les jeunes parfaits bilingues, qui ont dû apprendre deux langues au cours de la petite enfance. Cette réalité n'a aucune commune mesure avec les adultes qui apprennent une langue seconde.

      Au début de mon travail, alors que j'accumulais des dizaines et bientôt des centaines d'hispanismes lexicaux, j'avais la surprise d'entendre des francophones, qui ignoraient tout de la langue espagnole, me soumettre candidement l'hypothèse qu'Isidore Ducasse s'amusait de ses hispanismes et qu'il produisait très consciemment ces réussites, voire ces incorrections ! Avec le temps, cela leur a passé et personne n'ose prétendre aujourd'hui que l'auteur ne faisait pas face au défi considérable des parfaits bilingues, qui doivent mettre des années, une bonne partie de leur vie, à se corriger, dans l'une des deux langues de leur petite enfance, s'ils choisissent d'écrire dans une seule des deux et surtout de faire carrière dans un domaine de la rédaction. Isidore Ducasse s'est fait écrivain français à Paris.

      Très tôt toutefois, sont apparus les professeurs francophones des langues castillanes et maintenant des hispanophones qui s'amusent, eux, à jouer les savants grammairiens, linguistes et lexicologues de la langue française. Le jeu consiste à piger ici et là dans mon fichiers des hispanismes lexicaux, comme « exemple » du fait que j'identifie très souvent des hispanismes qui n'en sont pas du tout, ces vocables se disant fort bien dans ces sens en français. Heureusement pour eux, ils se contentent de faire ces remarques critiques très confidentiellement. Mais parfois, et c'est amusant, cela se dit entre les branches dans des colloques internationaux, voire les rencontres « internationales ».

      On trouve toutefois sur l'internet un document, qui accompagnait une séance de séminaire du professeur Thierry Davo de l'Université de Reims, intitulé « Guy Laflèche et Lautréamont : lecture bilingue des Chants de Maldoror » (2016). Le professeur d'espagnol n'a pu me transmettre le texte ou un sommaire de sa communication (qui traiterait de la langue du lecteur dans sa lecture des oeuvres). Lorsque son document présente des hispanismes lexicaux (peu nombreux), ils se trouvent déjà tous dans mon glossaire. Et son document contient beaucoup d'éléments sans aucun rapport avec l'hispanisme, dont plusieurs expressions parfaitement correctes en français. Aucune critique de mon travail ne s'y trouve, moi dont le nom figure dans le titre de son document ! Au fil de nos échanges cordiaux, en 2018, il finit tout de même par m'écrire que sa communication critiquait ce qui lui semblait être certains excès, citant me dit-il, « les propos de Starobinski sur les anagrammes de Saussure. En gros, est-ce qu'à force de chercher, on ne finit pas par trouver ce que l'on cherchait ? » (10 déc. 2018). Ses « critiques sur des points précis », bien que promises, ne sont jamais venues. Il faut dire que mon sympathique jeune collègue n'est pas, comme moi, retraité, et par conséquent, comme presque tous les professeurs, il est ... débordé !

      La deuxième et dernière intervention concernant la présente étude des hispanismes dans les Chants est à la fois publique et curieusement condidentielle. Elle est de l'Uruguayen Jacques-André Duprey, dans sa biographie et son étude littéraire, ouvrage intitulé Lautréamont uruguyo, vol. 1, Biografía de Isidoro Luciano Ducasse, 1846-1870 (Montevideo, El bichito, 2013, 306 p.). En fait, les Ediciones del Bichito ne répondent pas; l'ouvrage ne se trouve ni à la Bibliothèque nationale de Montévidéo, ni à celle de Buenos Aires, ni apparemment dans aucune bibliothèque universitaire d'Amérique du Sud, ni celle du Mexique ou celles d'Amérique du nord, ni nulle part en Europe, sauf... magiquement, à la Bibliothèque Nationale de France ! — Mais il est possible que les éditions El bichito ne soient qu'un prête-nom. En rendant compte d'une intervention de l'auteur au colloque de Montévidéo de juin 2018, Michel Pierssens dit de l'ouvrage qu'il a été « publié à compte d'auteur mais jamais réellement diffusé » (Cahiers Lautréamont, nouv. série, no 1, 2019, p. 50).

