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bibliographie littéraire de la Nouvelle-France
TdM Présentation Errata/addenda Complementum : vol. I, vol. II Index TGdM
 
  Histoire littéraire de la Nouvelle-France  
 
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Bibliographie littéraire de la Nouvelle-France

Guy Laflèche

Bibliographie littéraire de la Nouvelle-France,
Laval, Singulier (coll. « Les cahiers universitaires du Singulier », no 2), 2000.

Complementum II

Table
Index

P r é s e n t a t i o n

      Voici le troisième volume de la Bibliographie littéraire de la Nouvelle-France. On sait qu'il ne s'agit pas d'un « Vient de paraître », dont chaque nouvelle parution annule la précédente. C'est au contraire un instrument de recherche essentiel aux études littéraires sur la Nouvelle-France. Il fait depuis longtemps autorité, s'agissant d'une bibliographie descriptive, rétrospective, analytique et critique.

      Mais les trois volumes de l'ouvrage sont très différents. Bien entendu, seul le premier volume est essentiel. Il a paru aux Éditions du Singulier en 2000. Il avait déjà alors une longue histoire, celle du travail d'un professeur sur l'étude littéraire des écrits de la Nouvelle-France. C'est au tout début de ma carrière, à ma toute première année d'enseignement, en 1973, que j'ai entrepris le travail bibliographique qui consistait à rassembler nos connaissances sur ces écrits narratifs et leurs études dans le cadre d'un cours d'introduction. Mon mentor était Léopold LeBlanc, mon professeur devenu mon collègue, qui avait mis en place la base d'une « histoire littéraire » de la littérature québécoise et, donc, de la Nouvelle-France. Il a suivi mon travail durant quelques années, avant sa retraite. Il m'avait demandé copie des feuillets modestement polycopiés que je préparais pour mes étudiants. Nos échanges chaleureux ont tout de suite portés sur ma critique du premier chapitre de son histoire littéraire que je réorganisais en deux grandes dimensions, la « littérature coloniale de Nouvelle-France » et la « littérature française sur l'Amérique ». Si je pouvais un jour refaire et relancer mon premier volume, j'aimerais l'offrir à sa mémoire, tant son travail et nos échanges m'ont été précieux.

      À partir de 1977, mes feuillets ont été regroupés en un cahier qui devenait le manuel de mes étudiants. Et c'est précisément ce qui caractérise le « premier volume » de l'ouvrage paru en 2000. Il s'agit bien, je l'ai dit, d'une bibliographie descriptive, rétrospective, analytique et critique. C'est le caractère « descriptif » qui prime dans cette bibliographie rétrospective. Il s'agit d'une présentation systématique des oeuvres narratives de la Nouvelle-France et de ses études littéraires, accompagnée d'un répertoire des études essentielles sur la Nouvelle-France. La bibliographie est rétrospective parce qu'on y trouve en 2000, tout ce qui était paru et connu des origines à nos jours. Cela est de l'ordre de la science bibliographique qui, bien entendu, ne s'improvise pas, s'agissant d'un travail préparatoire à toute recherche dans le domaine. Avant la publication de la Bibliographie littéraire chaque chercheur devait faire lui-même ce travail de recherche bibliographique pour mettre au point l'état présent de la recherche sur l'auteur ou l'oeuvre qu'il se proposait d'étudier dans la perspective des études littéraires. — Je ne parle pas, bien entendu, des « critiques littéraires » qui ne font pas de recherche, mais nous proposent des dissertations, comme on en trouve des centaines, toujours sans aucun intérêt, dans notre domaine des « Lettres ». Les oeuvres de la Nouvelle-France n'y échappent pas, évidemment.

      Or, avec l'avènement de l'internet, la bibliographie « rétrospective » s'est doublée d'une bibliographie « courante ». Les spécialistes, les bibliographes, connaissent depuis toujours, évidemment, les deux types de bibliographie. Sauf que la bibliographie courante dont il s'agit ici n'a rien à voir avec les « Suppléments », « Vient de paraître » ou « Livres reçus ». Il s'agit au contraire d'une refonte périodique qui développe le premier volume, qui reste primordial dans l'enseignement et la recherche, mais qui s'est trouvé périodiquement relancé, réorganisé, voire renouvelé, au fil de la recherche dans le domaine. « Analytique » : au fil des deux décennies qui ont suivi la parution du premier volume, c'est la caractéristique qui s'est imposée. Certes le plan d'ensemble de la bibliographie n'a pas changé (mais rien n'empêchera jamais qu'il ne le soit : c'est l'impératif de la recherche scientifique). En revanche, des sections et des paragraphes ont été réorganisés, développés et d'autres ajoutés. Une année après l'autre, le travail bibliographique a été soumis à la dynamique de la recherche. Ce sont les chercheurs qui menaient l'histoire passionnante du développement des éditions et des études sur la Nouvelle-France. Bien sûr, tous ceux qui ont suivi le développement de ce deuxième volume ont bien vu que la recherche ne « progresse » pas toujours... Heureusement, la régression est moins fréquente que la stagnation, tandis que parfois des publications extraordinaires transforment complètement la compréhension ou simplement la connaissance des oeuvres d'un auteur, sans compter l'apparition d'une étude sur un nouvel auteur.

      Comme on le comprend à la lecture des deux dernières phrases, la dimension « critique » de la bibliographie s'est accentuée tout au long du second volume. La cause en est d'abord que je n'étais plus un jeune professeur préparant un instrument pédagogique pour ses étudiants, mais ensuite parce que l'espace n'est plus compté sur l'internet. Et voilà ce qui caractérisera dorénavant le troisième volume de cette bibliographie, comme on le verra à la première version qui paraît aujourd'hui. Le travail bibliographique, lorsqu'il n'est pas destiné à une recherche donnée, est l'un des plus pénibles qui soit, alors même qu'il est passionnant. Il faut prendre et perdre beaucoup de temps à chercher, localiser et trouver les livres, les recueils et les articles; il faut évidemment les lire (j'y reviens tout de suite) et dépouiller leurs données bibliographiques (ce qui est essentiel pour le bibliographe); il faut les évaluer et les caractériser, puis les classer. Évidemment, on sait que le résultat sera nécessairement utile aux chercheurs, sans présumer de l'utilisation qu'ils en feront. Mais passer autant de temps à lire tant de textes, alors que l'objectif n'est plus d'ordre pédagogique, ni non plus destiné à promouvoir la recherche, alors il est naturel que la part critique prenne la première place.

      Je ne peux pas, évidemment, évaluer toutes les études littéraires sur la Nouvelle-France, mais je peux le faire de manière pertinente pour de très nombreuses publications. On sait que l'auteur d'un essai et a fortiori d'un article dans ce domaine n'aura pas de réactions critiques avant longtemps et qu'elles seront peu nombreuses. Alors, voici l'occasion de vivifier la recherche, puisque tous les ans les auteurs « risquent », c'est la fonction critique, de voir leur travail évalué ici. À eux de réagir s'ils le désirent, car je tiens toujours le plus grand compte de la critique et des réactions qui me sont adressées. Bien entendu, dans ce troisième volume, la bibliographie sera toujours descriptive, rétrospective et analytique, mais elle sera maintenant radicalement critique.

Guy Laflèche
18 juillet 2018.

1.0 Première édition du Supplément II, 18 juillet 2018;
1.1 Seconde version complétée, 10 septembre 2018.

Abréviations

JR  - R. G. Thwaites, Jesuit Relations, bg 184.
MNF  - Lucien Campeau, Monumenta Novae Franciae, bg 187.
RJNF  - Relations des jésuites de la Nouvelle-France.
SMC  - Guy Laflèche, les Saints Martyrs canadiens, bg 202-205.

Table générale

I   LES TEXTES À L'ÉTUDE

1.  La littérature coloniale de la Nouvelle-France
2.  Écrits de/sur la Nouvelle-France
3.  Écrits des jésuites de/sur la Nouvelle-France

II   LES ÉTUDES DE TEXTE

4.  Études sur la Nouvelle-France
5.  Études littéraires des écrits de la Nouvelle-France

Index

Table

LES TEXTES À L'ÉTUDE

Chapitre 1  La littérature coloniale de la Nouvelle-France

I.  Études et anthologies

1.  Études

  — L'« affaire Tartuffe »

2.  Anthologies de la littérature coloniale

  — Thomas Thiboult (1681-1725) — 1711
  — Louis de Villette (16??-17??) — 1711
  — Denys Baron (1711-1758) — 1755

II. Les auteurs et leurs oeuvres

      À noter que la numérotaton a été refaite au volume précédent, Complementum I.

Marc Lescarbot (1)
Anonyme (homme de métier, chirurgien-barbier ?) (9 bis)
Marie-Andrée Regnard Duplessis de Sainte-Hélène (13)

Chapitre 2  Écrits de/sur la Nouvelle-France

Marc Lescarbot (7)
Samuel de Champlain (8)
Marie Guyart-Martin de l'Incarnation (10)
Pierre Boucher, sieur de Grosbois (13)
Louis Nicolas (17)
Louis Hennepin (20)
Pierre-Esprit Radisson (21)
Gédéon Nicolas de Voutron (30 bis)
Antoine-Denis Raudot (34)

La Louisiane et le Mississippi au XVIIIe siècle

 7bis  Marc-Antoine Caillot  (1707-1758) — 1730

Chapitre 3  Écrits des jésuites de/sur la Nouvelle-France

1.3 Collections des RJNF
1.8 Grammaires et dictionnaires des langues amérindiennes
  — Le montagnais ou l'innu
  — Le wendat ou le huron
1.9 Ouvrages de dévotion et apparentés

II   LES ÉTUDES DE TEXTE

Chapitre 4   Études sur la Nouvelle-France

3  Histoire des idées
4  Histoire littéraire
5  Histoire religieuse
  — 5.1 Histoire [...] des missions de la Compagnie de Jésus
  — 5.2 Histoire de l'église et de la mission de la Nouvelle-France
  — 5.3 Histoire et biographie « religieuses » de la Nouvelle-France
  — 5.3 bis Le supplice archaïque iroquois tel que décrit par les jésuites

6  Ethnologie, anthropologie et acculturation
  — 6.4 Histoire des Amérindiens de la Nouvelle-France
  — 6.5 Anthropologie ou ethnologie historique — monographies
  — 6.5 tertio Archéologie
  — 6.7 Acculturation
  — 6.8 Conversion

Chapitre 5   Études littéraires des écrits de la Nouvelle-France

3  L'édition critique des écrits de la Nouvelle-France
4  Numéros de revue et recueils — 2008 et suiv.

5  Ouvrages et articles

5.1 Thèmes généraux

5.1.1 Panoramas, exposés bibliographiques, questions d'histoire littéraire
5.1.3 bis Comparaison
5.1.7 bis Latin, les écrits latins des jésuites de/sur la Nouvelle-France
5.1.8 Parole amérindienne
5.1.9 Récit de voyage en Nouvelle-France
5.1.10 Récit de voyage, étude du genre
5.1.11 Sources : l'« affaire Dollard »

5.2 Auteurs

Baron, Denis (5.2.2 bis)
Bégon, Élisabeth (5.2.3)
Biard, Pierre (5.2.4)
Boucher, Pierre (5.2.6)
Brébeuf, Jean de (5.2.9)
Cartier, Jacques, voyages de, par Jehan Poullet (5.2.11)
Cavelier de La Salle, Robert (5.2.12)
Champlain, Samuel de (5.2.13)
Charlevoix, Pierre-François-Xavier de (5.2.14)
Chauchetière, Claude (5.2.14 bis)
Chaumonot, Joseph-Marie (5.2.14 tertio)
De Pauw, Cornelius (5.2.16)
Dollier de Casson, François (5.2.18)
Guyart, Marie Martin de l'Incarnation (5.2.20)
Hennepin, Louis (5.2.21)
Jésuites, RJNF
Jésuites, Lettres édifiantes et curieuses(5.2.24 bis)
Jogues, Isaac (5.2.24bis)
La Brosse, Jean-Baptiste de (5.2.25tertio)
Lafitau, Joseph-François (5.2.27)
Lahontan, Louis Armand de Lom d'Arce, baron de (5.2.28)
Lebeau, Claude (5.2.30)
Lejeune, Paul (5.2.32)
Leroux, Valentin (5.2.33)
Léry, Jean de (5.2.34)
Lescarbot, Marc (5.2.36)
Millet, Pierre (5.2.38 tertio)
Pierron, Jean (5.2.40 tertio)
Ragueneau, Paul (5.2.44)
Récollets (5.2.44 tertio)
Sagard, Gabriel Théodat (5.2.47)
Staden, Hans (5.2.48 tertio
Thevet, André (5.2.50)
Thiboult, Thomas (5.2.50 bis
Villette, Louis de (5.2.52)


 

I  Les textes à l'étude

Chapitre 1
La littérature coloniale de la Nouvelle-France

I. Études et anthologies

1. Études

L'« affaire Tartuffe »

2012, GRÉGOIRE, Vincent, « la Représentation de Tartuffe n'aura pas lieu, ou Pour une nouvelle "affaire Tartuffe" à Québec en 1694 », Lieux de culture dans la France du XVIIe siècle (coll. « Medieval and early modern french studies », no 11), éd. de William Brooks, Christine McCall Probes et Rainer Zaisers, Bern, Lang, xii-303 p., p. 247-274. [2401

2015, TRUE, Micah, « Beyong the "Affaire Tartuffe" : seventeenth-century french theatre in colonial Québec », Romance Notes (Chapel Hill, NC), vol. 55, no 3, p. 451-461. [2402

      Ce n'est pas parce que nous avons peu de traces de performances théâtrales qu'elles étaient exceptionnelles dans la colonie française (« And yet [en dépit du peu de traces monté en épingle], there are reasons to think that theatrical performances may have been more common than often is suggested », p. 454). Désolé, mais tel est bien le cas : les quelques représentations consignées au Journal des jésuites, par exemple, prouvent que les représentions théâtrales ont toujours été des « événements » dans la colonie, de même que les bals de Frontenac dont s'est amusée Élisabeth Bégon. — Je signale qu'en me citant pour une citation que je n'ai jamais faite (p. 457), Micah True confond la représentation du Cid et celle du Tartuffe.

