El bozo
TdM Règles d'établissement Strophe 3.5 Glossaires Index TGdM
Édition interactive des Chants de Maldoror du comte de Lautréamont par Isidore Ducasse
sous la direction de Guy Laflèche, Université de Montréal
<< Chant 2, strophe 6 >>
Variantes Commentaires Notes Faurissonneries
 


 

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      Cet enfant, qui est assis sur un banc du jardin des
Tuileries, comme il est gentil ! Ses yeux hardis dardent (a)
quelque objet invisible, au loin, dans l'espace. Il
ne doit pas avoir plus de huit ans, et, cependant, il
ne s'amuse pas, comme il serait convenable. Tout
au moins il devrait rire (b) et se promener avec quelque
camarade, au lieu de rester seul; mais, ce n'est pas
son caractère.
      Cet enfant, qui est assis sur un banc du jardin des
Tuileries, comme il est gentil ! Un homme, mû par
un dessein caché, vient s'asseoir à côté de lui, sur le
même banc, avec des allures équivoques (c). Qui est-ce ?
Je n'ai pas besoin de vous le dire; car, vous le reconnaîtrez
à sa conversation tortueuse. Écoutons-les,
ne les dérangeons pas (d) :
      — À quoi pensais-tu, enfant ?
      — Je pensais au ciel.
      — Il n'est pas nécessaire que tu penses au ciel;
c'est déjà assez de penser à la terre. Es-tu fatigué de
vivre, toi qui viens à peine de naître ?
      — Non, mais chacun (e) préfère le ciel à la terre.
      — Eh bien, pas moi. Car, puisque le ciel a été fait
par Dieu, ainsi que la terre, sois sûr que tu y rencontreras
les mêmes maux qu'ici-bas. Après ta mort,
tu ne seras pas récompensé d'après tes mérites; car,
si l'on te commet des injustices (f) sur cette terre (comme
tu l'éprouveras, par expérience, plus tard), il n'y a pas
de raison pour que, dans l'autre vie, on ne t'en commette*s
non plus. Ce que tu as de mieux à faire, c'est
de ne pas penser à Dieu, et de te faire justice toi-même,
puisqu'on te la refuse. Si un de tes camarades t'offensait,
est-ce que tu ne serais pas heureux (g) de le tuer ?
      — Mais, c'est défendu.
      — Ce n'est pas si défendu que tu crois. Il s'agit
seulement de ne pas se laisser attraper. La justice
qu'apportent les lois ne vaut rien; c'est la jurisprudence
de l'offensé qui compte. Si tu détestais un de
tes camarades, est-ce que tu ne serais pas malheureux
de songer qu'à chaque instant tu aies sa pensée
devant tes yeux ? (h).
      — C'est vrai.
      — Voilà donc un de tes camarades qui te rendrait
malheureux toute ta vie; car, voyant que ta haine
n'est que passive, il ne continuera pas moins de se
narguer de toi*i, et de te causer du mal impunément.
Il n'y a donc qu'un moyen de faire cesser (i) la situation;
c'est de se débarrasser de son ennemi. Voilà où je
voulais en venir, pour te faire comprendre sur quelles
bases est fondée la société actuelle. Chacun (j) doit se
faire justice lui-même, sinon il n'est qu'un imbécile.
Celui qui remporte la victoire sur ses semblables,
celui-là (k) est le plus rusé et le plus fort. Est-ce que tu
ne voudrais pas un jour dominer tes semblables ?
      — Oui, oui.
      — Sois donc le plus fort et le plus rusé. Tu es
encore trop jeune pour être le plus fort; mais, dès
aujourd'hui, tu peux employer la ruse, le plus bel
instrument des hommes de génie. Lorsque le berger
David atteignait au front le géant Goliath d'une