      L'ouvrage n'est donc connu que par le résumé (car il ne s'agit pas d'un compte rendu) qu'en donne Kevin Saliou, qui a eu la chance extraordinaire de recevoir l'ouvrage en cadeau, de son auteur, lors d'un passage en Uruguay : « Lautréamont urugayo » (les Cahiers Lautréamont, nouv. série, no 1, 2019, p. 79-97). Autour de la page 125, l'ouvrage contient une section ou quelques pages sur l'hispanisme d'Isidore Ducasse. En voici le résumé de K. Saliou, que je commenterai ensuite, en l'annotant.

Duprey propose encore un relevé nuancé et raisonné des hispanismes de l'oeuvre, distinguant les hispanismes pleins, indéniables et grammaticalement incorrects dans la langue française, des hispanismes partiels, manières confuses de s'exprimer qui produisent un effet d'étrangeté (1). Mais, s'apposant à Guy Laflèche qui voyait des hispanismes à toutes les pages (2), Duprey explique : « en général, les analystes qui ne parlent pas espagnol ont tendance à voir dans l'oeuvre d'Isidore plus d'hispanismes qu'il ne s'en rencontre (3) » (p. 125). Avec justesse, il fait également remarquer que dans les Poésies (4), où Ducasse se présente comme un écrivain français (5), on ne trouve guère de ces tournures hispanisantes, alors que l'expression confuse (je reprends le terme employé par Duprey) demeure. Duprey rappelle que le principal apport migratoire à Montevideo, pendant l'enfance du poète, fut le français, et ensuite l'italien (6). On parlait donc en Uruguay un langage hybride mêlant espagnol, français et italien. François Ducasse (7) pouvait lire alors un large choix de journaux en français, édités sur place, si bien que les hispanismes d'Isidore ne sont vraisemblablement pas une création originale, consciente (8) ou inconsciente, mais bien la manière dont le français se parlait à Montévidéo (9). Ils révèlent moins des traits de sa personnalité ou de son caractère (10). En France, les Pyrénées constituent une barrière naturelle qui a freiné les contaminations linguistiques dans la région de Tarbes ou de Pau (11). Durant ses années d'études, Isidore a été contraint d'oublier sa fréquentation de l'espagnol pour adopter le français plus correct qu'exigeait de ses écoliers l'enseignement des lycées impériaux. Sa pratique du latin aura achevé de brouiller les cartes, si bien qu'il est difficile de déduire aujourd'hui ce qui est un hispanisme dans l'oeuvre de ce qui est un latinisme (12).

—— Kevin Saliou, article cité résumant le livre de Jacques-André Duprey, p. 86-87.

      Évidemment, on ne peut tirer de conclusions définitives sur un résumé de l'ouvrage de J.-A. Duprey, avant d'avoir eu l'ouvrage en main. Mais il est fort probable que le résumé de K. Saliou ne trahisse pas le texte, de sorte que les critiques et commentaires qui suivent devraient être pertinents. Dès que j'aurai pu lire l'ouvrage, c'est mon propre résumé, avec citations et exemples à l'appui qu'on trouvera ici, ou plus probablement un compte rendu critique du moins de la section du livre consacrée à l'hispanisme.

(1) Départager des hispanismes « pleins » et « partiels » n'a évidemment rien de nuancé ni de raisonné, car ce n'est pas approprié et à plusieurs niveaux. D'abord il faut distinguer les diverses formes linguistiques des hispanisme, car les hispanismes morphologiques et à plus fortes raisons syntaxiques sont incontestables par définition et ce sont ces hispanismes qui affectent le plus profondément la texture des Chants : au théâtre, les Chants devraient être lus avec l'accent espagnol. Voir le fichier « locutions et tournures syntaxiques ».