2. Anthologies de la littérature coloniale

Jeanne d'Arc Lortie, les Textes poétiques du Canada français, édition intégrale annotée, 12 vol., vol. 1, 1606-1806, Montréal, Fides, 1987, lxviii-613 p. [bg 3 :: [2403

—— Thomas Thiboult (1681-1725), « "l'Anglois en fureur" : cantique composé sur l'air d'"Aimable Vainqueur" » (1711), p. 91-92. [2404
—— Louis de Villette (16??-17??), « "Objet de nos coeurs" : cantique composé sur l'air d'"Aimable Vainqueur" » (1711), p. 93. [2405

      Deux pièces célébrant le naufrage de la flotte de Walker à l'Île-aux-OEufs le 3 septembre 1711. Étude et édition de Charles Doutrelepont, no 2470 [2].

—— Denys Baron (1711-1758), « "D'une nouvelle terre" : cantique de guerre à la Vierge, sur l'air d'"Or, nous dites Marie" » (1755), p. 152-153; attribution de Stanislas Lemay Hugolin, la Nouvelle-France (février 1913, p. 74-76), rééd., Vieux Papiers, vieilles chansons, 1936, p. 109-111. [2406

      La pièce célèbre la défaite des troupes de Braddock par celles de Beaujeu sur la Monongahéla, non loin du fort Duquesne que les Anglais venaient attaquer, le 9 juillet 1755. Voir l'étude de Charles Doutrelepont, no 2466 [4].

—— Ces trois pièces sont chantées par Louise Courville, accompagnée par l'Ensemble Nouvelle-France (ENF) sous sa direction, arrangements de Pierre Bouchard (coll. « Musiques historiques du Québec »), Québec, ENF et Musée de l'Amérique française, 3 CD, 1997. [2407

II. Les auteurs et leurs oeuvres

Marc Lescarbot (1)

Poésies et opuscules sur la Nouvelle-France, éd. de Marie-Christine Pioffet et d'Isabelle Lachance, Montréal, Nota Bene, 2014, 396 p. [2408

      Édition des Muses de la Nouvelle-France (mais sans le « Théâtre de Neptune », qui en est pourtant une pièce maîtresse), avec « la Conversion des sauvages qui ont été baptisés en la Nouvelle-France cette année 1610 » et « Relation dernière de ce qui s'est passé au voyage du sieur de Poutrincourt en la Nouvelle-France, par Marc Lescarbot », 1612 (éditions critiques de Lucien Campeau, MHNF, 1 (1967): 60-93 et 168-202). Il n'y a aucune raison de joindre aux oeuvres poétiques de Lescarbot ces deux « opuscules », deux documents qui n'avaient besoin d'aucune réédition.

Note critique

      Le titre de l'ouvrage porte « édition critique ». Non. Il s'agit d'une édition encyclopédique comme les produit l'École de Québec depuis de nombreuses décennies. Ce seraient des parodies de l'édition critique si leurs auteurs en étaient conscients. Aucune des sciences nécessaires aux travaux scientifiques de l'édition critique ne sont ici mises en oeuvre (étude de genèse et de sources, étude de bibliographie matérielle et analyse philologique, par exemple). Le résultat est franchement déplorable, s'agissant de la transcription systématique de « fiches » d'assistants de recherche au fil du texte. C'est la méthode de l'édition critique prétendue, accaparant les subventions ainsi détournées de la recherche par des fonctionnaires gérant de supposés « chercheurs » (et je sais de quoi je parle, puisque le CRSH a refusé de subventionner la suite de mes recherches sur les récollets parce que je me refusais de réaliser de telles publications ! — et je peux produire les évaluations et jugements critiques du CRSH qui vont en ce sens sur trois ans, 1998, 1999 et 2000).

      On peut illustrer d'un trait la totale impertinence enregistrée par cette édition encyclopédique du simple point de vue de l'analyse philologique. Marie-Christine Pioffet et Isabelle Lachance n'ont pas encore compris qu'une « variante » n'a absolument aucun rapport avec les variations typographiques insignifiantes. C'était le cas de l'historien Lucien Campeau dans sa toute première édition des MHNF (1966) où les quelques vingt variantes significatives de la Relation de 1634, par exemple, étaient noyées dans quelques milliers de variations typographiques insignifiantes (amy/ami, aussi/aussy et cecy/ceci !). Mais dès le troisième volume des MHNF (1989), il avait réajusté son relevé des variantes. Cinquante ans plus tard, les Poésies et opuscules de Marc Lescarbot nous offrent un petit retour à 1967 !

      Et ce n'est pas tout. Le fait de ne pas savoir distinguer une variante d'une variation, ce n'est encore rien, question de rigolade. Je me contenterai de deux exemples illustrant autant de catégories de crétinepsies. À l'ouverture des Muses, on a la surprise de voir frappé le tout simple mot « ore », qu'on trouve pourtant au Petit Robert (art. « or, ore, ores »), de l'astérisque renvoyant au glossaire, avec l'appel de note 17, citant très sérieusement le lexique de Godefroy. Alors ? Page suivante, on lit encore l'adverbe qu'on trouve traduit encore note 24 d'un « c'est-à-dire "maintenant" ! ». Non, je ne cherche pas de poux : page après page vous allez trouver de telles insipides enfantillages qu'on ne saurait lire ailleurs que dans les « classique Hachette » ou les « Classiques Larousse » destinés à des collégiens, non, à des écoliers de 10 ou 12 ans. Le summum, deuxième exemple à mourir de rire, n'est même pas d'ordre lexical, mais d'un tout simple archaïsme orthographique. On lit dans le texte « cetui-ci » (p. 81), et en note 4 : « c'est-à-dire "celui-ci" » !

      Il n'est donc pas surprenant que l'ouvrage ne respecte pas les règles élémentaires de l'édition scientifique, publiant sans raison aucune l'édition princeps des Muses de la Nouvelle-France (1609) en lieu et place de la dernière édition revue par l'auteur (1618).

      Bref, voici une édition sans aucune valeur scientifique, mais néanmoins fort amusante.

Anonyme (homme de métier, chirurgien-barbier ?) (9 bis)

Les Lettres canadiennes ou Lettres et mémoires de ce qui s'est passé de plus remarquable dans les cours de l'Europe et ailleurs depuis l'an 1700 jusques et compris l'an 1725..., édition manuscrite de Paris, 2 vol. in-folio (32 cm), 1586 pages ou folios, Toronto Public Librairies. [2409

      Le manuscrit édite 259 lettres adressées par l'auteur anonyme de 1700 à 1725, à de très nombreux correspondants à travers le monde, dont 43 au notaire Henry Hiché, à Québec. Plusieurs lettres du recueil concernent la Nouvelle-France et le séjour de l'auteur dans la colonie en 1692-1699.

« Lettre 11 (1701) : Au mesme [son frère] : il lui conseille de voyager, luy fait une description de la ville de Quebec et luy reproche qu'il ne luy escrit pas », édition de Sébastien Côté, « Éditer les Lettres canadiene (sic), manuscrit anonyme (1700-1725) », Relire le patrimoine lettré de l'Amérique française, édition de S. Côté et de Charles Doutrelepont, Québec, Presses de l'Université Laval, xii-262 p., p. 33-54, p. 49-54. [2410

      Analyse et description du manuscrit, suivies d'une édition diplomatique de la lettre 11.

Marie-Andrée Regnard Duplessis de Sainte-Hélène (13)

Marie-Andrée Duplessis et Marie-Élisabeth Le Moyne de Longueuil, « Histoire de Ruma, par les meres Marie Elisabeth de Longueüil, dite de l'Enfant Jesus, et Marie André Duplessis dite de Ste Helene, Religieuses hospitalieres de l'hotel Dieu de Quebec — À mademoiselle Genevieve Du plessis, en 1711 », manuscrit R.F. 358, pièce no 8, de la Bibliothèque municipale de Montauban, 15 p. [2411

—— Étude et édition de Thomas M. Carr, Jr., « Une "histoire véritable" littéraire à l'Hôtel-Dieu de Québec : l'"Histoire de Ruma" (1711) de M.-A. Duplessis et de M.-É. Le Moyne de Longueuil », Québec Studies, no 59, 2015, p. 171-190, texte édité p. 181-185 et annoté aux pages suivantes. [2412

      Il ne fait pas de doute que M.-A. Duplessis aura été, tout comme sa complice et co-auteur, une « femme du monde », et qu'elle l'est restée dans le cloître de l'Hôtel-Dieu ! L'analyse de Thomas M. Carr situe donc très justement le morceau de bravoure en regard de la littérature des salons de Paris et de Québec. Le prétexte « dévot » (appeler la jeune Geneviève Duplessis à venir les rejoindre au couvent) n'en est que plus amusant, s'agissant d'un début de « roman à clefs ».

Chapitre 2
Écrits de/sur la Nouvelle-France

Marc Lescarbot (7)

La Conversion des sauvages qui ont été baptisés en la Nouvelle-France cette année 1610 (Paris, Jean Milot, 1610, 48 p.) et Relation dernière de ce qui s'est passé au voyage du sieur de Poutrincourt en la Nouvelle-France (Paris, Jean Milot, 1612). — Éditions critiques de Lucien Campeau, MHNF, 1 (1967): 60-93 et 168-202). [bg 187 :: [2413

      Il s'agit de rapports personnels (destinés à la cours de France, sous la régence de Marie de Médicis, Campeau, p. 168), de mémoires (historiques) et finalement de pamphlets (de par leur publication).

— Rééd., « Conversion des Sauvages... » (p. 182-239) et « Relation dernière... » (p. 241-313) dans Poésies et opuscules sur la Nouvelle-France, éd. de Marie-Christine Pioffet et d'Isabelle Lachance, Montréal, Nota Bene, 2014, 396 p. Ces deux documents sont sans aucun rapport avec l'oeuvre poétique : voir no 2408. [2414

Histoire de la Nouvelle-France... [bg 61

*— Rééd., Nicolas Hebbinckuys, « Édition critique des "Pièces liminaires" et du "Premier livre" de l'Histoire de la Nouvelle-France de Marc Lescarbot (1609) », thèse de doctorat, Université de Moncton, 2016. [2415

Samuel de Champlain (8)

[Les oeuvres de Champlain], textes en français moderne établis, annotés et présentés par Éric Thierry, Québec, Septentrion (coll. « V »), 4 vol. :
  1) Espion en Amérique (1598-1603), 2013, 224 p. [2416
  2) les Fondations de l'Acadie et de Québec (1604-1611), 2008; [no 1316
  3) la Rencontre des Algonquins et des Hurons (1612-1619), 2009; [no 1317
  4) Au secours de l'Amérique française (1632), 2011, 696 p. [2417

Voyages, texte modernisé par Marie-Hélène Sabard, Paris, L'école des lettres (coll. « Classiques abrégés »), 2008. [2418

Marie Guyart-Martin de l'Incarnation (10)

Jérôme Lalemant, Constitutions et règlements des premières ursulines de Québec, édition critique de Gabrielle Lapointe, Québec, [Monastère des ursulines, et non PUL], 1974, xxviii-267 p. [bg 79

—— Les Constitutions (p. 1-95) sont une rédaction de Jérôme Lalemant, entreprise à partir de 1647; la copie du manuscrit est de soeur Cécile Richer de Sainte-Croix, en 1659 ou 1660; et l'approbation (p. 254-256) de l'évêque François de Laval (avec quelques importantes demandes de modifications, notamment l'interdiction du plain-chant) est datée du 21 juillet 1662. Les constitutions ont été adaptées point par point sur l'avis des religieuses et adoptées au vote secret. [2419

—— Les Règlements (p. 96-253) ont été rédigés par Marie Guyart-Martin de l'Incarnation. [2420

Pierre Boucher, sieur de Grosbois (13)

Histoire véritable et naturelle des moeurs et productions du pays de la Nouvelle-France vulgairement dite le Canada (1664), texte établi en français moderne par Pierre Benoit, Québec, Septentrion, 2014, xxxviii-240 p. Préface de Denis Racine de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoires. [2421

Histoire véritable et naturelle de la Nouvelle-France, texte établi en français moderne par Christophe Horguelin, Montréal, Almanach, 2014, 245 p. Postface de Thomas Wien. [2422

      En réalité, il s'agit d'un diptyque, soit (encore) une nouvelle édition de l'« histoire naturelle » (ou plutôt « véritable et naturelle) ») de Pierre Boucher, suivie de son étude par Thomas Wien, sous le titre et le prétexte de « Postface » (p. 129-219). Voir no 2492.