pierre lancée par la fronde, est-ce qu'il n'est pas
admirable de remarquer que c'est seulement par la
ruse que David a vaincu son adversaire, et que si, au
contraire, ils s'étaient pris à bras-le-corps, le géant
l'aurait écrasé comme une mouche ? Il en est de
même pour toi. À guerre ouverte, tu ne pourras
jamais vaincre les hommes, sur lesquels tu es désireux
d'étendre ta volonté; mais, avec la ruse, tu
pourras lutter seul contre tous. Tu désires les richesses,
les beaux palais et la gloire ? ou m'as-tu
trompé quand tu m'as affirmé ces nobles prétentions ?
      — Non, non, je ne vous trompais pas. Mais, je
voudrais acquérir ce que je désire par d'autres
moyens.
      — Alors, tu n'acquerras rien du tout. Les moyens
vertueux et bonasses ne mènent à rien. Il faut mettre
à l'oeuvre (l) des leviers plus énergiques et des trames
plus savantes. Avant que tu deviennes célèbre par
ta vertu et que tu atteignes le but (m), cent autres auront
le temps de faire des cabrioles*d par-dessus ton
dos, et d'arriver au bout de la carrière avant toi,
de telle manière qu'il ne s'y trouvera plus de place
pour tes idées étroites. Il faut savoir embrasser,
avec plus de grandeur, l'horizon du temps présent (n).
N'as-tu jamais entendu parler, par exemple, de la
gloire immense qu'apportent les victoires ? Et, cependant,
les victoires ne se font pas seules. Il faut verser
du sang, beaucoup de sang, pour les engendrer
et les déposer aux pieds des conquérants (o). Sans les
cadavres et les membres épars que tu aperçois dans
la plaine, où s'est opéré sagement le carnage, il n'y
aurait pas de guerre, et, sans guerre, il n'y aurait pas
de victoire. Tu vois que, lorsqu'on veut devenir célèbre,
il faut se plonger avec grâce dans des fleuves de
sang, alimentés par de la chair à canon (p). Le but excuse
le moyen*i
. La première chose, pour devenir célèbre, est
d'avoir de l'argent. Or, comme tu n'en as pas, il faudra
assassiner pour en acquérir; mais, comme tu n'es
pas assez fort pour manier le poignard, fais-toi
voleur, en attendant que tes membres aient grossi.
Et, pour qu'ils grossissent plus vite, je te conseille de
faire de la gymnastique deux fois par jour, une
heure le matin, une heure le soir. De cette manière,
tu pourras essayer le crime, avec un certain succès,
dès l'âge de quinze ans, au lieu d'attendre jusqu'à
vingt. L'amour de la gloire excuse tout, et peut-être,
plus tard, maître de tes semblables, leur feras-tu
presque autant de bien que tu leur auras fait (q) du (r) mal au
commencement !...
      Maldoror s'aperçoit que le sang bouillonne dans
la tête de son jeune interlocuteur; ses narines sont
gonflées*h, et ses lèvres rejettent une légère écume
blanche. Il lui tâte le pouls (s); les pulsations sont précipitées.
La fièvre a gagné ce corps délicat. Il craint
les suites de ses paroles; il s'esquive, le malheureux,
contrarié de n'avoir pas pu entretenir cet enfant
pendant plus longtemps (t). Lorsque (u), dans l'âge mûr, il
est si difficile de maîtriser les passions, balancé entre
le bien et le mal, qu'est-ce dans un esprit encore
plein (v) d'inexpérience ? et quelle somme d'énergie relative
ne lui faut-il pas en plus ? L'enfant en sera quitte
pour garder le lit trois jours. Plût au ciel que le
contact maternel amène (w) la paix dans cette fleur sensible,
fragile enveloppe d'une belle âme !


