El bozo
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Édition critique interactive
des Chants de Maldoror du comte de Lautréamont par Isidore Ducasse

sous la direction de Guy Laflèche, Université de Montréal
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Chant 3, strophe 5






Chant 4, strophe 6

Deux entrées pour les lecteurs pressés

Maldoror
Lautréamont


Éditorial


« L'étude des hispanismes. — Il [Guy Laflèche] a été l'un des premiers à en souligner l'importance dans le texte de Lautréamont. L'accord s'est fait aujourd'hui pour reconnaître leur présence. Est-elle aussi constante que le dit M. Laflèche ? Les Chants de Maldoror sont-ils un « texte entièrement pensé en espagnol AVANT d'avoir été ensuite rédigé en français » comme il l'écrit ? Seul son travail achevé permettra de répondre à ces questions. Il nous demande d'accepter l'idée que nous n'avons à peu près rien compris au texte jusqu'à présent, ce qui naturellement est difficile à concevoir a priori. L'enjeu est donc de taille, et radical, puisque c'est plus d'un siècle de recherche critique qui se verrait anéanti, si M. Laflèche a raison ! Je ne saisis pas s'il mesure exactement la violence de sa proposition ».

—— Ducassologue anonyme, automne 2003.

Le présent site est toujours répertorié de manière amusante sur le magazine Maldoror.org.

Chant 2, strophe 1, première phrase (c'est l'incipit)

Bienvenue dans les Chants
monsieur le vicomte Pierre-Alexis Ponson du Terrail

Belladone. A-t-on jamais vraiment cru que Maldoror, ce monstre,
était homme à prendre des calmants et des somnifères ?

      Encore un nouvel épisode du feuilleton universitaire. Cette fois-ci, ce n'est pas la découverte d'une nouvelle citation littérale. Il ne s'agit même pas tout à fait d'un mot, mais de son sens, d'une de ses significations, très particulière. Plus petit que cela, et c'est l'évaporation du minime atome infime. Il faut dire que nous avons maintenant de puissants microscopes, nous autres littéraires.

      C'est le TLF que j'ai tout bonnement braqué sur le beau mot belladone. Il s'agit du Trésor de la langue française ou plus précisément de l'enregistrement électronique des quelque 2000 ouvrages de langue française réalisé à Nancy au début des années 1970 par l'équipe du grammairien Paul Imbs. Si ces données informatiques ont d'abord servi à rédiger le dictionnaire du français moderne, le TLF, elles sont maintenant organisées (et développées) sous la forme de bibliothèques électroniques. Le TLF a permis la mise en place de deux bibliothèques comparables, d'abord FRANTEXT à Nancy (laboratoire ATILF), ensuite ARTFL à Chicago (voir l'entrée de la bibliographie à ce propos : TLF).

      Si vous êtes abonné à l'une de ces deux bibliothèques électroniques, il vous suffit de lancer une recherche très simple qui vous donne toutes les occurrences du mot belladone dans les deux mille livres de la bibliothèque (au singulier et au pluriel, évidemment). Dans la bibliothèque gérée par ARTFL, vous en trouvez 52 occurrences et 11 seulement avant la parution des Chants de Maldoror. Par comparaison, le mot réséda qui vient aussi dans la strophe 2.1 se trouve 129 fois dans la bibliothèque (dont 43 fois avant les Chants); pivoine, 152 occurrences; anémone, 178; fougère, 673; opium, 809.

      Si ensuite, vous prenez connaissance des 51 occurrences qui se trouvent ailleurs que dans les Chants, vous obtenez très vite deux conclusions fort simples. La première est que presque toutes ces occurrences recouvrent les emplois que vous trouverez dans n'importe quel dictionnaire, encyclopédie ou manuel de botanique, bien entendu; mais la seconde, la conclusion qui nous importe, c'est qu'il n'y a qu'une et une seule exception : trois occurrences du mot belladone et trois seulement concordent avec l'emploi qu'on en trouve à l'incipit du deuxième chant. Les trois occurrences se trouvent dans deux romans de Ponson du Terrain et le sens de cet emploi est celui de la folie passagère, momentanée, subite mais de courte durée. Et bien entendu, vous ne trouverez probablement jamais ce sens dans aucun dictionnaire avant longtemps. C'est simple, n'est-ce pas ? Une découverte, ce n'est jamais très compliquée et une fois qu'on l'a faite elle a la force d'une évidence dont on ne saurait plus se passer.

      Il fallait pourtant s'y attendre. C'est presque secrètement que Rocambole fait son entrée dans le monde trouble des Chants de Maldoror : par une porte dérobée d'un passage secret, nous surprenons le dialogue de Sir Williams et de Rocambole qui parlent belladone ! Et voilà comment pour la première fois la lecture des romans de Ponson du Terrail s'inscrit on ne peut plus discrètement dans les Chants, bien avant d'être explicite au Chant 6.

      Bien entendu, cette découverte n'est pas une source littéraire. Jusqu'ici, nous n'avons encore trouvé aucune influence des romans de Ponson du Terrail sur le contenu des Chants, surtout pas dans la strophe 1.11 qu'on ne saurait lire, à contresens, à la lumière du roman populaire, comme on l'a vu. Non, c'est du point de vue de la lecture littérale que la découverte est importante pour l'instant : elle donne son sens exact à l'ouverture du Chant 2, au texte des Chants de Maldoror.

      Nous, de la confrérie du Bozo, on n'en demande pas plus.

Belladone. Qui a dit que Lautréamont n'était pas fou ?
Ce qui est du moins acquis à la science, c'est que Maldoror l'a été.

   Guy Laflèche,
   17 janvier 2008.

P.S. du 28 février : c'est aussi aux Rocambole que paraît emprunté le personnage du chiffonnier à la stophe 2.4 — cf. n. (4).

Les éditoriaux en archives : 15 janvier 2001, 28 janvier 2001, 14 février 2001, 27 février 2001, 8-13 mars 2001, 9 mai 2001, 2002, 2003, 28 juin et 15 juillet 2006, 27 septembre 2006. 23 novembre 2007.

       
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