Louis Nicolas (17)

Histoire naturelle des Indes occidentales, éd. Daniel Fortin, I, la Botanique, II, les Mammifères, III, les Oiseaux et les poissons Québec, GID, 3 vol, 2014, 2015 et 2017, 464, 416 et 520 p. [2423

      L'auteur a d'abord transcrit littéralement le manuscrit de Louis Nicolas avant d'adopter, à peu de chose près, la transcription en français moderne de Réal Ouellet (no 1328). C'est donc l'occasion de regretter que l'édition magistrale des presses des universités McGill et Queen n'ait pas donné une version diplomatique des manuscrits en 2011, d'autant que l'adaptation de Réal Ouellet était doublée de la traduction anglaise de Nancy Senior.

      Les trois volumes de D. Fortin illustrent point par point les descriptions de Louis Nicolas avec des photographies de l'éditeur, du moins pour les plantes au premier volume, et plusieurs gravures. Au premier volume, toujours, la liste des illustrations tient lieu d'index (p. 10-12). Chaque volume situe précisément les sciences naturelles du savant missionnaire. Enfin, la qualité typographique de l'édition mérite d'être signalée. Dans le cas du premier volume, toujours celui-là, on peut dire que l'amateur aura en main le « Marie-Victorin » historique !

Louis Hennepin (20)

      Finalement, l'édition encyclopédique préparée par Réal Ouellet n'aura pas paru aux Presses de l'Université de Montréal dans la collection « Bibliothèque du nouveau monde ». En revanche, la thèse de Catherine Broué (bg 122) est publiée :

Louis Hennepin, Par-delà le Mississippi : aventures en Amérique, textes présentés et annotés par Catherine Broué, Toulouse, Anacharsis (coll. « Famagouste »), 2012, 368 p. [2424

      Il faut avoir l'ouvrage en main pour comprendre ce que ne dit pas le titre : voici la Nouvelle Découverte d'un très grand pays situé dans l'Amérique, entre le Nouveau Mexique et la Mer glaciale de L. Hennepin (1697, bg 118). Il s'agit en effet d'une édition scolaire du premier des deux volumes qui développaient la Description de la Louisiane (1683, bg 117), soit la Nouvelle Découverte (1697) qui précédait le Nouveau Voyage (1698). Catherine Broué ne sait pas encore que Valentin Leroux est l'auteur du Premier Établissement de la foi (1691), le PEF, qui fait le lien entre les deux publications, respectivement en un et deux volumes, ces deux volumes étant construits à l'aide du PEF de Leroux. Les collégiens auxquels l'ouvrage s'adresse ne comprendront pas facilement l'intérêt de l'affabulation où le « petit moine » (Bernou dixit) se présente comme le découvreur de l'embouchure du Mississippi !

Pierre-Esprit Radisson (21)

Pierre-Esprit Radisson : the collected writings, édition critique de Germaine Warkentin, vol. 1, the Voyages, Toronto, the Champlain Society; Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 2012, 357 p. [no 1331.

——, vol. 2, the Port Nelson Relations, miscellaneous writings, and related documents, 2014, 304 p. [2425

Gédéon Nicolas de Voutron (30 bis)

Voyages aux Amériques : campagnes de 1696 aux Antilles et de 1706 à Plaisance et en Acadie, éd. de Frédéric Laux, avec la collaboration de Christian Huetz, Québec, Septentrion (collection « V »), 2010, 288 p. [2426

« Un Français à Port-Royal à l'automne 1706 : le journal de Gédéon Nicolas de Voutron », extraits tirés de la seconde partie de l'ouvrage précédent (avec les notes, et quelques notes complémentaires) par Ronnie-Gilles LeBlanc, les Cahiers (de la Société historique acadienne), vol. 44, no 4 (décembre 2013), p. 93-138. [2427

Antoine-Denis Raudot (34)

Relations par lettres de l'Amérique septentrionale, éd. critique par Pierre Berthiaume, Québec, Presses de l'Université Laval, 2018, xiv-764 p. [2428

      Un modèle d'édition critique innovateur, s'agissant de l'édition scientifique de manuscrits. Les spécialistes ne manqueront pas de tirer profit de la section « Variantes et corrections » (p. 655 et suiv.), avec une méthodologique typographique efficace mise en oeuvre dans le corps de l'édition des textes.

      Après Camille de Rochemonteix, qui avait publié en 1904 la Relation par lettres de 1709-1710 (bg 165), Pierre Berthiaume édite maintenant toutes les « relations par lettres » d'Antoine-Denis Raudot, soit quatre ouvrages qui s'entrecroisent et se développent, pour constituer un ensemble considérable de « Lettres » qui sont généralement des synthèses de documents très divers, mais dont une grande partie était alors déjà des publications. P. Berthiaume présente l'ensemble de ces sources dans son introduction (c'est la genèse de l'« oeuvre »), tandis qu'il désigne précisément ces sources au fil de l'édition. Et ce n'est pas tout. Si ces Relations ont de nombreuses sources, qui doivent être évaluées pour apprécier ces lettres, ces « mémoires » de Raudot ont été à leur tour largement exploités par Charlevoix dans son Histoire en 1744 (bg 37). Nous sommes là devant des chaînes de réécritures qui ne manqueront pas de faire les délices des études littéraires. L'important sera de garder à l'esprit que nous ne sommes plus devant des « récits de voyage » (Cartier, Champlain) ou des « relations missionnaires » (les RJNF), ni non plus d'« écrits de voyageurs » (Lahontan, Diéreville, Lebeau), tous d'ordre journalistique (soit diverses formes du reportage), mais bien de mémoires ethnologiques et historiques, à portée « scientifique », s'agissant maintenant de trouver, d'analyser et de synthétiser des sources d'information.

      En appendice, Pierre Berthiaume édite le « Dossier Acoutsina » (p. 590-622). Une fabuleuse enquêtes sur les affabulations d'une sympathique inuite qui peuplait le Grand Nord de Noirs, de Pygmées, de Géants, etc. Notre savant Raudot n'est pas certain que tout cela soit incroyable.

Chapitre 2 bis
Écrits de/sur la Nouvelle-France — appendice

La Louisiane et le Mississippi au XVIIIe siècle

Marc-Antoine Caillot (7bis) (1707-1758) — 1730

*Relation du voyage de la Louisiane ou Nouvelle-France fait par le Sr Caillot en l'année 1730 / A company man : the remarkable french-atlantic voyage of a clerk for the Company of the Indies (a memoir), éd. et trad. d'Erin M. Greonwald et Teri F. Chalmers, New Orleans, Historic New Orleans collection, 2013, xliii-182 p. [2429

Chapitre 3
Écrits des jésuites de/sur la Nouvelle-France

1.3 Collections des RJNF

      Recueil systématique d'extraits des RJNF sur quatre thèmes successifs, les langues, les guerres, la spiritualité amérindienne et les femmes :

American Languages in New France, extracts from the « Jesuit Relations », édition de Claudio R. Salvucci, Bristol (PA), Evolution publishing (coll. « Annals of colonial north american series », vol. 1), 2002, 333 p. [2430

—— L'appendice A donne la liste alphabétique des vocables amérindiens des RJNF (p. 291-311).

Iroquois Wars in New France, extracts from the « Jesuit Relations », 2 vol., vol. 1, 1635-1650, vol. 2, 1650-1675, édition de Claudio R. Salvucci et d'Anthony P. Schiavo, Bristol (PA), Evolution publishing (coll. « Annals of colonial north american series », vol. 2 et 3), 2003, 432 et 424 p. [2431

Native American Spirituality : extracts from the « Jesuit Relations », édition de Claudio R. Salvucci, Bristol (PA), Evolution publishing (coll. « Annals of colonial north american series », vol. 4), à paraître, environ 400 p. [2432

Women in New France : extracts from the « Jesuit Relations », édition de Katherine E. Lawn et de Claudio R. Salvucci, Bristol (PA), Evolution publishing (coll. « Annals of colonial north american series », vol. 5), 2005, 335 p. [2433

      Tous ces volumes édités par Claudio R. Salvucci sont produits de la même manière et C. R. Salvucci se proposait d'en publier pas moins de neuf ! La publication consiste à découper dans la traduction de R. G. Thwaites tous les fragments de texte relatifs au sujet retenu en suivant rigoureusement la « chronologie » des textes édités par Thwaites. En principe, c'est ce que fait depuis toujours n'importe quel chercheur avant d'entreprendre quelque recherche que ce soit, et quel que soit le domaine de recherche. Alors, voilà donc un effet vraiment bizarre des possibilités du traitement informatique de vaste corpus : produire un matériau pour des études et des recherches à venir... Et ce matériau est l'objet d'une publication (sur papier !) réalisée depuis le support informatique. Le résultat pourra peut-être, sait-on jamais, être utile au chercheur pressé qui se proposerait d'étudier les thèmes en question, mais ce chercheur sera aussi un novice, car il s'agit là d'un renversement de la dynamique de la recherche, puisque le découpage des extraits est réalisé dans une perspective pré-établie et on imagine mal un chercheur travailler à partir d'un découpage, un découpage qui n'est pas le sien propre. On peut dire que Claudio R. Salvucci et ses collaborateurs étaient enfin sur le point d'entreprendre les analyses, mais publient abruptement leurs fiches, tous leurs fichiers, et se contentent de nous proposer une petite introduction et quelques appendices. La recherche, qu'ils pouvaient (peut-être) faire, faites-là !

1.8 Grammaires et dictionnaires des langues amérindiennes

Le montagnais ou l'innu

Paul Lejeune, « De la langue des Sauvages montagnais », chap. 11 de la Relation de 1634, Paris, Cramoigy, 1635, p. 144-184 (JR, 7: 20-31). [no 1384

—— Édition critique par Guy Laflèche, Paul Lejeune, missionnaire de Nouvelle-France, le premier linguiste et grammairien de l'innu, chap. 5, « l'Innu », Laval, Singulier, 320 p., p. 137-195. [2434

Guy Laflèche, « Paul Lejeune, "jésuite" : le premier d'une série de savants grammairiens et lexicologues de la Compagnie de Jésus en Nouvelle-France », Paul Lejeune, missionnaire de Nouvelle-France, le premier linguiste et grammairien de l'innu, chap. 6, « le Grammairien », Laval, Singulier, 320 p., p. 197-268. [2435

      Genèse et évaluation des quatre dictionnaires historiques innus des jésuites et présentation de leurs études et éditions. (0) Paul Lejeune (1632-1649, manuscrit perdu, mais repris dans les dictionnaires de Fabvre et de Silvy); (1) Bonaventure Fabvre, no 1387 (1696, reproduction anachronique et anarchique du dictionnaire de Lejeune); (2) Antoine Silvy, no 1386 (systématisation et modernisation du dictionnaire de Lejeune en 1679); (3) Pierre-Michel Laure, no 1388 (1726); et (4) Jean-Baptiste de La Brosse, no 1389 (1766 et 1768).

Louis André, « Remarques », rédigées vers 1672-1674), appendice au Haec montanicae linguae elementa de Jean-Baptiste de La Brosse (cf. no 1389), Jean-François Cottier, « le Latin comme outil de grammatisation des langues "sauvages" en Nouvelle-France : à propos des notes du P. Louis André sur la langue algonquine outaouoise » (introduction, édition et traduction du texte latin), p. 99-122. [2435a

Louis André, « Remarques », rédigées vers 1672-1674), appendice au Haec montanicae linguae elementa de Jean-Baptiste de La Brosse (cf. no 1389), Jean-François Cottier, « le Latin comme outil de grammatisation des langues "sauvages" en Nouvelle-France : à propos des notes du P. Louis André sur la langue algonquine outaouoise » (introduction, édition et traduction du texte latin), p. 99-122. [2435a

Le wendat ou le huron

      Voir les travaux essentiels de John L. Steckley que répertorie l'index à son nom. Le chercheur a mis quarante ans à produire son tout simple Words of the huron, au centre d'une bonne dizaine de publications majeures et une vingtaine d'articles spécialisés sur la langue des Hurons.

2017, DIONNE, Fannie, « Nouveaux mots, nouveaux mondes : l'histoire de la Nouvelle-France à partir des documents de langue autochtone », Études canadiennes / Canadian studies, no 82, p. 67-85. [2436

      Défense et illustration des documents linguistiques et lexicologiques des missionnaires de Nouvelle-France. F. Dionne présente son doctorat en cours sur les dictionnaires du wendat. C'est un lieu commun de déclarer que ces documents ont beaucoup plus à nous apprendre que... les RJNF. Mettons qu'on aborde moins facilement un dictionnaire du huron qu'une relation de Jean de Brébeuf. Penser « révolutionner » ainsi la recherche, c'est une autre paire de manches. Bonne chance à la « doctorante » !

1.9 Ouvrages de dévotion et apparentés

Philippe Pierson [?], De religione : Telling the seventeenth-century jesuit story in huron to the Iroquois, éd. et traduction du texte huron par John Steckley, University of Oklahoma press, 2004, x-213 p. [2437

      Découvrir en 2004 un texte huron rédigé par les jésuites du XVIIe siècle est certainement un événement rare. On doit aujourd'hui cette extraordinaire primeur au linguiste de la langue des Wendats, John Steckley. Le manuscrit, recopié par Pierre Potier au milieu du XVIIIe siècle, avait été publié en édition photographique dans le Fifteenth Report of the bureau of archives for the province of Ontario en 1920 (p. 629-682).