1. Variantes

      Aucune variante pour cette strophe.

Corrections justifiées

1) 80: 19   peut-être, plus tard, maître de tes semblables, leur feras-tu presque autant de bien que tu leur as > auras fait du mal au commencement !...

Il s'agit certainement d'un hispanisme, mais on ne peut conserver cette concordance fautive, car la faute de perspective est par trop déroutante en français où le passé composé est mis pour le futur antérieur (à valeur conditionnelle).

À remarquer que le cas est très différent du futur continuera (p. 78: 12) qui paraît à première vue mis pour le conditionnel; mais en fait, la concordance ne se fait pas sur « te rendrait », mais bien sur le présent intemporel « voyant que ta haine n'est que passive », alors il continuera (futur par hypothèse).

2) qu'est-ce dans un esprit, encore plein d'inexpérience ? > un esprit encore plein d'inexpérience ?

Ponctuation

1) 76: 25   huit ans, et, cependant < mis pour > huit ans; et, cependant

2) 77: 2  Tout au moins il devrait < mis pour > Tout au moins, il devrait — Cf. n. (b).


2. Commentaires linguistiques

(a) La construction de style artiste est très efficace pour décrire le regard vide ou perdu. Le point de départ est facile à reconstituer, c'est darder un regard audacieux sur quelque chose, d'où la métonymie darder les yeux sur quelque chose, le passif, qqch est dardé du regard, par les yeux, et finalement la transformation active, les yeux dardent qqch. (type le soleil jaunit les feuilles, pour les feuilles jaunissent au soleil, sont jaunies par le soleil).

(b) Je n'ai pas encore signalé (pour ne pas l'avoir étudié systématiquement) qu'on ne trouve jamais l'inversion du sujet après l'adverbe qui ouvre la phrase (ou la proposition). Il faut dire que la construction n'est pas obligatoire, mais il y a des cas, comme ici, où elle est attendue : Tout au moins, devrait-il rire.

(c) L'allure équivoque désigne tout de suite le comportement empreint d'arrière-pensée sentimentales, sensuelles ou sexuelles; le mot serait propre à désigner ici l'approche d'un pédéraste. Et en effet, selon Jean-Luc Steinmetz, le jardin des Tuileries auraient compté quelques lieux de rencontre de cet ordre. Toutefois, rien d'autre dans la strophe n'évoque de quelque manière une entreprise de séduction. Bien au contraire, puisqu'il s'agit de perturber un enfant, de troubler son innocence. Cela dit, et c'est le deuxième sens de l'adjectif, les sombre desseins équivoques sont cachés, mystérieux, alors que Maldoror exposera très franchement sa pensée. Quel est alors son « dessein caché » ? Voilà qui nous ramène au premier sens...

(d) Métalepse narrative explicite. S'il faut le souligner, c'est précisément parce qu'il s'agit d'une figure très caractéristique des Chants, mais généralement implicite. L'action est très souvent présentée de telle manière qu'elle implique la présence du « lecteur » à titre de « spectateur ». Ce jeu sur les niveaux narratifs est fort bien décrit dans la grammaire de Gérard Genette (Figures, vol. 3, p. 135, n. 1; puis p. 243-245).

(e) Tous, tout le monde préfère (les traducteurs donnent todos, todo el mundo) : pourtant, l'indéfini chacun est recevable. Il est probable qu'il prenne la place d'un impersonnel (no, pero se prefiere el cielo a la tierra). On trouvera plus bas un emploi bien plus attendu de ce pronom indéfini en français, n. (j).

(f) Hispanisme ou incorrection ? En français, il faut choisir entre commettre des injustices et lui faire des injustices. En espagnol non plus, on ne lui commet pas d'injustice. Or, la traduction est très facile, comme on le voit à l'accord des traducteurs : c'est si (se) cometen injusticias contigo...

      Pourtant, la tournure française est aussi simple que courante, rendre justice. Si l'on ne te rend pas justice.

(g) On admettra qu'il y a une nuance importante entre les deux formulations suivantes : est-ce que tu ne serais pas heureux de le tuer ? (¿ te haría, no te sentirías feliz ?) et est-ce que cela ne te plairait pas de le tuer ? (¿ no te gustarías ?).

      Il ne s'agit pas d'édulcorer le texte, mais de bien en comprendre le sens littéral. La tension sera désamorcée plus bas (« ... pour te faire comprendre... », il s'agissait donc d'un cas, comme on le dit en droit et en morale). Or, si l'on prend en compte l'hispanisme, on voit que la situation est mise en place graduellement, à partir d'une simple « suggestion ».

      Et l'hispanisme ne fait pas de doute. Cela dit, si Ducasse a en tête la seconde formulation, c'est bien la première qu'il écrit, de sorte que son texte est d'une extrême violence en français.

      Comme les traducteurs en castillan connaissent leur français, ils donnent tous la première traduction à deux exceptions près. Ágel Pariente adopte la seconde (¿ no te gustarías matarlo? qui traduit la pensée de Ducasse) et Ana Alonso opère ici une exceptionnelle coupure, sautant tout simplement six lignes du texte original en un saut du même au même : Si uno de tus compañeros te ofendiera, // ¿ no te sentirías desgraciado al tener a cada instante su pensamiento ante tus ojos ? (p. 68).

