El bozo
TdM Règles d'établissement Strophe 3.5 Glossaires Index TGdM
Édition critique interactive
des Chants de Maldoror du comte de Lautréamont par Isidore Ducasse

sous la direction de Guy Laflèche, Université de Montréal
<< Chant 4, strophe 6
Variantes Commentaires Notes Faurissonneries
 

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      Je m'étais endormi sur la falaise. Celui qui, pendant
un jour, a poursuivi l'autruche (1) à travers le désert,
sans pouvoir l'atteindre, n'a pas eu le temps de
prendre de la nourriture (a) et de fermer les yeux  (b). Si
c'est lui qui me lit, il est capable de deviner, à la rigueur (c),
quel sommeil s'appesantit sur moi. Mais,
quand la tempête a poussé verticalement un vaisseau,
avec la paume de sa main, jusqu'au fond de la
mer; si, sur le radeau, il ne reste plus de tout l'équipage
qu'un seul homme, rompu par les (d) fatigues et
les privations de toute espèce; si la lame le ballotte,
comme une épave*g, pendant des heures plus prolongées
que la vie d'homme (e); et, si, une frégate, qui sillonne
plus tard ces parages de désolation d'une carène
fendue (f), aperçoit le malheureux qui promène sur
l'océan sa carcasse décharnée, et lui porte un secours
qui a failli être tardif
 (2), je crois que ce naufragé
devinera mieux encore à quel degré fut porté l'assoupissement*f
de mes sens. Le magnétisme et le chloroforme,
quand ils s'en donnent la peine, savent quelquefois
engendrer pareillement de ces catalepsies
léthargiques. Elles n'ont aucune ressemblance avec
la mort : ce serait un grand mensonge de le dire (3).
Mais arrivons tout de suite au rêve, afin que les impatients,
affamés de ces sortes de lectures, ne se mettent
pas à rugir, comme un banc de cachalots macrocéphales
qui se battent entre eux pour une femelle
enceinte. Je rêvais que j'étais entré dans le corps d'un
pourceau, qu'il ne m'était pas facile d'en sortir (4), et
que je vautrais mes poils dans les marécages les plus
fangeux. Était-ce comme une récompense ? Objet de
mes voeux (5), je n'appartenais plus à l'humanité*v ! Pour
moi, j'entendis l'interprétation (6) ainsi, et j'en éprouvai
une joie plus que profonde. Cependant, je recherchais
activement quel acte de vertu j'avais accompli
pour mériter, de la part de la Providence, cette insigne
faveur. Maintenant que j'ai repassé dans ma
mémoire les diverses phases de cet aplatissement
épouvantable contre le ventre du granit (g), pendant lequel
la marée, sans que je m'en aperçusse, passa,
deux fois, sur ce mélange irréductible de matière
morte et de chair vivante, il n'est peut-être pas sans
utilité de proclamer que cette dégradation n'était
probablement qu'une punition, réalisée sur moi par
la justice divine (h). Mais, qui connaît ses besoins intimes
ou la cause de ses joies pestilentielles ? La métamorphose
ne parut jamais à mes yeux que comme
le haut et magnanime retentissement d'un bonheur (i)
parfait, que j'attendais depuis longtemps. Il était
enfin venu, le jour où je fus (j) un pourceau ! J'essayais
mes dents sur l'écorce des arbres; mon groin, je le
contemplais avec délice. Il ne restait plus la moindre
parcelle de divinité (k) : je sus élever mon âme jusqu'à
l'excessive hauteur de cette volupté ineffable. Écoutez-
moi donc, et ne rougissez pas, inépuisables caricatures
du beau (l), qui prenez au sérieux le braiment
risible de votre âme (m), souverainement méprisable; et
qui ne comprenez pas pourquoi le Tout-Puissant, dans
un rare moment de bouffonnerie excellente, qui, certainement,
ne dépasse pas les grandes lois générales
du grotesque, prit, un jour, le mirifique plaisir de
faire habiter une planète par des êtres singuliers et
microscopiques, qu'on appelle*f humains, et dont la
matière ressemble à celle du corail vermeil (7). Certes,
vous avez raison de rougir, os et graisse, mais écoutez-
moi. Je n'invoque pas votre intelligence; vous la
feriez rejeter du sang (n) par (o) l'horreur qu'elle vous témoigne :
oubliez-la, et soyez conséquents avec vous-
mêmes... (p). Là, plus de contrainte. Quand je voulais
tuer, je tuais; cela, même, m'arrivait souvent, et personne
ne m'en empêchait. Les lois humaines me
poursuivaient encore de leur vengeance, quoique je
n'attaquasse pas la race que j'avais abandonnée si
tranquillement; mais ma conscience ne me faisait
aucun reproche. Pendant la journée, je me battais
avec mes nouveaux semblables, et le sol était parsemé
de nombreuses couches de sang caillé*v. J'étais
le plus fort, et je remportais toutes les victoires. Des
blessures cuisantes couvraient mon corps; je faisais
semblant de ne pas m'en apercevoir. Les animaux
terrestres s'éloignaient de moi, et je restais seul dans
ma resplendissante grandeur. Quel ne fut pas mon
étonnement, quand, après avoir traversé un fleuve à
la nage, pour m'éloigner des contrées que ma rage
avait dépeuplées, et gagner d'autres campagnes pour
y planter mes coutumes de meurtre et de carnage,
j'essayai de marcher sur cette rive fleurie. Mes pieds
étaient paralysés; aucun mouvement ne venait trahir
la vérité de cette immobilité forcée. Au milieu
d'efforts surnaturels, pour continuer mon chemin,
ce fut alors que je me réveillai, et que je sentis que
je redevenais homme. La Providence me faisait ainsi
comprendre, d'une manière qui n'est pas inexplicable,
qu'elle ne voulait pas que, même en rêve, mes
projets sublimes s'accomplissent. Revenir à ma forme
primitive fut pour moi une douleur si grande, que,
pendant les nuits, j'en pleure encore. Mes draps
sont constamment mouillés, comme s'ils avaient été
passés dans l'eau*d, et, chaque jour, je les fais changer.
Si vous ne le croyez pas, venez me voir; vous contrôlerez,
par votre propre expérience, non seulement (q) la vraisemblance,
mais, en outre, la vérité même de mon
assertion (8). Combien de fois, depuis cette nuit passée à
la belle étoile, sur une falaise, ne me suis-je pas
mêlé à des troupeaux de pourceaux, pour reprendre,
comme un droit, ma métamorphose détruite ! Il est
temps de quitter ces souvenirs glorieux, qui ne laissent,
après leur suite (r), que la pâle voie lactée des
regrets éternels.