Note critique

      John Steckley attribue ce texte au missionnaire Philippe Pierson (1642-1688), d'abord parce qu'on trouve d'autres textes de lui en huron dans la collection de Potier, ensuite en regard des événements historiques évoqués vers la toute fin du texte, les supplices des missionnaires jésuites par les Iroquois, la destruction de la huronie et des nations circonvoisines et les premières missions jésuites en Iroquoisie, tout cela sur quelques pages qui pourraient fort bien être une addition ultérieure au document original; le manuscrit de Potier a été fait sur une copie de Daniel Richer (1682-1770), missionnaire de Lorette de 1715 à 1760. Je propose l'hypothèse inverse : les toutes premières versions de ce texte pourraient bien être de Jean de Brébeuf et de ses compagnons (d'abord Antoine Daniel et Ambroise Davost), notamment tout au long du développement de Sainte-Marie des Hurons de 1639 à 1649. Cela donne une vingtaine de missionnaires qui recevront et prolongeront l'enseignement linguistique de Jean de Brébeuf. Et il est dès lors fort possible qu'une version ultérieure de ce texte ait été utilisée par les nombreux missionnaires jésuites en Iroquoisie, notamment auprès des captifs hurons, surtout de 1660 à 1670. D'où la datation de J. Steckley, et l'attribution à P. Pierson.

      Mais l'important n'est pas là. Il faut lire le texte pour en croire son contenu. Nous sommes ici en pleine sous-catéchèse cosmologique, exposant la création des esprits, puis de l'univers ou de la terre, avec ses plantes, ses animaux et ses humains, le Ciel et l'Enfer; pour en venir à la fin du monde et à la résurrection des corps (et, n'ayez crainte, Dieu vous remettra tout en place, la tête en haut et les pieds en bas !); la nature, l'effet, la nécessité, l'importance du baptême... des enfants ! (très long passage). Le tout assez mal composé ou rédigé, quoique dans un huron de très haute tenue (d'où l'idée que Brébeuf pourrait en être l'auteur, à partir de 1639, à partir du moment où il maîtrise parfaitement la langue, enseignement qu'il transmettra durant les dix dernières années de sa vie). Mais est-il possible que des jésuites du Grand Siècle aient enseigné une telle cosmologie ? Cet exposé est proprement enfantin et il est légitime, je crois, de se demander comment il a (ou aurait) pu être reçu par les Hurons. C'est pour moi un mystère, d'autant qu'aucune des très nombreuses questions du tout simple Credo ne figure dans cet exposé fabuleusement anachronique...

      Cela dit, du point de vue ethno-anthropologique, le parti pris de John Steckley est vraiment original. Il consiste non pas à traduire le texte huron en français, mais plutôt à reproduire littéralement le « huron ». Dieu se dit donc « la Grande Voix », l'âme, la « médecine », etc. Et son introduction, qui préfigure son magistral Words of the huron (2007, no 2451), explique fort bien que ce « mot à mot » est la condition sine qua non de l'évaluation du transfert des concepts d'une culture à l'autre (les personnes de la Trinité, dont Dieu, puis l'âme et enfin les esprits).

Jérôme Lalemant, Constitutions et règlements des premières ursulines de Québec, édition critique de Gabrielle Lapointe, Québec, [Monastère des ursulines, et non PUL], 1974, xxviii-267 p. — Voir le no 2419. [bg 79 :: [2438


II   Les études de texte

Chapitre 4
Études sur la Nouvelle-France

3  Histoire des idées

2012, Sara E. Melzer, Colonizer or colonized : the hidden stories of early modern french culture, University of Pennsylvania Press, viii-320 p. [2439

      Les histoires cachées (pluriel, deux histoires au moins) se cristallisent au XVIIe siècle, dans ce qu'on peut considérer comme le prélude à la querelle littéraire des anciens et des modernes, soit la Défense et illustration de la langue française (1549) de Du Bellay, s'agissant alors de savoir si l'on doit donner la priorité à la langue française et, plus tard (au XVIIe siècle), se détacher des anciens modèles gréco-romains, ou si l'on ne doit pas plutôt se tourner vers une refondation de la culture, de la langue et de la littérature françaises. Les deux histoires qui se dévoilent ainsi correspondent à une double colonisation, d'abord la colonisation gréco-romaine de la France gauloise (la très ancienne France), ensuite, maintenant, la colonisation française de l'Amérique, notamment de la Nouvelle-France. Et ces conflits à la fois coloniaux et culturels se répercutent encore aujourd'hui dans les représentations de la colonisation et de la décolonisation françaises en Afrique.

      Il ne manque qu'un chapitre sur les relations France-Québec !

4  Histoire littéraire

2014, Monuments intellectuels de la Nouvelle-France et du Québec ancien : aux origines d'une tradition culturelle, éd. Claude Corbo, Presses de l'Université de Montréal, 2014, 396 p. [2440

      Ce livre fait suite aux Monuments intellectuels québécois du XXe siècle (Québec, Septentrion, 2006) et se présente de la même manière, comme un ouvrage de vulgarisation. La première partie est entièrement conçue à partir des données de l'« histoire littéraire » québécoise, évidemment tout aussi anachronique, s'agissant d'édifier des « monuments » en leur dédiant des panégyriques. L'éditeur ne cache pas qu'il s'agit de faire oeuvre d'apologie nationale et ses collaborateurs livrent presque tous la marchandise patriotique. Sauf Lahontan, le plaisantin qui aura été un important moteur dans la mise en scène de la littérature philosophique (à laquelle il ne participe que très accessoirement), on ne trouvera là rien de monumental et, je dirais, bien au contraire. L'histoire de Lescarbot, « un des monuments littéraires et philosophiques de l'époque moderne » ! (p. 33). « Bien plus que dans les [RJNF], l'on saisit aujourd'hui à la lecture de ces documents que des Amérindiens et Amérindiennes [sic] anonymes sont de véritables coauteurs des monuments intellectuels jésuites » ! (p. 58). Les Moeurs des Sauvages de Lafitau « mériterait de prendre place auprès des quelques chefs-d'oeuvre de la littérature française qui sont aussi de grands livres de savoir comme...», ceux de Montesquieu, de Tocqueville et de Taine ! (p. 116). Le seul article du recueil qui garde le sens des proportions et fait preuve d'esprit critique est le dernier, sur Charlevoix, le seul également qui soit bien informé.

[1] Marie-Christine Pioffet, « Marc Lescarbot, Histoire de la Nouvelle-France (1609) », p. 23-34; [2] Éric Thierry, « Samuel de Champlain, Voyages (1613) », p. 37-47; [3] Catherine Desbarats, « les Jésuites, Relations des jésuites (1616-1673) », p. 51-62; [4] Alain Beaulieu, « Gabriel Sagard, le Grand Voyage du pays des Hurons (1632) », p. 65-74; [5] Dominique Deslandres, « Marie Guyart de l'Incarnation, Relation de 1654 (1654) », p. 77-88; [6] Réal Ouellet, « Louis Armand de Lom d'Arce, baron de Lahontan, Dialogues avec un Sauvage (1703) », p. 93-104; [7] Robert Melançon, « Joseph-François Lafitau, Moeurs des sauvages américains comparées aux moeurs des premiers temps (1724) », p. 107-117; et [8] Pierre Berthiaume, « François-Xavier de Charlevoix, Histoire et description générale de la Nouvelle-France », p. 121-131.

5  Histoire religieuse

5.1 Histoire [...] des missions de la Compagnie de Jésus

Florence Artogilas, les Jésuites au Nouveau Monde : les débuts de l'évangélisation de la Nouvelle-France et de la France équinoxiale (XVIIe-XVIIIe siècle), Matoury, Ibis rouge, 2013, 181 p. [2441

      Un mémoire de maîtrise est, par définition, pour le moins, un « état présent ». Ensuite, un doctorat consistera, par définition aussi, à prolonger l'état présent d'un renouvellement des recherches. F. Artogilas présente ici, avec la publication de son Master (Paris I, 2004), un « état présent » qui est déjà sur la lancée d'un renouvellement de la recherche. Rarement voit-on de présentations systématiques des travaux dans un domaine aussi pertinentes et, je dirais, novatrices. En tout cas, on trouve ici une remarquable introduction aux études (littéraires) sur les jésuites de Nouvelle-France. Et la comparaison avec les jésuites de la « France équinoxiale » (en Guyane), second volet du mémoire, est évidemment éclairante s'agissant de situer l'entreprise jésuite en Amérique.

Jesuit Accounts of the colonial Americas : intercultural transfers, intellectual disputes, and textualities, éd. de Marc André Bernier, Clorinda Donato et Hans-Jürgen Lüsebrink, University of Toronto Press, 2014, ix-464 p. — cf. no 2468. [2442

5.2 Histoire de l'église et de la mission de la Nouvelle-France

Antonio Dragon, Trente Robes Noires aux Saguenay, texte revu et corrigé par Adrien Pouliot, Chicoutimi, Société historique du Saguenay, 1972, 397 p. [2443

      Histoire vivante des missions jésuites du Domaine du Roy, dont le centre était le Saguenay, depuis Tadoussac. Histoire critique faite d'une suite de biographies des trente missionnaires qui se sont succédés dans ces missions de 1641 à 1782, de Paul Lejeune et Jean de Quen jusqu'à Jean-Baptiste de La Brosse.

5.3 Histoire et biographie « religieuses » de la Nouvelle-France

      Cette section regroupait à l'origine les études historiques et biographiques sur les jésuites dont le coeur était représenté par l'épisode des saints Martyrs canadiens. Depuis le premier supplément, cette section a été complétée et pour bien dire renversée par l'étude ethnologique du supplice archaïque chez les Iroquois de la Nouvelle-France et par l'étude anthropologique des moeurs guerrières amérindiennes au nord-est de l'Amérique. La cause en est que ce sont les supplices des missionnaires jésuites et le saccage de la Huronie par les Iroquois (1649-1650) qui présentent les documents les plus anciens, les plus nombreux et les plus précis sur ces phénomènes. D'où la section suivante qui regroupe les analyses ethno-anthropologiques de ces documents.

5.3 bis Le supplice archaïque iroquois tel que décrit par les jésuites

1940, KNOWLES, Nathaniel, « the Torture of captives by Indians of eastern north America », Proceedings of the American Philosophical Society, vol. 82, no 2, p. 151-225. [2444

      Étude d'ensemble du supplice iroquoien et sa mise en contexte dans les moeurs guerrières. L'auteur étudie de près le chapitre 2 de la Relation huronne de 1637 de François Le Mercier (cité ici sur trois pages, p. 181-185), soit la description minutieuse du supplice d'un prisonnier iroquois que Brébeuf baptisera Joseph. En revanche, les supplices des jésuites aux mains des Iroquois, notamment ceux de Jogues et de Bressany, ne font pas partie de la documentation retenue des RJNF.

1976, JAENEN, Cornelius J., « Barbarism and cruelty », Frend and foe..., p. 120-152 (voir aussi bg 451-452). [bg 424 :: [2445

1986, SANDAY, Peggy Reeves, « the Faces of the soul's desires : iroquoian torture and cannibalism in the seventeenth century », Divine hunger : cannibalism as a cultural system, New York, Cambridge University Press, xvi-266 p., p. 125-150. [2446

2012, STUECK, Adam, A place under heaven... [no 1461 :: [2447

6 Ethnologie, anthropologie et acculturation

6.4 Histoire des Amérindiens de la Nouvelle-France

French and Indians in the heart of North America (1630-1815), éd. de Robert Englebert et de Guillaume Teasdale, East Lansing et Winnipeg, 2013, Michigan State University press et University of Manitoba press, xxiv-219 p., p. 1-20. [2448

Peter Cook, « Onontio gives birth : how the French in Canada became fathers of their indigenous allies (1645-1673) », Canadian Historical Review, vol. 96, no 2 (2015), p. 165-193. [2449

      Aux tout débuts de la colonie, les Français se présentaient comme les frères de leurs alliés amérindiens. Vers 1640, le gouverneur, Onontio, devient leur père.

6.5 Anthropologie ou ethnologie historique — monographies

L'exemple des Wendats (Hurons), puis des Wyandots (bibliographie critique)

      La relance de cette section doit maintenant changer de nom. La cause en est que l'historiographie est passée depuis quelques années à l'étude historique non plus des Wendats de la première période historique, mais à ses avatars après le saccage de la Huronie par les Iroquois en 1649-1650. En effet, les Wendats (Hurons) se sont alliés aux Quieuenontatironon (Pétuns) pour former la nation des Wyandots, qui se sont établis de manière très originale dans de nombreux villages d'Amérique, à Québec, au Michigan, au Kansas et en Oklahoma, pour continuer à se développer jusqu'à nos jours.

      Cela dit, avant de passer à la nouvelle étape, il faut commencer par un recul significatif.

2013, Alain Beaulieu, Stéphanie Béreau et Jean Tanguay, les Wendats du Québec : territoire, économie et identité (1650-1930), Québec, GID, 338 p. [2450

      Voilà un livre fort savant et fort bien illustré, qui ne manquera pas de rejoindre un vaste public. L'information, d'ordre ethnologique, présente très avantageusement les Hurons de Québec, avec un chapitre préliminaire sur la période historique en Huronie (à Midland). Tout y est parfaitement juste, en ce qui concerne l'histoire moderne, si l'on ne tient pas compte des omissions (historiques). Je dirais, méchamment, que voilà un bel ouvrage d'ordre touristique, produit de l'anthropologie moderne.