      J.-A. Duprey doit prendre en considération les seuls hispanismes lexicaux. Or, il suffit de se reporter au glossaire du présent fichier pour comprendre que les hispanismes lexicaux ne s'analysent nullement en deux catégories qu'on pourraient désigner comme « plein » ou « partiel ». Il faut d'abord considérer deux axes de l'analyse, l'analyse lexicologique d'un côté, l'analyse contextuelle de l'autre. En effet, à partir du moment où un hispanisme lexical est identifié, il faut évaluer ses occurrences. S'il s'agit d'un hapax, un vocable qui ne se présente qu'une fois, ou d'un vocable de très basse fréquence, une analyse du type de celle proposée par J.-A. Duprey serait possible, si du moins il s'agissait de la majorité des cas. Or, beaucoup d'hispanismes lexicaux, comme on le voit au glossaire, ont des fréquences moyennes, élevées ou même très élevées. Dans tous ces cas, une analyse en mode binaire n'est pas appropriée, ni même possible. Il faut d'ailleurs distinguer deux situations très différentes. Soit un vocable présente une signification hispanique pour une partie donnée de ses occurrences, et une autre partie parfaitement conforme aux emplois français; soit encore (et c'est le plus fréquent) une série d'occurrences qui se distribuent, en contexte, entre des occurrences d'emplois parfaitement français et d'autres radicalement hispaniques, ou « plus ou moins », c'est-à-dire que les emplois sont gradués et à tel point qu'il est parfois difficile de situer sur l'échelle un emploi particulier. Il y a même quelques cas où un emploi d'un vocable « est » ou plutôt « paraît » parfaitement français, alors que l'étude des autres occurrences du vocable prouve hors de tout doute que le vocable en question n'a pas ce sens « français » pour son auteur ou dans le contexte et que le comprendre ainsi trahit le texte. Dès lors, on comprend vite que ce ne sont pas les vocables qui nous intéressent dans l'analyse de l'hispanisme lexical, mais bien leurs contextes et chacun de leurs contextes.

      On comprendra donc qu'il n'est probablement question que des hispanismes lexicaux dans l'ouvrage de J.-A. Duprey, et non des hispanismes morphologiques, ou des hispanismes syntaxiques. Or, il se trouve que les hispanismes conjuguant la morphologie, la lexicologie et la syntaxe produisent des expressions, des propositions et des phrases que J.-A. Duprey comprend parfaitement bien. Mais il ne sait pas et ne peut savoir qu'aucun francophone ne peut rien y comprendre. Le plus important apport d'El bozo, la moustache de Lautréamont aura été de mettre sous les yeux des lecteurs francophones une centaine de segments des Chants qui ne se comprennent pas en français. Désignés sous le nom de « locutions et tournures syntaxiques », c'est certainement le fichier le plus important non seulement pour les francophones, mais également pour les hispanophones qui voudraient savoir... ce qui ne se comprend pas en français dans les Chants ! Il ne s'agit évidemment pas de traduire ces expressions, mais d'indiquer aux francophones qui lisent les Chants ce qu'elles signifient « en espagnol dans le texte » !

      En ce qui concerne l'hispanisme dans son ensemble, rien n'empêchera, évidemment d'en proposer une évaluation globale; pour l'hispanisme lexical dans les Chants, ce sera le prochain objectif du présent fichier, « L'hispanisme dans les Chants de Maldoror », de l'établir de manière rigoureuse. Mais ses résultats ne s'exprimeront pas dans quelques classes ou catégories, car nous sommes en face d'une symphonie sémantique. Une bonne façon de procéder sera probablement de prendre cette idée au pied de la lettre et d'affecter chaque vocable d'un indice qui représentera ses variations en contexte.

      Encore un mot pour finir cette première note : il faudra voir quelle référence à mes travaux se trouve à la page 125 de l'ouvrage de J.-A. Duprey et à sa bibliographie. Normalement, c'est l'adresse < Singulier.info/ma > qu'on devrait y trouver. Chose certaine, comme on le voit ici, l'analyse qu'on commence à lire est déjà un dénigrement de mon travail, puisqu'il n'en est pas rendu compte correctement, rigoureusement.

(2) La formulation du résumé est évidemment incorrecte. D'abord, on ne doit pas parler au passé, car mes fichiers sont toujours en cours d'élaboration; ensuite il faut dire, ce qu'on lira peut-être dans le livre, si c'est d'un de mes articles à ce sujet ou du présent fichier, dont on parle; enfin, je ne « trouve » pas des hispanismes à toutes les pages, car il « s'en trouve » à toutes les pages. C'est un fait.