(h) Si tu détestais un de tes camarades, est-ce que tu ne serais pas malheureux de songer qu'à chaque instant tu aies sa pensée devant tes yeux ? La formulation ne paraît pas ironique ou chercher un effet comique, notamment à cause du subjonctif qui donne sa caution à l'expression alambiquée (Robert Faurisson en fait une note, p. 85, n. 1), penser qu'on ait sa pensée ! La proposition devrait venir à l'infinitif; elle correspond au fait d'« avoir à chaque instant sa pensée... ».

      Il suit que les traducteurs n'hésitent pas à refaire la structure syntaxique, alors qu'ils ne le font à peu près jamais, comme on le sait (ibas a tener ante tus ojos su pensamiento, Serrat); deux d'entre eux réécrivent même le segment (al saber que en todo instante lo tienes en la mente, Pellegrini et Vigié).

(i) Faire cesser la situation est une évidente incorrection que tous les traducteurs s'empressent de rectifier. Le plus courant est de mettre fin à une situation ou de la changer.

(j) Chacun : comparer cet emploi (cada uno) avec celui qu'on trouvait plus haut, n. (e), tous, tout le monde. Cette fois, c'est le pronom de reprise qui est inattendu : chacun..., sinon il est, plutôt que sinon c'est...

(k) Celui qui..., celui-là... Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, la construction n'est pas encore assez lourde pour être une phrase emphatique recevable en français. Il lui faudrait aussi les morphèmes de mise en relief, c'est celui-là qui... ou du moins le présentatif, c'est le plus rusé.

(l) Mettre à l'oeuvre, pour en oeuvre.

(m) Le différentiel manque : avant que tu ne deviennes [...] et que tu n'atteignes le but.

(n) Voir loin ! Deux courts-circuits (embrasser l'horizon et l'horizon du temps présent) sont court-circuités de manière amusante (avec plus de grandeur !).

(o) Bien entendu, les renversements sont évidents (pas de victoire sans guerre et pas de carnages sans guerre), mais celui-ci est difficile à expliquer, puisqu'on en comprend aisément le point de départ (les conquérants triomphent en engendrant le carnage des guerres), mais pas le renversement ou le point d'arrivée (déposer des victoires aux pieds des conquérants).

(p) L'expression est courante chez les prosateurs français du XIXe siècle (Sand, Sue, Dumas, Chateaubriand, Hugo et les Gongourt; et après Ducasse, chez Maupassant et Zola) et elle n'est évidemment pas typiquement française. En voici la définition de Garnier : « Carne de cañón : metáfora brutal con que se designa á la tropa que algún jefe inconsiderado expone al peligro inútilmente ». Le DHLF est plus concis : « troupe sacrifiée ».

(q) T : as*h fait. Voir la correction justifiée, n. (1).

(r) Autant de bien que [...] du mal, pour de mal.

(s) Il ne s'agit pas d'une faute de langue, mais d'une formulation inadéquate, puisqu'on prend le pouls. On imagine sans peine que Maldoror tâte le bras ou le poignet de sa victime pour lui prendre le pouls.

(t) Pendant plus longtemps (tout comme durante más tiempo) est une expression explétive. On dit simplement, plus longtemps, más tiempo.

(u) Lorsque est mis pour alors que. S'il ne s'agit pas d'un hispanisme, il faut admettre que la distinction est difficile pour un hispanophone : l'espagnol emploie ici simplement quando (aussi possible en français) ou le conditionnel, tout aussi possible en français.

      De même, le corrélatif qu'est-ce est mis pour qu'est-ce que ce sera. Tant pis pour le jeune âge qui devrait se mettre au futur, ce qui montre combien la construction syntaxique est alambiquée.

(v) Pellegrini et Alvarez réussissent à battre Ducasse sur son propre terrain : colmado de inexperiencia, rempli, débordant d'inexpérience !

(w) Amène la paix (langue familière), pour apporte, ramène la paix.


3. Notes

      Pierre-Olivier Walzer mettait en parallèle cette strophe et le dialogue de Melmoth et d'Isidora, de même que celui de Vautrin et de Rastignac. Non seulement ces rapprochements ne s'appuient sur aucun fait textuel, mais ces dialogues de Maturin et de Balzac n'ont aucune commune mesure avec celui de Ducasse dans cette strophe et dans les autres strophes où Maldoror tente de dévoyer un adolescent.