Note critique

      La thèse aura été, de François Ducreux à Lucien Campeau (1664-1987, bg 209 et 381), celle qui donnait les supplices des missionnaires jésuites et la dispersion des Hurons comme le coeur de l'« Épopée mystique » de la Nouvelle-France. L'antithèse, qui avait commencée avec Francis Parkman en 1867 (bg 309), aura été la mise en perspective socio-historique, économique et plus particulièrement ethno-anthropologique des rapports de la Confédération des Hurons avec la colonie française, par l'intermédiaire de ses missionnaires, de A. E. Jones en 1909, puis avec Elisabeth Tooker en 1964, suivis des études classiques de C. Heidenreich, B. G. Trigger et C. J. Jaenen, par exemple. La modeste synthèse aura été ma série des SMC, 1988-1995 (bg 202-205).

      Or, voici maintenant l'édulcoration. Il s'agit d'une présentation des Wendats du Québec qui réussit à effacer complètement leur origine chrétienne, la dynamique missionnaire qui les a conduits à Québec, voire la source même de l'éclatement de la Huronie, c'est-à-dire la présence française et l'impérative nécessité des convois de traite annuels. Sans compter l'impasse sur le traitement odieux que les Français auront réservé à ces réfugiés. Ils seront sacrifiés aux intérêts militaires, comme ce fut le cas des Hurons de l'île d'Orléans massacrés sous les yeux des Français, puis forcés d'émigrer par vagues successives en Iroquoisie, où des guerriers seront encore sauvagement tués en cours de route. Ils seront sacrifiés aux intérêts économiques de la colonie : c'est l'épisode « Dollard des Ormeaux », où quarante guerriers hurons vont trouver une mort inutile.

      Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, la guerre iroquoise qui disperse la huronie se réduit à une demi-page et un encadré (p. 54-55) et la présence et l'action missionnaire en Huronie à... moins d'une phrase ! (les missionnaires auraient fait « plusieurs adeptes », p. 54). Bref, on assiste ici à la disparition élocutoire de la mission jésuite de Huronie.

2007, John L. Steckley, Words of the huron, Waterloo, Wilfrid Laurier University Press, xviii-259 p. [2451

      Avant de passer à l'ouvrage suivant, pour les évaluer tous les deux ensemble, je dois dire qu'il faut se reporter à la bibliographie (p. 255-256) : on y trouvera la liste des notes de recherche et des articles spécialisés de J. L. Steckley, de 1982 à 1997. Cette énumération illustre le patient travail d'un chercheur modeste et infatigable, digne d'une fourmis, dont le nid apparaît magiquement en 2007.

2014, John L. Steckley, the Eighteenth-century Wyandot, a clan-based study, Wilfrid-Laurier University Press, x-305 p. [2452

      Avoir en main ces deux ouvrages (de 2007 et 2014) après avoir lu jadis les travaux d'Arthur Edward Jones, de Kenneth E. Kidd et de Wilfrid et Elsie Jury, travaux magistralement relancés par Elisabeth Tooker, Conrad Heidenreich et Bruce Graham Trigger, avec les études qu'ils avaient eux-mêmes suscitées, est un plaisir intellectuel peu commun. Révision et relance. La révision consiste, en 2007, à reprendre à neuf, si l'on veut, la description ethnologique des Hurons de la période historique à partir de l'étude linguistique de la réalité. Le renouvellement consiste, lui, littéralement, à donner la parole aux Hurons, à les écouter. La réévaluation consiste donc à revoir « mot à mot », en huron, la description de l'univers huron de la période historique.

      La relance, en 2014, est de deux ordre, chronologique d'abord, puisque J. L. Steckley reprend l'« histoire » des Wendats au point où elle s'était arrêtée en 1650, dans l'historiographie, mais il la développe rétrospectivement (de 1535 à nos jours) à partir de l'étude linguistique (lexiques, dictionnaires et textes documentaires des langues « huronnes ») d'où il tire des informations socio-ethnologiques tout à fait inédites. L'aboutissement du travail se trouve dans le sous-titre de son ouvrage : la distribution des pouvoirs de décisions en fonction des clans de la tribu, aussi bien ceux des hommes que des femmes.

2013, Kathryn Magee Labelle, Dispersed but not destroyed : a history of the seventeenth-century wendat people, Vancouver, University of British Colombia press, 273 p. [2453

—— le Pari de la dispersion : une histoire des Ouendats au dix-septième siècle, trad. de Jude Des Chênes, Québec, Presses de l'Université Laval, 2014, 304 p. [2454

      Menée avec brio dans la perspective des historiens du XXe siècle, l'ouvrage se présente comme une suite de l'histoire des Hurons interrompue abruptement en 1650. Elle préfigure étrangement l'ouvrage de J. L. Steckley qui paraîtra l'année suivante (plus haut, 2052). Beaucoup moins technique et plus accessible, l'histoire de Kathryn Magee Labelle est déjà une révolution historiographique pour l'histoire des Amérindiens de Nouvelle-France. Se perdre pour perdurer : la destinée des Hurons n'aurait-elle pas été une répétition de l'histoire des Iroquoiens du Saint-Laurent ? Disparus après leur rencontre avec Cartier en 1535, J. L. Steckley a retrouvé des éléments de leur vocabulaire... en Huronie vers 1615-1625. Chose certaine, les Hurons se sont certes dispersés en 1650, mais ils ont bel et bien survécus — et l'on peut dire que K. M. Labelle réussit sans peine à les faire revivre, après leur disparition historiographique aux XIXe et XXe siècles.

*2016, From Huronia to Wendake : adversity, migrations, and resilience (1650-1900), éd. de Thomas Peace et de Kathryn Magee Labelle, University of Oklahoma Press (coll. « New Directions in native american studies », vol. 15), xii-242 p. [2455

6.5 tertio Archéologie

Archéotec, Patrimoine archéologique de Nouvelle-France, Québec, Ministère de la culture, des communications et de la condition féminine du Québec, 2010, 161 p. [2456

— < collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2008301 >.

      L'inventaire se développe en cinq domaines : administratif, institutionnel et religieux, militaire, économique et domestique. Chaque dossier archéologique (illustré de photographies) est mis en contexte historique (illustré de cartes et de gravures anciennes). Bizarrement, les fouilles archéologiques et la reconstruction du fort Sainte-Marie des Hurons (Midland), non plus que Sainte-Marie II (Christian Island), ne figurent nulle part dans l'ouvrage.

6.7 Acculturation

Decentring the Renaissance : Canada and Europe in multidisciplinary perspective (1500-1700), éd. Germaine Warkentin et Carolyn Podruchny, University of Toronto Press, 2001, 387 p. [2457

      Le recueil présente, sous de très nombreux points de vue, des articles qui proposent en effet de transporter la Renaissance en Amérique, mais également de ramener l'Amérique, et notamment la Nouvelle-France, au coeur de la Renaissance européenne. L'une des originalités du recueil, en regard des études littéraires des écrits de la Nouvelle-France, est de ne pas présenter des études sur des auteurs et des oeuvres particulières (sauf dans le cas de Chaumonot, 2516), comme on s'y limite habituellement, mais d'aborder des questions précises sur des ensembles de textes très variés et des corpus généraux. L'étude des rapports (conflictuels) des cultures européennes et amérindiennes est privilégiée, ce qu'on désigne ici sous le nom d'acculturation pris au sens large. Les essais suivants intéressent plus particulièrement la Nouvelle-France.

      [1] Germaine Warkentin et Carolyn Podruchny, « Introduction : "Other Land existing" », p. 3-16; [2] Natalie Zemon Davis, « Polarities, hybridities : what strategies for decentring ? » (cite en particulier Léry, Cartier, Marie Guyart et Lejeune), p. 20-32; [3] Gilles Thérien, « Memoria as the place of fabrication of the New World » (la figure de la memoria dans la rhétorique jésuite; la seconde partie de l'essai prend ses exemples chez Cartier, Champlain et les RJNF), p. 68-84; [4] Réal Ouellet, avec la collaboration de Mylène Tremblay, « From the good Savage to the degenerate Indian : the Amerindian in the accounts of travel to America », dans les oeuvres de Colomb, Thevet, Léry, Champlain, les RJNF, Leclercq, Lahontan et Denys, p. 159-170; [5] Wallace Chafe, « the Earliest European Encounters with iroquoian languages » (dans les oeuvres de Cartier, Sagard, Brébeuf et la tradition jésuite), p. 252-261.

*CLAIR, Muriel, Du décor rêvé au croyant aimé : une histoire des décors des chapelles de mission jésuite en Nouvelle-France au XVIIe siècle, thèse de doctorat, Université du Québec à Montréal, 2008. [2458

HARINEN, Julie, Catherine Tekakwitha et la peinture missionnaire : stratégies de conversion en Nouvelle-France au XVIIe siècle, mémoire de maîtrise en histoire de l'art, Université de Montréal, 2016, x-112 p. [2459

      Étudie les oeuvres des jésuites Jean Pierron et Claude Chauchetière. À remarquer qu'aucune des oeuvres picturales de J. Pierron ne nous est parvenue.

KETTLER, Andrew, « "Ravishing odors of paradise" : jesuits, olfaction, and seventeenth-century North America », Journal of American Studies, vol. 50, no 4, 2016, p. 827-852. [2460

6.8 Conversion

      Ouvrons la relance de la section avec un ouvrage français consacré à la « Conquête spirituelle » de l'Amérique ibérique sous un angle très particulier, l'étude systématique des manuels de confession, avec leurs « interrogatoires pénitentiels ». L'ouvrage devrait être inspirant sur les pratiques de conversion en Nouvelle-France.

Martine Azoulai, les Péchés du nouveau monde : les manuels pour la confession des Indiens (XVI-XVIIe siècle), Paris, Albin Michel (coll. « Histoire »), 1993, 265 p. [2461

2004, MULDOON, James, the Spiritual Conversion of the Americas, University Press of Florida, viii-273 p. [2462

      On consultera également le recueil précédent dirigé par James Muldoon, sur la conversion au Moyen Âge (1997), mais celui-ci concerne directement notre sujet, soit les formes de conversions en Amérique, depuis le XVIe siècle, selon les pays métropolitains ou les politiques coloniales, les diverses religions chrétiennes et les nombreuses populations amérindiennes visées, sans compter, bien entendu, les divers cadres socio-politiques où oeuvrent les missionnaires. L'éditeur a tenté de mettre l'accent sur la nature même de la conversion, distinguant par exemple la conversion au sens strict, nécessairement individuelle, personnelle, de la christianisation de groupes sociaux, ce qui peut désigner, pour les Européens, la « civilisation » (et notamment la sédentarisation et la création de villages réservés aux Amérindiens convertis), ce que mesure l'adoption collective des rituels et dévotions de la chrétienté.

      Le recueil comprend un chapitre consacré aux récollets (et aux jésuites) chez les Hurons, par Peter Goddard (cf. no 2628), mais, comme cela est de tradition dans les études sur la Nouvelle-France, P. Goddard n'étudie pas de près la conversion et la christianisation, mettant l'accent sur l'attitude des missionnaires devant le monde amérindien. Deux autres chapitres concernent de très près la Nouvelle-France, d'abord celui de Mark Meuwese qui compare les missions calvinistes allemandes chez les Tupís du Brésil (1630-1654) et les Agniers (les Mohawks) de la Nouvelle-Hollande (1628-1674, puis 1690-1710); ensuite celui d'Amy Turner Bushnell qui étudie de manière globale les problématiques impliquées dans les entreprises de conversion des nomades, dont les Algonquiens de Nouvelle-France (et les Hurons qui ne sont toutefois pas nomades). Le chapitre le plus inspirant, pour les chercheurs travaillant sur le Nouvelle-France, pourrait être celui de Jaimes Valenzuela Márquez qui étudie tout simplement les manuels destinés à la confession des Amérindiens en Amérique hispanique (à partir de l'ouvrage de M. Azoulai enregistré en tête de la présente section) : la confession implique évidemment la notion de « péché », tandis que la gérance de la confession, après le concile de Trente, force une telle adaptation en Amérique qu'on doit en revenir aux pratiques antérieures, les Amérindiens étant peu aptes à pratiquer l'« examen de conscience » préliminaire au sacrement de la pénitence. Les historiens (des religions) sur la Nouvelle-France sont évidemment à mille lieues de ces travaux, s'occupant toujours de notre histoire sainte nationale dans la perspective des « religieux » du XIXe siècles, à nous raconter les exploits des récollets et des jésuites comme si nous étions encore au XVIIe siècle. Pourtant, ces analyses critiques seraient d'autant plus intéressantes que, contrairement à de nombreux Amérindiens d'Amérique ibérique, ceux de Nouvelle-France ne connaissent aucune forme de religion, mais de très rigoureuses et très simples pratiques magiques (un chamanisme où l'animisme est encore en voie de formation). Bref, il faudrait se mettre sérieusement à l'étude des traductions des prières canoniques et des rédactions religieuses dans les langues amérindiennes en Nouvelle-France.