      J'ai déjà exposé clairement la procédure qui me permet, en une série de dix opérations, d'éditer chaque strophe et de débusquer ses hispanismes. Après analyse ou après l'évaluation de mes intervenants (dont Manuel Serrat Crespo aura été le plus important), il m'est arrivé d'en soustraire. Mais l'inverse a été beaucoup plus fréquent : dans l'étude d'une strophe donnée, j'identifie un hispanisme (le plus souvent lexical) et je me rends compte qu'il se trouvait déjà dans une ou plusieurs strophes déjà éditées et que je ne l'avais pas vu. Il est donc très probable que de nombreux, très nombreux hispanismes échappent encore à mes analyses. Et dire que J.-A. Duprey me reproche... (voir la note suivante !).

(3) Cette affirmation (une citation) appelle plusieurs protestations. D'abord, les analystes en question, évidemment, c'est moi (car J.-A. Duprey serait bien en peine de nommer un seul autre analyste sur la question); or, cet analyste parle espagnol et, surtout, le lit couramment depuis au moins 55 ans. J.-A. Duprey veut dire, probablement, que je suis francophone; que ma langue maternelle n'est pas l'espagnol. C'est parfaitement exact. Mais J.-A. Duprey ne sait pas en tirer les bonnes conclusions. Premièrement, aucun hispanophone ne trouvera jamais d'hispanismes dans un texte français, c'est impossible. Est-ce que J.-A. Duprey aura trouvé des hispanismes que personne d'autre n'avait vu avant lui ? Voilà qui serait très surprenant, s'il ne s'agit pas d'hispanismes qu'il connaît déjà. Il faut donc un francophone qui maîtrise très bien l'espagnol, mais nécessairement un francophone, pour faire cette analyse. Ensuite, ce francophone doit bien connaître sa grammaire du français et, surtout, l'avoir revue souvent et récemment. L'idéal, évidemment, je n'y suis pour rien, car cela se trouve facilement, est qu'il soit, comme moi, linguiste et grammairien de la langue française.

      En ce qui concerne le fait que je trouverais plus d'hispanismes qu'il ne s'en trouve dans les Chants parce que je suis francophone, l'affirmation n'a pas de sens et relève du dénigrement gratuit. Ou bien j'identifie les hispanismes qui se trouvent dans le texte, ou l'on montre qu'ils n'en sont pas. Et la discussion est ouverte depuis plusieurs décennies sur El bozo, édition interactive des Chants de Maldoror. Or, je l'ai dit en ouvrant le présent fichier, c'est la double attitude inverse qu'on rencontre, celle, absurde, des francophones sans aucune connaissance de l'espagnol qui refusent de voir la réalité (en triturant parfois le français); mais l'attitude contraire est encore plus fréquente et désolante, celle d'hispanophones que refusent absolument de voir un hispanisme qu'on leur signale en affirmant (généralement à grands coups de dictionnaires) que cela est... parfaitement français !

(4) L'édition critique des Poésies viendra bientôt ici. Mais il ne faut pas beaucoup de perspicacité pour avoir l'intuition que la réécriture de travaux scolaires et de textes français comprendra beaucoup moins d'hispanismes que les Chants. D'autant que l'objectif évident d'Isidore Ducasse était alors de « pratiquer » son français.

(5) Ducasse a toujours été et s'est donc toujours présenté comme un « écrivain français ». Un écrivain français d'origine montévidéenne, ses lecteurs le savent tous depuis la dernière strophe du Chant premier. Cela n'a aucun rapport avec le fait qu'on trouve plus ou moins d'hispanismes lexicaux dans les Poésies.

(6) À partir de cette phrase, J.-A. Duprey va donner dans la « critique littéraire » et plus précisément celle des exposés de la peudo-science qu'on pratique au collège, c'est-à-dire l'« histoire littéraire ». Même si l'exposé jusqu'ici était bien éloigné des rapports de recherche (scientifiques, évidemment) des études littéraires, on va assister maintenant aux dérives approximatives se rapportant vaguement au « sujet », l'hispanisme d'Isidore Ducasse.