1. Variantes

Correction justifiée

216: 6  ... vous contrôlerez par votre propre expérience, non pas > seulement la vraisemblance, mais, en outre, la vérité même de mon assertion. Cf. n. (q).


2. Commentaires linguistiques

(a) Prendre de la nourriture. Il s'agit d'un effet secondaire de l'hispanisme. Tomar, dans la langue quotidienne, se dit pour comer ou beber. Évidemment, en français, le raccourci n'existe pas. D'où la réécriture explicite de tomar, tomar alimento !

(b) Surprenante réussite syntaxique : il faut lire deux fois la phrase pour la comprendre, alors qu'elle est parfaitement correcte. En effet, poursuivre l'autruche (cela se fait à cheval, n. (1), bien entendu) durant toute une journée, cela ne laisse pas le temps de manger ni de dormir. La formulation se comprend avec sa conséquence, soit la phrase suivante : celui qui a poursuivi... et n'a pas eu le temps..., si c'est lui... (réécriture de Méndez).

(c) Pour les hispanophones qui liraient ces notes grammaticales, je signale que tous les traducteurs, sauf Ana Alonso (qui donne correctement, más o menos), interprètent l'expression, à la rigueur, comme, rigoureusement (con exactitud) au lieu de como máximo. Le contresens enlève toute signification à la reprise qui achève la deuxième comparaison, « devinera mieux encore» (p. 213: 7).

(d) Par les. Fatigue s'emploie difficilement au pluriel dans le contexte. Du coup, il faudrait répéter les déterminants pour les distinguer, le partitif (de, pour de la) et l'indéfini (de, pour des) : rompu de fatigue et de privations (= por la/las, est tout à fait attendu en castillan).