      [1] Mark Meuwese, « Dutch Calvinism and native Americans : a comparative study of the motivations for protestant conversion among the Tupís on Northeastern Brazil (1630-1654) and de Mohawks in Central New York (1690-1710) », p. 118-141; [2] Amy Turner Bushnell, « "None of these wandering nations has ever been reduces to the faith" : missions and mobility on the spanish-american frontier », p. 142-168; [3] Jaimes Valenzuela Márquez, « Confessing the Indians : guilt discourse and acculturation in early spanish America », p. 169-191.

Chapitre 5
Études littéraires des écrits de la Nouvelle-France

3. L'édition critique des écrits de la Nouvelle-France

Micah True, « It is time for a new edition of the jesuit Relations from New France ? Campeau vs. Thwaites », Cahiers de la Société bibliographique du Canada, vol. 51, no 2 (2013), p. 261-279. [2463

      Micah True milite pour que les chercheurs utilisent dorénavant les MNF de Lucien Campeau en lieu et place de l'édition des RJNF par R. G. Thwaites (JR).

Note critique

      Bien sûr, Nicah True a parfaitement raison : on ne saurait ignorer les Monumenta Novae Franciae (MNF) de Lucien Campeau, notamment pour les nouveaux documents édités au fil des neuf volumes de cette édition, qui vient un siècle après celle des RJNF par R. G. Thwaites. Plus que cela, les notices bibliographiques situant précisément les documents doivent absolument être prises en compte avant d'en entreprendre l'étude. En revanche, N. True a tort d'en tirer la conclusion que cette édition doit être préférée à celle des textes déjà édités dans la collection de Thwaites. En dépit des quelques fautes et faiblesses qu'on peut lui trouver (en cherchant bien !), il faut reconnaître que l'édition des Jesuit Relations (JR) de Thwaites reste une indispensable édition diplomatique qui n'a rien à voir avec l'édition commentée de Campeau, qui refait la typographie des textes, notamment la division des alinéas, et, surtout, réorganise la ponctuation, ce qui revient à refaire la syntaxe, ajoute des italiques et des guillemets, corrigeant les textes ici et là, toutes opérations dont un spécialiste n'a nullement besoin, bien au contraire. Ceux-ci doivent donc revenir aux originaux, c'est-à-dire, en pratique, à l'édition diplomatique de R. G. Thwaites, chaque fois que c'est possible.

      Par ailleurs, les traductions anglaises publiées par Thwaites ne sauraient être jugées par des exemples pris au hasard, sans compter que le premier exemple donné ici est justement une faute d'interprétation : lorsque Lejeune écrit que la connaissance religieuse des Montagnais n'est que « ténèbres » (JR, 5: 152), la traduction par l'anglais « darkness » qu'on trouve en regard est parfaitement juste, tandis que celle de William Lonc par « shadow » (p. 276) est évidemment un contresens, tandis que le commentaire de Micah True à ce sujet (p. 275) est une édulcoration irrecevable du texte de Lejeune, car d'aucune manière il n'est question ici de désigner une réalité ou une attitude amérindienne pour asseoir l'entreprise de conversion au christianisme. Lejeune dit clairement qu'à son avis, les Montagnais n'ont ni prière, ni culte, ni pensée religieuse (avant d'en venir à leurs supposés héros, comme Athahocan, le Messou, etc.).

      C'est de manière radicale et systématique que doivent être évaluées les traductions des RJNF par l'équipe de Thwaites. Un exemple suffit : la traduction récurrente, et bien entendu incorrecte, de « captif » par « slave » ! Mais ce ne sont pas les traductions de R. G. Thwaites qui sont ici en cause, mais l'état de la recherche ethnologique et anthropologique au tournant du XIXe au XXe siècle. Et sur ce point, on constatera que les anachronismes d'un Lucien Campeau, dans son annotation, sont incomparablement plus dommageables.

      Enfin, il n'est pas raisonnable de croire qu'on puisse présenter les RJNF dans l'édition portative de Québec (bg 184) : on peut, certes, utiliser cette édition pour feuilleter rapidement les RJNF à la recherche d'information, mais un spécialiste de la Nouvelle-France ne saurait, sans se discréditer, citer ni étudier aucun passage textuel dans cette édition populaire très souvent fautive, qui refait systématiquement la typographie, la graphie et la grammaire des textes. Il y va du respect de la lettre des documents, bien entendu.

4. Numéros de revue et recueils — 2008 et suiv.

2008, Écrire des récits de voyage (XVIe-XVIIIe siècle) : esquisse d'une poétique en gestation, actes du colloque de York University (Toronto) organisé par Marie-Christine Pioffet et Catherine Broué, édition de M.-C. Pioffet, avec la collaboration d'Andreas Motsch, Québec, Presses de l'Université Laval, 638 p. [2464

      Je ne m'explique pas pourquoi le recueil ne figure pas dans les versions antérieures de la bibliographie, alors que quatre de ses articles y ont été enregistrés, ceux sur René de Laudonnière (no 2072); Paul Lejeune (no 2098); et Louis Hennepin (nos 1936 et 1937). Plus grave, trois articles sur la Nouvelle-France n'ont jamais été consignés ici, ceux sur Lahontan, Lebeau et Staden. Même si l'on ne trouvera certainement pas souvent de telles distractions, voilà qui doit inciter à la prudence.

      Quoique le choix des exemples est manifestement arbitraire, le recueil présente un large panorama des « récits de voyage » et textes apparentés, dont son contraire, si je puis dire, la « relation (journalistique) », comme le sont les RJNF, n'ayant pas d'autre rapport avec le voyage que de parvenir de l'étranger.

      Huit articles sur vingt-quatre impliquent la Nouvelle-France : [1] Marie-Christine Pioffet, « Présentation », introduction du recueil, mais également présentation du genre, p. 1-16; [2] Réal Ouellet, « Pour une poétique de la relation de voyage », p. 17-40; [3] Isabelle Lachance, « "De la bouche d'un Capitaine de marine" au compas d'un "gentil-homme François Mathematicien" : les récits de Laudonnière et l'Histoire notable de Martin Basanier », p. 79-92; [4] Gábor Gelléri, « Le Beau et le vrai : esthétique du livre de voyage vue par les comptes rendus », p. 149-158; [5] Yvon Le Bras, « les Relations de Paul Lejeune : pour une poétique du récit missionnaire en Nouvelle-France », p. 177-187; [6] Mylène Tremblay, « l'OEuvre de Dieu, la part de la diégèse : description et fonction de la figure de Dieu dans le Nouveau Voyage (1698) de Louis Hennepin », p. 189-199; [7] Catherine Broué, « l'Iconographie de l'exploration louisianaise : concordance et discordance narratives chez Louis Hennepin », p. 279-297; [8] Pierre Berthiaume, « Anamorphose de "Bon Sauvage", ou Jean Chrysostome, Adario, Zakara et Igli », p. 347-357.

2012, « Nova Gallia : recherche sur les écrits latins de Nouvelle-France », édition de Jean-François Cottier, Tangence, no 99, 138 p. [2464a

      [1] Jean-François Cottier, « Liminaire », p. 5-7; [2] Haijo Westra, « les Premières Descriptions du Canada par le jésuite Pierre Biard : du témoignage oculaire à sa réécriture », p. 9-17; [3] John A. Gallucci, « Décrire les "Sauvages" : réflexions sur les manières de désigner les autochtones dans le latin des Relations », p. 19-34; [4] Peter O'Brien, « la Franciade de Le Brun : poétique ovidienne de l'exil en Nouvelle-France », p. 35-60; [5] Aline Smeesters, « la Métamorphose d'Étienne de Carheil », p. 61-97; [6] Jean- François Cottier, « le Latin comme outil de grammatisation des langues "sauvages" en Nouvelle-France : à propos des notes du P. Louis André sur la langue algonquine outaouoise (introduction, édition et traduction du texte latin) », p. 99-122; [7] Irena Trujic, « "C'est du latin, ignorant..." : l'intertextualité classique dans les Anciens Canadiens de Philippe Aubert de Gaspé », p. 123-138.

      La Franciade du jésuite Laurent Le Brun, parue pour la première fois en 1639 et rééditée plusieurs fois par la suite, n'est pas inspirée d'assez près des RJNF pour être comptée au nombre des écrits de la Nouvelle-France. Il s'agit d'un écrit essentiellement français, uniquement français, au thème ou sujet exotique, comme on en trouve de très nombreux entre les Essais de Montaigne et les écrits des philosophes du XVIIIe siècle, puis les romans exotiques. Il est tout de même curieux que Le Brun accorde une telle place au supplice archaïque des Amérindiens à ce moment, préfigurant l'épisode des martyrs jésuites qui viendra dix ans plus tard.

      Étienne de Carheil, notre missionnaire des Iroquois et grammairien du huron, avait rédigé sa Metamorphosis à la gloire du fils aîné de Louis XIV, au moment de sa naissance. C'est l'oeuvre du professeur de rhétorique de Tours qui paraît à Paris (Cramoisy, 1662). Aline Smeesters l'édite et le traduit ici. Né en 1633, Carheil est ordonné prêtre en 1666, l'année où il s'embarque pour la Nouvelle-France où il oeuvrera jusqu'à son décès à Québec en 1726. L'étude de son poème dénote une réelle maîtrise des cultures classique et biblique. En trouvera-t-on trace dans ses écrits ? (cf. l'index de JR, 72: 129 : Carheil, Writings). Je ne pense pas.

2013, « Histoire des écrits de Marie de l'Incarnation », colloque des 13-14 mai, Tours et Solesmes, Touraine-Canada et Touraine-Québec, direction de Raymond Brodeur, Yves Chevalier, Benoist Pierre, François Touati et Monicà Zapata. [2465

      On trouve le programme du colloque du 13 mai sur le site du Centre d'études Marie-de-l'Incarnation. On y trouvera le texte de la communication de [1] Raymond Brodeur, « Marie de l'Incarnation sous le regard d'Henri Bremond ». Mais il faut se reporter au site internet de l'Association Touraine-Canada pour trouver l'édition électronique des communications du 14 mai : [2] Thierry Barbeau, « Étude du contexte » de l'édition des écrits de Marie de l'Incarnation par Claude Martin; [3] Raymond Brodeur, « l'Évangélisation chez Marie de l'Incarnation »; [4] Marie-Caroline Bustarret, « l'Abandon à Dieu chez Marie de l'Incarnation : une expérience spirituelle féconde »; [5] Un compte rendu du livre de René Champagne (2012) par Isabelle Landy.

2013, Relire le patrimoine lettré de l'Amérique française, édition de Sébastien Côté et de Charles Doutrelepont, Québec, Presses de l'Université Laval, xii-262 p. [2466

      [1] Sébastien Côté, « Pour une relecture du patrimoine lettré de l'Amérique française », p. 1-14; [2] Richard Lefebvre, « Des écrits de la Nouvelle-France au corpus colonial de l'hémisphère américain : pour une histoire littéraire élargie », p. 17-31; [3] Sébastien Côté, « Éditer les Lettres canadiene (sic), manuscrit anonyme (1700-1725) »; p. 33-54; [4] Charles Doutrelepont, « Essai sur "D'une nouvelle terre", cantique de guerre à la Vierge (1755) », p. 55-79; [5] Marie-Christine Pioffet, « Marie de l'Incarnation devant l'histoire littéraire : une relecture des marges », p. 83-96; [6] Anne Trépanier, « Refondation matérielle et spirituelle en Nouvelle-France : récits pour une incarnation de l'imaginaire canadien », p. 97-118; [7] Catherine Broué, « l'OEuvre viatique du récollet Louis Hennepin : un tournant littéraire majeur », p. 121-141; [8] Lise Leibacher-Ouvrard, « Littérature du leurre et "Moeurs galantes aux colonies" antillaises : le Zombi du Grand Pérou entre Blessebois (1697), Nodier (1829) et Montifaud (1877) », p. 143-160; [9] Julia Abramson, « Une réfugiée de la Terreur en Amérique : nation, terre et identité dans les mémoires de la marquise de La Tour du Pin (1770-1853) », p. 161-186; [10] Muriel Clair, « les Notes spirituelles de Jean de Brébeuf (1630- 1640) », p. 189-218; [11] Guy Poirier,« Une Nouvelle-France déjà oubliée : les préfaces des Lettres édifiantes et curieuses (1703-1776) », p. 219-231. [12] « Bibliographie générale », p. 233-261.

2014, Guy Poirier, « Textes missionnaires dans l'espace francophone », Renaissance et réforme, vol. 37, no 4 (2014), p. 49-69. [2467

      L'auteur présente un projet de recherche, de ce titre, regroupant un nombre impressionnant de chercheurs, dont plusieurs travaillent déjà ou se proposent de travailler sur les relations missionnaires de la Nouvelle-France. Il s'agit, en fait, de se conformer à une nouvelle création des fonctionnaires du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), le programme « Développement de partenariat ». Le modèle d'affaire se comprend mieux en anglais qu'en anglicisme : « development and partership ». La présentation du « projet » est à ce moment confuse à souhait, le projet regroupant des projets.

      La demande de subvention s'est tout de suite transformée en un site internet : < fremir.uwaterloo.ca >. Un premier recueil d'articles paraîtra en 2016.

2014, Jesuit Accounts of the colonial Americas : intercultural transfers, intellectual disputes, and textualities, éd. de Marc André Bernier, Clorinda Donato et Hans-Jürgen Lüsebrink, University of Toronto Press, ix-464 p. [2468

      Des 18 sections de l'ouvrage, sept sont consacrées à la Nouvelle-France.