      À Montévidéo, l'immigration est largement française et italienne durant l'enfance d'Isidore. Donc ! « On parlait donc en Uruguay un langage hybride mêlant espagnol, français et italien ». Il s'agit là, évidemment, d'une pure fabulation, d'autant que cette immigration est récente. Chacun parle sa langue maternelle on ne peut plus correctement. S'il s'y mêle des gallicismes, par exemple, lorsqu'un adulte francophone s'exprime en espagnol, d'abord ce sera exceptionnel et ensuite cela ne porte pas à conséquence, évidemment.

      Ma consultation des journaux à la Bibliothèque nationale de Montévidéo, sommaire il est vrai, mais sur plusieurs jours, ne m'a permis de voir aucun langage « hybride », ni en castillan, ni en français. Si tel avait été le cas, j'aurais évidemment lancé la recherche sur ce beau sujet.

(7) François Ducasse a une formation en pédagogie, il détient son diplôme de l'École Normale de Pau et sera instituteur de 1829 à 1839, durant dix ans. On l'imagine assez mal baragouiner le français de son fils.

      Mais le problème inverse est beaucoup plus important. La langue « maternelle » d'Isidore est le castillan, celui de ses niñeras et de ses amis d'enfance, ceux du voisinage et des jeux; la langue qu'il maîtrisera toujours parfaitement bien à l'oral. Sa langue « paternelle » est le français, mais il est fort probable que son père doive lui parler parfois en espagnol lorsqu'il s'agit de se faire bien comprendre rapidement. On ne sait rien de ce que son père à pu lui enseigner ou lui faire enseigner du français avant son départ pour la France à treize ans. Chose certaine, il ne tient ses hispanismes en français ni de son père, ni du parler des Français de Montévidéo. Sa prononciation du français doit être marquée d'un fort accent espagnol. En tout cas, les Chants prouvent qu'à treize ans il baragouinait le français et que son apprentissage aux lycées de Tarbes et de Pau n'a pas été de tout repos, ni produit tous les résultats escomptés. Mais lui et son père doivent être fier et assez content (respectivement) du résultat, puisque le voilà écrivain français à Paris !

(8) Imaginer un instant et le moindrement que les hispanismes des Chants puissent être une création « consciente » relève du pur délire. La formulation négative n'en est pas moins amusante, puisqu'elle est proprement absurde.

(9) On a compris que cette « conclusion » est également absurde. La question qui se pose est de savoir pourquoi J.-A. Duprey invente une telle hypothèse. Lorsque je pourrai avoir son texte sous les yeux, il est probable que je puisse montrer que son objectif est de minimiser l'importance des hispanismes dans l'oeuvre de Ducasse et d'en dénigrer l'étude. Pourquoi ?

(10) Sic !

(11) Du point de vue linguistique et grammatical, ces années de lycées correspondent tout simplement à son apprentissage du français et, surtout, du français écrit. Il n'y a aucune raison d'enrober cela dans une analyse de la situation du français en France...

(12) Dans l'étude mot à mot des Chants, du début à la fin, je n'ai jamais trouvé un seul latinisme. Sauf erreur, on n'y trouve pas même un seul mot latin. Isidore Ducasse n'a évidemment aucune culture latine, Rome et son empire, ni sa littérature, n'occupent aucune place dans son oeuvre, et il est même curieux que l'enseignement scolaire des études latines n'ait eu absolument aucun impact sur son oeuvre.

      Je crois que la conclusion provisoire de la note (9) confirme celle de la note (1), avec l'affirmation saugrenue suivante : « il est difficile de déduire aujourd'hui ce qui est un hispanisme dans l'oeuvre de ce qui est un latinisme » ! Cette pure invention ne peut avoir d'autres buts que de confondre son lecteur. Pourquoi ?


      Conclusion provisoire. Après la non-intervention de Thierry Davo, l'analyse très approximative des hispanismes lexicaux dans l'oeuvre d'Isidore Ducasse, par Jacques-André Duprey, donne une information incomplète, qui déforme et simplifie une réalité complexe. En revanche, la situation de l'hispanisme dans la biographie de l'auteur, comme ses situations sociales en Uruguay et en France, cela relève de la pure désinformation, dont l'objectif, apparemment, est une tentative d'effacer la réalité déjà déformée du phénomène pourtant passionnant de l'hispanisme dans l'oeuvre du Montévidéen.

      _gl>-, 19 septembre 2021

À suivre


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