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Édition critique interactive
des Chants de Maldoror du comte de Lautréamont par Isidore Ducasse

sous la direction de Guy Laflèche, Université de Montréal
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Édition

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Chant 1, strophe 1
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Chant 1, strophe 3
Chant 1, strophe 4
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Chant 3, strophe 5






Chant 4, strophe 6

Deux entrées pour les lecteurs pressés

Maldoror
Lautréamont


Éditorial


« L'étude des hispanismes. — Il [Guy Laflèche] a été l'un des premiers à en souligner l'importance dans le texte de Lautréamont. L'accord s'est fait aujourd'hui pour reconnaître leur présence. Est-elle aussi constante que le dit M. Laflèche ? Les Chants de Maldoror sont-ils un « texte entièrement pensé en espagnol AVANT d'avoir été ensuite rédigé en français » comme il l'écrit ? Seul son travail achevé permettra de répondre à ces questions. Il nous demande d'accepter l'idée que nous n'avons à peu près rien compris au texte jusqu'à présent, ce qui naturellement est difficile à concevoir a priori. L'enjeu est donc de taille, et radical, puisque c'est plus d'un siècle de recherche critique qui se verrait anéanti, si M. Laflèche a raison ! Je ne saisis pas s'il mesure exactement la violence de sa proposition ».

—— Ducassologue anonyme, automne 2003.

Le présent site est toujours répertorié de manière amusante sur le magazine Maldoror.org.

Chant 2, strophe 8

L a   m e r d e
(puisqu'il faut l'appeler par son nom)

      Dans l'Enfer de Dante, nous trouvons des fleuves, des lacs, des fosses et des mares de sang, de poix et de merde. C'est la merde qui m'inquiète ici aujourd'hui. Mais commençons par le sang, c'est plus propre et surtout plus réjouissant pour les savants chercheurs d'hispanismes que nous sommes.

      En effet, ce que j'ai découvert dans l'édition de cette huitième strophe du second chant de Maldoror, c'est qu'il est arrivé au moins une fois à Isidore Ducasse de souligner lui-même un hispanisme ou plutôt son hispanisme, puisqu'il s'agit, en fait, dans notre vocabulaire, d'un gallicisme. L'auteur marque en effet de l'italique un mot français, le mot « poisson », pour la grande honte des francophones qui ne prennent pas soin de distinguer l'animal tout vivant et tout frétillant, si doux au toucher — le pez —, de ce poisson qu'on a pêché, qui commence vite à devenir visqueux au fond de la chaloupe, qu'on trouve au marché et bientôt dans notre assiette — le pescado.

      Ce qui donne le « lac aux poissons », avec le mot en italique, bien entendu, s'agissant d'un épouvantable « lago de los pescados », où il n'est pas nécessaire de mettre le mot en italique tellement il fait horreur en espagnol.

      Tout cela se passe dans le sang, le sang en ébullition, en plein milieu de la strophe où nous découvrons d'un tout simple mot en italique les atrocités du Créateur — voir la note (o) correspondant à ce passage dégoûtant sur le lac aux poissons, aux poissons morts.

      Avec l'étude de sources, nous ne sommes plus dans le sang, mais dans la merde. Personnellement, je dois dire que cela m'écoeure encore plus que la mare aux poissons morts. On a montré depuis le début de ce travail, dès la première phrase des Chants de Maldoror, qu'Isidore Ducasse citait textuellement la Divine comédie de Dante dans la traduction de M. Mesnard. Cela a d'ailleurs été toute une affaire — c'est le Dante de Ducasse.

      Dans les fragments évoqués par Ducasse dans cette strophe, Dante nous explique une chose fort simple et parfaitement logique : la répugnante fosse des flatteurs au huitième cercle de l'Enfer tire sa matière excrémentielle comme de nos toilettes, ce qui n'est pas un problème de plomberie difficile à comprendre. Or, vraisemblablement, c'est de cette mare que Ducasse semble avoir tiré les « excréments humains » qui constituent, avec l'or, le trône du Créateur.

      Et là, dans le domaine de l'étude des sources, nous avons un problème de plomberie assez compliqué, puisqu'il est fort difficile de faire passer magiquement la merde de l'Enfer de Dante à celui de Milton, qui se trouve tout en haut des sphères qui surplombent la voûte céleste. La cause en est que la traduction de Mesnard évite soigneusement le vocabulaire salissant du poète italien, de sorte qu'on peut dorénavant se demander si Ducasse a bien lu ou relu son Enfer dans la traduction qu'il a citée textuellement à l'incipit des Chants ou s'il n'en n'utilise pas aussi une autre.

      Pour l'instant, comme on le verra à la fin de la note (2) de cette strophe 2.8, je propose d'en rester là, jusqu'à ce que nous rencontrions d'autres recoupements avec la Divine Comédie dans les Chants qui nous permettront peut-être de trancher cette question.

   Guy Laflèche,
   10 juillet 2008.

   Post scriptum, 10 août — En ce qui concerne la saleté et les sources d'information ou d'inspiration, les choses se passent un peu mieux avec la strophe 2.9. Quel ouvrage d'histoire naturelle ou quel traité médical Ducasse a-t-il utilisé pour élaborer son hymne au pou ? Maintenant qu'on a étudié la question, il ne reste plus qu'à trouver la réponse.

Les éditoriaux en archives : 15 janvier 2001, 28 janvier 2001, 14 février 2001, 27 février 2001, 8-13 mars 2001, 9 mai 2001, 2002, 2003, 28 juin et 15 juillet 2006, 27 septembre 2006, 23 novembre 2007, 17 janvier, 28 février 2008, 17 mars 2008.

       
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