      [1] Sara E. Melzer, « the Role of culture and art in France's colonial strategy of the seventeenth-century », qui analyse essentiellement de ce point de vue le corpus des RJNF, p. 169-185; [2] Isabelle Lachance, « "Ils estoient si subjects à leur bouche" : la Relation de 1616 [de Pierre Biard] face à la topique antijésuite », p. 263-275; [3] Klaus-Dieter Ertler, « les Relations des jésuites et la construction de l'observateur européen face au monde indigène », p. 276-290; [4] Catherine Broué, « Une rhétorique du silence : l'oeuvre jésuite dans la Description de la Louisiane du récollets Louis Hennepin », p. 291-304; [5] Pierre Berthiaume, « L'héritage de José de Acosta » chez Pierre Biard, p. 307-325; [6] Marie-Christine Pioffet, « la Nouvelle-France dans l'imaginaire jésuite : terre doloris ou Jérusalem céleste ? », p. 326-343; [7] Andréanne Vallée, « Dans le sillage du père Joseph-François Lafitau : les Avantures de Claude Le Beau », p. 404-417; [8] Hans-Jürgen Lüsebrink, , « De l'usage de la comparaison dans les écrits des jésuites sur les Amériques », p. 418-435.

2016, « Autour de Gabriel Sagard » éd. de Marie-Christine Pioffet, Études littéraires, vol. 47, no 1. [2469

Note critique

      Voilà tout un recueil qui ignore encore que Sagard n'est pas l'auteur, mais le rédacteur du Grand Voyage et l'éditeur de son « dictionnaire » du huron (des « phrases de parler), le tout compilé et préparé par Joseph Le Caron sur une dizaine d'années, entre ses deux séjours en Huronie (1615 et 1624). Le bon sens le plus élémentaire dit que Sagard ne saurait ramener une telle monographie d'un petit hiver de neuf mois (sept, si l'on défalque le voyage en canot) chez les Wendats dont il ne parle pas la langue (il faut cinq ans pour l'apprendre, Le Caron est le seul récollet qui peut la baragouiner). Par ailleurs, son Histoire, s'il l'a préparée, n'est pas une publication de lui, jusqu'à preuve du contraire, tant son contenu est contradictoire avec le Voyage qui n'a rien, absolument rien de polémique ou d'anti-jésuite. Les auteurs du recueil ignorent tout cela, comme on le voit à sa savoureuse présentation. À se demander parfois si les littéraires savent lire, voire lisent, les textes qu'ils « commentent ». Voilà donc présentée, le plus sérieusement du monde, une tentative de « réhabilitation de l'oeuvre de Gabriel Sagard » ! (p. 17), voire « la nécessité de réhabiliter les écrits de Sagard », ce qui, paraît-il, « s'impose plus que jamais » (p. 51).

      Et cela sans compter le dénigrement ici et là, des travaux de Serge Trudel et de Guy Laflèche sur les récollets, sans aucune raison (no 2634) ni compétence (no 2607). Marie-Christine Pioffet, après la censure, se livre subrepticement à des allégations critiques sans fondement aucun. Non, pas elle, mais des « collaborateurs » qu'elle édite après les avoir manifestement inspirés. Le moins que l'on puisse dire est qu'elle ne les a pas censurés, eux ! Elle pense ainsi « défendre » son mentor, Réal Ouellet, qui n'a vraiment pas besoin de ces coups d'épingles et d'épées dans l'eau, sur des sujets où, somme toute, il n'a rien à voir. Bref, voilà une publication de l'École de Québec.

      [1] Marie-Christine Pioffet, « Présentation », p. 7-20; [2] Nicolas Hebbinckuys, « les Échos de Marc Lescarbot dans l'oeuvre de Gabriel Sagard », p. 23-37; [3] Marie-Christine Pioffet, « Gabriel Sagard, l'insoumis : une archéologie d'une historiographie polémique », p. 39-50; [4] Framçois Paré et Sarah Reilly, « Indices de l'enfance et de la filiation dans les écrits ethnographiques de Gabriel Sagard », p. 51-64; [5] Peter Murvai, « "Qui harangue le mieux est le mieux obey" : la parole "sauvage" dans l'Histoire du Canada de Sagard », p. 65-76; [6] Catherine Broué, « le Premier Établissement de la foy, une oeuvre collective supervisée ? étude de la réécriture d'un passage de l'Histoire du Canada », p. 77-96; [7] Guy Poirier, « Charlevoix, lecteur de Sagard », p. 97-107; [8] Stéphanie Girard, « Gabriel Sagard dans les histoires du Canada après la Conquête : une réception ambivalente », p. 109-128; [9] Sébastien Côté, « "Du reste il nous apprend peu de choses intéressantes" : des (in)fortunes littéraires de Gabriel Sagard », p. 129-144.

2016, Textes missionnaires dans l'espace francophone, vol. 1, Rencontre, réécriture, mémoire, éd. de Guy Poirier, Québec, Presses de l'Université Laval, et Paris, Hermann, viii-184 p. [2470

      Sur la Nouvelle-France : [1] Yvon Le Bras, « Du Canada aux "Îles de l'Amérique" et à la "Terre Ferme" : l'Amérindien dans les Relations des jésuites Paul Lejeune, Jacques Bouton et Pierre Pelleprat », p. 7-21; [2] Charles Doutrelepont, « Pour une célébration mariale de 1711 : deux cantiques de jésuites sur un air d'opéra », p. 55-81; [3] Grégoire Holz, « l'OEil du diable ? les relations des missionnaires lues par les libertins », p. 123-144; [4] Sébastien Côté, « la Réception des écrits jésuites de la Nouvelle-France dans l'histoire littéraire au Québec (1874-2007) : archiver la mémoire », p. 145-164; [5] François Paré, « Écrits missionnaires et construction de l'histoire littéraire de l'Ontario français », p. 165-177.

2017, « Errances en Nouvelle-France », l'Errance au XVIIe siècle, articles sélectionnés du 45e colloque de la North American Society for seventeenth-century french literature (Québec, 4-6 juin 2015), édition de Lucie Desjardins, Marie-Christine Pioffet et Roxanne Roy, Biblio 17, vol. 216, 472 p., p. 71-116. [2471

      [1] Yann Lignereux, « Une errance fondatrice aux origines de la Nouvelle-France ? les leçons d'un égarement dans l'Histoire de la Nouvelle France de Marc Lescarbot », p. 73-88; [2] Yvon Le Bras, « "Hiverner avec les Sauvages..." : la mission volante de Paul Lejeune, premier supérieur jésuite de Québec », p. 89-96; [3] Catherine Broué, « Errance missionnaire, errances documentaires : une relation inédite du père Louis Hennepin ? », p. 97-116.

2018, les Récollets en Amérique : traces et mémoires, éd. de Paul-André Dubois, Québec, Presses de l'Université Laval. À paraître. [2472

      Actes du colloque « les Récollets en Amérique », 11 au 13 juin 2015. Je n'ai pas pu obtenir copie de la table des matières de l'ouvrage sous presse avant la mise en place de la présente version de la bibliographie (juillet 2018). Les chercheurs intéressés devront donc se contenter de la seule référence approximative suivante (que l'auteur enregistre sur son site internet).

      [x] Didier Prioul, « Histoire fictive d'un tableau en son lieu : l'ermitage des récollets et la chapelle Saint-Roch à l'église Notre-Dame-des-Anges de l'Hôpital général de Québec », p. y-z. [2473

Ouvrages et articles

5.1 Thèmes généraux

5.1.1 Panoramas, exposés bibliographiques, questions d'histoire littéraire

2013, CÔTÉ, Sébastien, « Pour une relecture du patrimoine lettré de l'Amérique française », Relire le patrimoine lettré de l'Amérique française, édition de S. Côté et de Charles Doutrelepont, Québec, Presses de l'Université Laval, xii-262 p., p. 1-14. [2474

2013, LEFEBVRE, Richard, « Des écrits de la Nouvelle-France au corpus colonial de l'hémisphère américain : pour une histoire littéraire élargie », Relire le patrimoine lettré de l'Amérique française, édition de Sébastien Côté et de Charles Doutrelepont, Québec, Presses de l'Université Laval, xii-262 p., p. 17-31. [2475

2016, PARÉ, François, « Écrits missionnaires et construction de l'histoire littéraire de l'Ontario français », Textes missionnaires dans l'espace francophone, vol. 1, Rencontre, réécriture, mémoire, éd. de Guy Poirier, Québec, Presses de l'Université Laval, viii-184 p., p. 165-177. [2476

      Analyse sommaire, en 2013, de la situation des écrits de la Nouvelle-France (ou des RJNF) dans les histoires de la littérature canadienne, canadienne-française et québécoise (trois désignations d'une même littérature nationale) pour tenter d'établir un nouveau « paradigme », une littérature coloniale d'Amérique, de la Terre de feu à la baie d'Hudson, y adjoignant en passant les littératures nahuatl, quiché et quechua.

      Les choses ne s'arrangent pas, en 2016, avec l'histoire littéraire de l'« Ontario français ». Sauf erreur, le Haut-Canada naît avec la Constitution de 1691, et le Canada avec la « Confédération » de 1867. Le roman qui fonde la littérature québécoise est Trente arpents en 1938. Je ne connais pas celui qui pourrait initier la littérature franco-ontarienne avant le fabuleux roman pour adolescents de Doric Germain, la Vengeance de l'Orignal, en 1980.

Note critique

      Malheureusement, Sébastien Côté, tout comme Richard Lefebvre et François Paré, n'a pas fait le travail préliminaire nécessaire aux travaux de recherche, l'« état présent » de la question à l'étude. Autrement, il aurait pris connaissance de l'organisation de la présente bibliographie, dont le premier volume a paru en 2000, distinguant clairement la littérature coloniale de Nouvelle-France et la littérature française sur la colonie et, plus largement, sur l'Amérique. Les auteurs posent donc de travers une question à laquelle ils ne peuvent évidemment répondre correctement. Il n'y a pas de « littérature coloniale de l'hémisphère américain », cela n'a aucun sens. Il y a de très nombreuses littératures coloniales en Amérique (comme en Afrique et un peu partout au monde) qui vont devenir, dans des situations souvent incomparables, des littératures nationales. Parler de l'« obsolescence du cadre national » de l'étude des littératures, quelles qu'elles soient (depuis la sumérienne, la grecque ou la romaine), c'est ne pas avoir compris l'essence même de la littérature, dont la condition d'existence est nationale. Toute nation a sa littérature et toute littérature a d'abord été nationale. — Au Department of french de Carleton University, cela ne paraît probablement pas évident...

      Bien entendu, on peut comparer les littératures coloniales, puis les littératures nationales qui en sont issues. Or, la littérature coloniale de Nouvelle-France, puis la littérature québécoise qui n'en n'est pas issue, présentent un cas unique en Amérique, la naissance en un siècle (1860-1960) de la littérature d'un peuple conquis et toujours soumis à un pouvoir étranger (d'abord britannique, aujourd'hui canadian). Le noeud de cette « histoire littéraire » est évidemment la Conquête de 1760, qui étouffe une littérature coloniale à peine naissante, qui renaîtra de ses cendres un siècle plus tard. Canadienne, canadienne-française, québécoise...

—— Voir l'intéressant amalgame présentant une anthologie des littératures « coloniales » : the Literatures of Colonial America : an anthology, éd. Susan Castillo et Ivy Schweitzer, Malden, Blackwell, 2001, xxii-602 p. [2477

      Champlain, p. 100-102. « New France » : Lalemant [sic], Hennepin [sic] et Chrestien Leclercq, p. 178-196. Lahontan, p. 373-383. Charlevoix, p. 392s.; Annales de l'Hôtel-Dieu de Québec, p. 399s.; Élisabeth Bégon, p. 400-403. Le tout parfois traduit de l'Anthologie de Léopold LeBlanc (bg 484)... Ces « compilations » ne sont pas vite à jour ! ignorant ici un demi-siècle de travaux de recherche.

5.1.3 bis Comparaison

2014, LÜSEBRINK, Hans-Jürgen, « De l'usage de la comparaison dans les écrits des jésuites sur les Amériques », Jesuit Accounts of the colonial Americas : intercultural transfers, intellectual disputes, and textualities, éd. de Marc André Bernier, Clorinda Donato et Hans-Jürgen Lüsebrink, University of Toronto Press, ix-464 p., p. 418-435. [2478

      Le corpus privilégié est celui de la Nouvelle-France et l'auteur le mieux représenté est Lafitau.

5.1.7 bis Latin, les écrits latins des jésuites de/sur la Nouvelle-France

      Voir les nos 1994, puis 1563, et plus loin, 2464a.