(e) Pendant des heures plus prolongées que la vie d'homme. L'expression pose plusieurs problèmes. On dit couramment, l'heure la plus longue de ma/sa vie. Plusieurs traducteurs ramènent d'ailleurs l'expression à cette forme (des heures plus longues que sa vie, qu'une vie, que la vie même). Dès lors, le complément déterminatif est problématique : faudrait-il corriger un lapsus, la vie d'homme, pour la vie d'un homme, la vie des hommes, voire la vie humaine ? Et ce n'est pas tout. Prolongé (prolongado) ne s'emploie pas pour long (largo) dans un comparatif (plus prolongé que), parce qu'il joue le rôle d'un adjectif déterminatif (et non qualificatif).

(f) « Une carène effilée ». Si la coque du navire « fend » l'eau, alors, comme les yeux ou la bouche, elle est « fendue », c'est-à-dire « effilée ». La composition est bien dans la logique du français. Comparer avec : « le rire, aux traits fendus en arrière » (p. 192: 3).

(g) L'écrasement épouvantable contre... le ventre du granit. On comprend facilement comment l'image a été produite, puisqu'on imagine Maldoror à plat ventre sur le roc de la falaise; mais le résultat est de toute beauté. Si Ducasse pratiquait le sonnet, on trouverait ici une réussite comparable à « ces purs ongles dédiant leur onyx ». Mais, justement, le plus extraordinaire, c'est bien que nous ne lisons pas un poème, mais un très prosaïque récit de rêve !

      Cela dit, les derniers mots de la strophe ne sont pas en reste, « la pâle voie lactées des regrets éternels ». Le jeu consiste dans ce cas à trouver deux têtes-à-queue de style artiste entrecroisés. Bonne chance.

(h) Après la réussite poétique dont il vient d'être question, voici une lourdeur syntaxique dont Ducasse est coutumier. La métamorphose est une punition de la justice divine; ce qui devient d'abord une punition réalisée par la justice divine; et ensuite sur moi.

      C'est un jeu amusant que de débusquer les explétismes toujours très nombreux sous la plume de Ducasse. Ici, les cachalots se battent entre eux (p. 213: 16), tandis que Maldoror entendit l'interprétation (pour, comprit ou interpréta, p. 213: 22), etc. Voir la n. (r).

(i) Le « retentissement d'un bonheur parfait » : l'image ne paraîtra pas curieuse (elle l'est pourtant !) à ceux qui sont pas familiers du style surréaliste des Chants de Maldoror — cela dit pour les lecteurs de RRR et non ceux d'El bozo. Elle trouve son origine dans le tête-à-queue d'un « bonheur retentissant », éclatant. On lira encore plus bas, notamment, la « hauteur de la volupté » (p. 214: 15) et la « vérité de l'immobilité » (p. 215: 22).

(j) Il faudrait soit l'imparfait, soit le conditionnel pour respecter la concordance des temps : soit « le jour où j'étais » (et on attendrait alors « devenais »), ou encore « le jour où je serais un pourceau ». Par ailleurs, il s'agit d'une très nette marque de la narration, tout comme on lira plus loin : « ce fut alors que je me réveillai ».

(k) Cette proposition absolue est tout à fait étrangère au style des Chants. Malheureusement, elle ne peut être corrigée, car elle correspond à deux formulations différentes. Le lecteur doit donc choisir de comprendre soit, il ne me restait plus, ou encore, il ne restait plus en moi la moindre parcelle de divinité.

(l) Encore une coquille ? Les humains sont d'inépuisables caricatures du bien. Mais à l'analyse, le lapsus bien/beau apparaît encore plus surprenant que la proposition apostrophant les caricatures du beau, même si l'on ne comprend pas ce que la laideur viendrait faire ici.

(m) Jean-Luc Steinmetz signale le jeu de mot âme/âne amené par le braiment (Pléiade II, p. 646, n. 5).

(n) « Cracher le sang » : il faut comprendre qu'en s'adressant à son intelligence, on la rendrait malade, jusqu'à cracher le sang, comme le tuberculeux qui « crache ses poumons » ou « vomit le sang ». Ou, plus prosaïquement, on la ferait vomir de dégoût.

(o) « Por el horror » : hispanisme morpho-syntaxique. Il faut comprendre « à cause de l'horreur qu'elle vous témoigne ».

(p) Je rappelle qu'on trouve ici les trois points de transition qui, à partir du chant 2, remplacent les alinéas. La phrase qui précède n'est donc pas « suspendue », tandis que s'ouvre ensuite abruptement une nouvelle séquence discursive.