Maturin

      Comme on le verra, Ducasse s'inspirera explicitement du Malmoth de Maturin à la strophe 2.13 rédigée après coup (probablement après la rédaction du Chant 6), tandis qu'une addition à la strophe 1.12 pour la troisième édition, on l'a déjà vu — cf. n. (1) —, pourrait reprendre un trait de caractère de Melmoth, l'homme qui ne sait pas pleurer. On ne trouve aucun autre rapprochement textuel avec le roman de Maturin dans les Chants — voir « Melmoth et Maldoror » — et tel est bien le cas ici

      En effet, si l'on se reporte au chapitre 20 du roman (1965, p. 409-437 ou à l'adaptation de Cohen, chap. 25, p. 381-404), on voit immédiatement que ce texte (et en particulier le dialogue final) ne peut d'aucune manière avoir inspiré celui de la présente strophe, ni aucune des autres strophes de tentation. La raison en est bien simple : il s'agit d'un double jeu qui oppose le discours de la séduction amoureuse et celui du mariage de raison. Immalie, que le prince du mal a connue et séduite dans une île des Indes trois ans auparavant, est maintenant de retour chez sa mère, dans leur résidence, près de Madrid. Celle qui est devenue chrétienne, et qui s'appelle dorénavant Isidora, demande à l'amant qu'elle voudrait avoir pour mari de se présenter à ses parents et de faire état de quelque richesse pour l'obtenir en mariage. Melmoth, avec une puissance d'ironie et de sarcasme peu commune, lui décrit alors l'étendu de ses richesses et de son royaume — l'enfer ! Manifestement, Maturin a mis ses talents de prédicateur au service de ce morceau de bravoure. Ni de près ni de loin on ne trouve ici l'inspiration de notre strophe des Chants de Maldoror.

Balzac

      Balzac, le Père Goriot, 1834, la Comédie humaine, éd. sous la direction de P.-G. Castex, vol. 3, Paris, Gallimard (coll. « Bibliothèque de la pléiade »), 1976, notamment p. 135-146 pour le premier dialogue, car celui-ci aura de nombreux échos dans la suite du roman.

      Même remarque que dans le cas du roman de Maturin, et à plus fortes raisons, car la conversation de Vautrin et de Rastignac a l'orientation du discours social et même de la thèse socio-économique. D'ailleurs, il ne s'agit pas comme dans la présente strophe d'une tentative de séduction (ou de perturbation), mais bien de corruption, puisque le hors-la-loi a un marché très précis à proposer et dont il compte bien tirer profit. Ni de près ni de loin ce passage peut être mis en parallèle avec la strophe des Chants de Maldoror.

Hypothèse

      Si l'on relit les quatre strophes des Chants qui présentent cette scène de séduction (1.11, 2.6, 6.4 et 6.5), on voit qu'elles se caractérisent par leur simplicité brutale. Lorsque Maldoror tente de « séduire », de perturber ou de troubler, un adolescent, en lui présentant le bonheur et la nécessité du mal, il le fait avec des mots d'enfants, des idées d'adolescents et des raisonnements manifestement improvisés. Il suit qu'on n'en trouvera pas de source ailleurs que dans la vie intellectuelle commune qui s'interroge, juste avant l'âge adulte, sur la question morale. En revanche, si ces passages des Chants n'ont aucune source, peut-être aussi n'en trouvera-t-on pas d'exemples comparables, tant il est rare que les écrivains puissent revenir autrement qu'en adulte sur ces discussions d'enfance et d'adolescence.


4. Faurissonneries

      Après plusieurs strophes de distraction, Robert Faurisson revient avec celle-ci au texte, pour nous signaler quelques fautes « au point de vue du vocabulaire, de la syntaxe et de la correction grammaticale » : darder qqch, te commettre qqch, se narguer de qqun, avoir devant tes yeux et l'emploi du mot cabriole. On retient même — cf. n. (h) — sa note infrapaginale sur l'emploi du subjonctif dans « songer que tu aies sa pensée » (« Subjonctif à la rigueur justifiable. Maldoror cherche l'élégance ! »). Mais malheureusement, cette énumération fait à peine cinq lignes sur une page qui en compte cinquante (p. 84-85).

      Autrement, ce ne sont que remarques et reformulations sans portée critique, comme d'habitude. La perle s'en trouve dans le fort expressif point d'exclamation suivant : « "dans la plaine, où s'est opéré sagement [!] le carnage" ».

Variantes Commentaires Notes Faurissonneries
Tables du début de la présente strophe