(q) T : non pas, mis pour non seulement. Contrairement aux fautes et coquilles signalées plus haut, n. (j) et (k), il n'y a ici qu'une et une seule rédaction possible en français. Le texte peut et doit donc être corrigé.

(r) Nouvel explétisme, doublé d'un hispanisme : ne laisser après leur suite = à leur suite + ne laisser que...


3. Notes

(1) Jean-Auguste Margueritte, commandant à Laghouat, en Algérie, « Chasse à l'autruche dans le Sahra algérien en 1857 », Journal des chasseurs, vol. 22, 1857-1858, p. 171-181 et 193-204. Le militaire décrit en détail une journée de chasse à l'autruche et en expose le caractère extrêmement difficile, alors que lui et son lieutenant sont accompagnés d'Arabes nomades expérimentés. C'est cette atmosphère générale qui inspire le comparaison de Ducasse. En revanche, on peut croire que le texte qui inspire la comparaison est à la source du sujet de la strophe, le cauchemar.

      Cauchemar : « ... mon cheval pouvait à peine se traîner; ou bien, quand je parvenais à le mettre au galop, il s'abattait presque aussitôt des quatre pieds, et j'avais presque toutes les peines du monde à le remettre sur ses jambes. C'était un affreux cauchemar que l'aube vient heureusement dissiper » (p. 180). Son lieutenant Philibert, aux prises avec un mauvais cheval, n'a pu atteindre aucune autruche : « subissant la réalité de mon rêve de la nuit précédente, il stimulait toujours sa monture avec le même acharnement mais sans en tirer autre chose qu'un lourd galop sur place » (p. 198).

(2) Cette deuxième « comparaison » correspond au récit classique du survivant d'un naufrage. Le fragment n'évoque aucun roman précis.

(3) Morceau de bravoure du collégien Ducasse, que la critique littéraire assimile à l'esprit scientifique. Il y a longtemps pourtant que Franz-Anton Mesmer (1734-1815) est passé à l'histoire, tandis que les travaux de Jean-Martin Charcot (1825-1893) font alors école, entre Balzac (Ursule Mirouêt, 1841) et bientôt Maupassant (le Horla, 1886).

      En 1868-1869, au moment de la rédaction des Chants, c'est plutôt un ouvrage populaire qui permet de faire le point. C'est entre l'application du chloroforme à l'anesthésie, en 1847, qui remplace l'éther, qui revient en force dès l'année suivante (beaucoup moins dangereux), et l'hypnotisme, qui remplace le magnétisme (animal !), soit de Mesmer à Charcot. L'ouvrage populaire en question est d'Alfred de Caston : les Marchands de miracles : histoire de la superstition humaine (Paris, Dentru, 1864, 338 p.). En voici un extrait (p. 320) qu'on pourrait croire être la source (!) de Ducasse :

      Le magnétisme, le sommeil qui n'est pas le sommeil; la léthargie, la catalepsie, cette mort qui n'est pas la mort; ce fluide actif et impondérable qui lie deux individus, et fait de l'un l'esclave de l'autre; voilà des faits qu'on ne peut nier.

      Dans d'importantes opérations chirurgicales, les passes magnétiques ont remplacés l'action de l'éther et du chloroforme et donné la même insensibilité.

À remarquer que dans cet extrait, le « fluide » et les « passes » sont celles de l'hypnotisme, l'auteur combattant avec acharnement les charlatans de l'extralucidité des « somnambules » sous l'effet du supposé magnétisme. Ducasse, lui, n'est pas encore passé du magnétisme à l'hypnotisme, ce qui est tout à fait normal en 1870, même si un ouvrage de vulgarisation le prend de vitesse.

(4) Structure narrative. La litote est évidente : on comprend qu'il n'était pas facile, voire impossible d'en sortir. Or, la volonté d'en sortir contredit la suite du récit. Ducasse ne l'a donc pas encore imaginée à ce moment de sa rédaction. Si cela peut nous paraître tout à fait invraisemblable, c'est que nous ne pratiquons pas la composition improvisée ou automatique — celle justement du récit de rêve (qui est contradictoire avec tout notre apprentissage de la rédaction). Il suit que ce sont moins les motifs (le fait d'être transformé en pourceau, avec les faits et gestes qui s'ensuivent) que les motivations (les causes et les effets de la transformation) qui font de cette strophe un récit « onirique » (récit prosaïque qui n'a d'ailleurs rien de l'onirisme).

(5) « Objet de mes voeux ». P.-O. Walzer fait le rapprochement avec le poème d'ouverture des Méditations poétiques de Lamartine, « Isolement » : « Que ne puis-je, porté sur le char de l'aurore, / Vague objet de mes voeux, m'élancer jusqu'à toi » (p. 176, n. 3). En fait, on peut croire qu'il s'agit non pas d'une réminiscence, mais bien d'un retournement ironique du poème de Lamartine, lui sur le haut d'une montagne, Lautréamont du haut d'une falaise. « Lamartine, la Cigogne-Larmoyante » (Poésies).

(6) J.-L. Steinmetz a bien raison d'indiquer qu'il faut prendre le mot au sens rigoureux, l'art d'interpréter les songes. C'est ce qui donnera le titre du livre de Freud, en français : « l'Interprétation des rêves » (en allemand, « Die Traumdeutung », la science des rêves) : dans les deux cas, chez Ducasse comme chez Freud, il s'agit d'un rappel ironique et d'un renversement de la vieille « science de l'interprétation » des rêves.

(7) Des êtres microscopiques, qu'on appelle humains, et dont la matière ressemble à celle du corail vermeil. La comparaison, teintée de curiosité scientifique, amalgame une série d'éléments difficiles à séparer. Le corail, le corail rouge, qui en est une pseudo-variété, est évidemment minuscule, « microscopique ». Sa matière vivante, le polype, développe un « squelette » de calcaire et se développe sur lui; et ce calcaire a la propriété de correspondre à la matière des os humains, ce que Ducasse n'a certainement pas à l'esprit : c'est sa matière vivante, de forme élémentaire, qui ressemble à celle de l'homme.

      Au moment même où Ducasse écrit cette phrase, Jules Verne développe un véritable poème narratif sur le corail. C'est Vingt mille lieues sous les mers, qui paraît en feuilleton au Magasin d'éducation et de récréation à partir de mars 1869; le premier volume est édité en octobre 1869 (la suite de la publication et le second volume en 1870). Tous les jeunes adolescents doivent ou devraient aujourd'hui connaître le fameux voyage touristique du Nautilus, sous la direction du capitaine Nemo, dans le labyrinthe du cimetière de coraux (le chapitre 24, le dernier de la première partie du roman, s'intitule « Le royaume du corail »).

(8) Une reformulation concise de cette phrase constituera la dernière proposition des Chants de Maldoror : « allez-y voir vous-même, si vous ne voulez pas me croire », correspondant elle-même à la dernière phrase de François le Champi.


4. Faurissonneries

      Aplatissement, au sens français le plus écrasant.

      Comme toujours, Robert Faurisson croit nous résumer la strophe, en recopiant ou en reprenant des morceaux dans le plus parfait désordre (p. 125-126), avec trois grands coups de points d'exclamation :

1) La « paume de la main » ! de la mer;
2) quand le magnétisme et le chloroforme « s'en donnent la peine » !;
3) et « il était venu, le jour où je fus » !

      Or, le professeur ne manque pas d'ajouter au moins deux fautes de lecture :

4-5) « Les hommes ont renoncé à tout respect pour des [!] choses sacrées; le sens moral [sic] leur fait complètement défaut... » : où donc a-t-il lu cela dans la strophe ?

      Il faut bien admettre toutefois le raisonnement d'une logique implacable qui termine le long « résumé ». Est-ce que Maldoror ne nous dit pas qu'il pleure la nuit, au souvenir de cette métamorphose ? Et même toutes les nuits, dans son lit en plus, lui qui pourtant dit ne jamais dormir.

      — Ah ! ah ! s'exclame le professeur : « Deux strophes plus haut, il déclarait : « Assis sur un meuble informe, je n'ai pas bougé mes membres depuis quatre siècles » [4.4 !]. Quel est le lecteur assez téméraire pour relever cette contradiction du grand Maldoror ? ».

Le grand Faurisson, évidemment ! Il a compris que quatre siècles, c'était un peu exagéré, étant donné qu'il le trouve en flagrant délit, dans son lit.

      Et si ce n'est pas du grand Faurisson, allez-y voir : « Pour les détails de la biographie [!] du pourceau, le lecteur se reportera au texte des Chants » ! (p. 126).

Variantes Commentaires Notes Faurissonneries
Tables du début de la présente strophe