2012, COTTIER, Jean-François, « le Latin comme outil de grammatisation [sic] des langues "sauvages" en Nouvelle-France : à propos des notes du P. Louis André sur la langue algonquine outaouoise (introduction, édition et traduction du texte latin) », « Nova Gallia : recherche sur les écrits latins de Nouvelle-France », Tangence, no 99, 138 p., p. 99-122. [2478a

      L'analyse préliminaire à l'édition des notes de Louis André, sans trop de rapport avec l'édition en question, est une analyse d'ordre philosophique de questions linguistiques. J'en veux pour preuve le vocable « grammatisation » pris des travaux de Sylvain Auroux. Il me semble qu'on devrait lui laisser son néologisme pris de l'anglais (grammatization). En français (contrairement à l'espagnol), on ne connaît pas le verbe grammatiser. Grammaticalisation convient donc parfaitement pour désigner la mise en place de la grammaire d'une langue (d'autant qu'il n'y a pas de confusion possible, le sens premier du vocable scientifique étant « morphologisation » opposé à « lexicalisation »)

      Des deux hypothèses de J.-F. Cottier, c'est la seconde qui doit être retenue, je crois. La première imagine un « langage mental originel », l'idée venant d'Aristote, pour représenter les langues amérindiennes, comme toutes les langues du monde. La seconde propose une hypothèse incontestable : les linguistes jésuites vont appliquer la grammaire latine aux langues amérindiennes. Ce sera encore la forme de la grammaire du missionnaire oblat George Joseph Guyon Lemoine en 1901. Cela dit, depuis les tout débuts de leur travaux linguistiques, les jésuites ont été très sensibles au fait que les langues amérindiennes étaient radicalement différentes de nos langues romanes, du latin et des langues indo- européennes. D'ailleurs, l'extrait du dictionnaire de Jean- Baptiste de La Brosse cité et traduit ici (p. 110-111 et n. 48) en est une remarquable illustration, opposant le caractère analytique du français aux déclinaisons et compositions de l'innu.

2013, BAPST, Patrick, « Alter orbis litteratum » ou Une littérature coloniale historicisée : le statut des textes latins dans le contexte missionnaire de la Nouvelle-France (1608-1763), Mémoire de maîtrise, Faculté des Lettres, université de Lausanne, 2013, 151 p. [2478b

      Jean-François Cottier et, déjà avant lui, Haijo Westra, puis de nombreux latinistes, dont Patrick Bapst dans cette thèse, ont commencé d'étudier ce qui leur paraît un nouveau domaine de recherche, la « littérature latine de Nouvelle-France ». Ils ont tort, s'agissant tout simplement d'écrits en latin des jésuites de/sur la colonie. C'est ce que montre l'analyse critique de ce panorama substantiel sur la question.

Note critique

      Patrick Bapst tente de situer et de définir cette supposée « littérature latine de Nouvelle-France » dans son chapitre 4, « chercher les limites d'une littérature » (p. 67-85). Il met beaucoup de temps à n'y pas parvenir, autrement qu'en déclarant que les auteurs des textes latins sont des jésuites et qu'il s'agit donc d'écrits en provenance de la colonie ou qui portent sur elle, soit les écrits latins des jésuites de/sur la Nouvelle-France. Or, P. Bapst rejette cette description rigoureuse de la réalité pour des raisons strictement idéologiques, une vision théorique, celle des « études postcoloniales » qu'on ne saurait appliquer à ces textes. P. Bapst invente le domaine des « écrits coloniaux des Jésuites de la Nouvelle-France », « catégorie absente chez Laflèche » (p. 72, n. 153), ajoute-t-il. Et pour cause ! puisque la catégorie n'existe pas. L'auteur voudrait faire une « nuance capitale » entre deux significations de l'adjectif colonial, soit son sens strict (adjectif déterminatif, « de la colonie » et « sur la colonie ») et son sens postcolonial, très qualificatif, dirais-je, « relatif au colonialisme » (sic). De quel « colonialisme » pourrait-il donc s'agir dans le cas de la Nouvelle-France ? En tout cas, des écrits français de/sur la colonie ne pourront jamais être « coloniaux », sauf à participer à la culture et à la littérature coloniales, celle-ci embryonnaire, comme ce fut le cas des jésuite de Québec avec la Réception du vicomte d'Argenson (bg. 10-11). Là et là seulement devrait se jouer le conflit d'une littérature coloniale s'opposant à celle colonialiste importée ou crée dans la perspective métropolitaine. Conquise en 1760, la Nouvelle- France, qui devra mener bien d'autres luttes, n'a jamais connu ce conflit dans le domaine littéraire.

      La Nouvelle-France est une colonie française et sa langue est le français. Sa littérature coloniale embryonnaire (notre chapitre 1) ne pouvait être que de langue française. En revanche, les écrits de/sur la Nouvelle-France, évidemment très majoritairement français par la force des choses, peuvent être de n'importe quelle langue, cela n'a pas d'importance. Toutefois, les écrits des jésuites de/sur la Nouvelle-France, presque toujours en français, lorsqu'ils sont publiés, sont parfois en latin, particulièrement lorsqu'ils s'adressent à Rome, mais souvent également lorsqu'ils s'adressent au Provincial de Paris ou à quelque collègue jésuite français. Ou encore lorsqu'ils s'adressent à la communauté internationale (Ducreux, bg 209, par exemple). La cause en est toute simple : non seulement les jésuites français sont bilingues, s'exprimant parfaitement bien en latin, mais lorsqu'ils écrivent en latin, ils sont assurés d'être lus par leurs confrères de langue étrangère, ou de n'être pas lu aussi facilement par un quidam auquel leur missive n'est pas adressée. C'est le cas des passages en latin du Journal des jésuites (bg 220), que le supérieur de Québec écrit pour lui et destine à ses successeurs.

      Et ce n'est pas tout : jusqu'à preuve du contraire le latin des jésuites de Nouvelle-France est une toute simple langue de communication qui n'a rien de « sacrée » ni de « classique », bien au contraire. Les missionnaires de Nouvelle-France, sauf une toute petite exception (cf. no 1989), ne manifestent jamais aucun plaisir à jouer de leur culture gréco- romaine et celle-ci ne transparaît jamais dans leurs écrits, tandis que leurs citations bibliques et évangéliques sont d'ordre strictement canonique (le latin indiquant justement la « citation »).

      Bref, on trouve quelques jésuites de Nouvelle-France qui écrivent parfois en latin, comme des jésuites français qui écrivent en latin sur la Nouvelle-France. Le jésuite Bressany, lui, écrit en italien, tandis que le voyageur Pehr Kakm le fait en suédois. Les premières relations de découverte de Cartier ont été connues en italien et en anglais, bien avant d'être éditées en français (sauf le fabuleux « Bref Récit » en 1545). Et alors ? Il ne peut pas exister de « littérature » latine, italienne, anglaise ou suédoise de/sur la Nouvelle-France, c'est impossible.

      Au lieu de ces fabulations inutiles, on attend des latinistes qu'ils s'occupent de leurs affaires, dont la traduction et le commentaire critique des correspondances des jésuites avec le Général de Rome : il faut vite ré-éditer et traduire les textes latins parus sans traduction dans les MNF (lorsqu'ils n'avaient pas été traduits par l'équipe de Thwaites) et publier les cahiers inédits des Archives romaines de la Société de Jésus à Rome (Gal. 109, « Historia Missionis canadensis »).

5.1.8 Parole amérindienne

2013, GOMEZ-GÉRAUD, Marie-Christine, « Entre savoir expérimental et science livresque : le voyageur [sic] face aux langues du Canada », les Représentations de la Nouvelle-France et de l'Amérique du nord, éd. de Sophie Linon-Chipon, de Raymonde Litalien et d'Hélène Richard, Paris, Comité des travaux historiques et scientifiques, 224 p., p. 147-160. [2479

      L'étude, très intéressante, présente la réception des langues amérindiennes dans les récits de voyages de Cartier, l'Histoire de la Nouvelle-France de Lescarbot, le Grand Voyage de Sagard et le chapitre 1.4 de la Relation de 1636 de Brébeuf. Pas la moindre allusion à l'initiateur et au fondateur des études scientifiques linguistiques et grammaticales de la première des langues de contact en Nouvelle-France, à Québec, l'innu.

2016, MURVAI, Peter, « "Qui harangue le mieux est le mieux obey" : la parole "sauvage" dans l'Histoire du Canada de Sagard », Études littéraires, « Autour de Gabriel Sagard », éd. de M.-C. Pioffet, vol. 47, no 1, p. 65-76. [2480

      Analyse systématique et rigoureuse de l'inscription de la langue et du discours amérindien dans l'Histoire de Sagard. Une critique toutefois : les études de John Steckley ne sont pas bien exploitées, notamment son édition critique du dictionnaire attribué à Sagard (no 1390), qui n'est pas utilisée. Et une restriction : tout le travail devra être repris à neuf lorsqu'on disposera d'un relevé des sources et emprunts de l'Histoire du Canada, probablement dans le cadre d'une thèse étudiant sa genèse, voire d'une édition critique. L'analyse s'applique pour l'instant au texte brut attribué à Sagard, tandis que l'essentiel de ses développements sur les Montagnais, par exemple, est pris notamment des RJNF, la Relation de 1634 de Lejeune en particulier.

2017, PIOFFET, Marie-Christine, « le Théâtre du Nouveau Monde : dialogues franco-amérindiens dans les récits viatiques de la Nouvelle-France », Voyages, rencontres, échanges au XVIIe siècle : Marseille carrefour, actes du colloque annuel de la North American Society for seventeenth-century french literature (5-8 juin 2013), éd. de Sylvie Requemora-Gros, Tübigen, Narr Franck Attemto Verlag, Biblio 17, vol 211, 575 p., p. 39-62. [2481

5.1.9 Récit de voyage en Nouvelle-France

2003, MELZER, Sara E., « le Nouveau Monde et la querelle des anciens et des modernes dans le Furetière », Littératures classiques, « le Dictionnaire universel de Furetière », no 47, p. 133-148. [2482

Note critique

      Sara E. Melzer se laisse ici emporter par une illustration de son étude alors en cours, la « querelle des anciens et des modernes » comme symptôme d'une double évolution socio-historique, la décolonisation gréco-romaine de la France et la colonisation de l'Amérique (avant celle de l'Afrique). Voir le no 2439 [histoire des idées en 2012]. Ici, on se trouve en face d'une série de jeux de mots croisés, sollicitant de manière abusive les « exemples » du dictionnaire d'Antoire Furetière. Cela commence avec la réinterprétation systématique des tout simples mots « ancien » et « moderne », comme si le dictionnaire ne pouvait les prendre au sens strict. Jamais Antoine Furetière ne les utilise au sens où on les employait souvent... à l'Académie française, au sens de la querelle que l'on sait, alors qu'une de ses péripéties sévissait portant à ce moment. Jamais, absolument jamais, dans le dictionnaire, on ne trouve le mot « ancien » au sens que lui donne arbitrairement Sara E. Melzer, celui de renvoyer aux « Anciens contemporains » (p. 134) : c'est une pure affabulation. Par ailleurs, plus grave dans un article consacré au dictionnaire de Furetière : manifestement l'analyse ne tient aucun compte de la nature même du dictionnaire, le défigurant en le sollicitant. En effet, Furetière analyse les vocables en distinguant leurs divers contextes; par exemple, le mot « passage » (ici p. 135) est analysé en douze « significations ». Et pour chacun de ces contextes, c'est le fondement du travail lexicologique, il s'agit de donner les exemples les plus divers possibles. Ainsi, « figurément, en chose spirituelle et morale », écrit Furetière (ce que l'article ne recopie pas), le mot a un sens particulier, celui d'« ouvrir la voie » (dirions-nous aujourd'hui). Exemples : « (1) Le péché d'Adam nous a fermé le passage du Paradis, Jésus-Christ nous l'a ouvert par sa mort; (2) Christophe Colomb nous a ouvert de nouveaux passages des Indes occidentales; (3) les modernes nous ont ouvert de nouveaux passages pour pousser plus loin nos connoissances; (4) le grand mérite de cette personne luy a ouvert le passage aux honneurs, aux dignités »; (5) on dit que le passage des Enquestes à la Grand'Chambre a converti quelquefois des hérétiques ». Il n'y a ici absolument aucun « parallèle » entre le Christ et Christophe Colomb ! bien au contraire. Même chose et encore plus grave dans le cas du traitement du vocable « relation », pour lequel Furetière distingue radicalement ses deux sens complémentaires : (1) son sens journalistique, la relation d'un événement, par exemple; et (2) le genre du récit de voyage. En Nouvelle-France, le premier sens s'applique aux relations missionnaires et en particulier aux RJNF (qui ne sont évidemment pas des récits de voyage), le second aux écrits d'exploration de Cartier ou de Champlain.

      Reste le premier syntagme du titre de l'article : l'étude des inscriptions de l'Amérique (française) dans le dictionnaire de Furetière ne manquerait certainement pas d'intérêt.

2005, MELZER, Sara E., « the French Relations and its "hidden" colonial history », A companion of the literatures of colonial america, éd. Suzan Castillo et Ivy Schweitzer, Oxford, Blackwell, p. 220-240. [2483

      Ce qui est caché (« hidden ») ici, c'est moins l'histoire coloniale française que les « relations », comme sources de cette histoire, du moins aux yeux du grand public. La première partie de l'essai (p. 223-227) présente donc les nombreuses formes de relations de voyage ou de relations missionnaires et en explique le succès considérable en France au XVIIe siècle. La seconde partie développe un exemple des informations qu'on peut en tirer, soit les divers aspects de la politique d'assimilation ou d'intégration des Amérindiens qu'on y trouve illustrés et son inverse, l'acculturation amérindienne, désignée comme « volontary subjection » (p. 235-239).

5.1.10 Récit de voyage, étude du genre

2008, PIOFFET, Marie-Christine, « Présentation », Écrire des récits de voyage (XVIe-XVIIIe siècle) : esquisse d'une poétique en gestation, actes du colloque de York University (Toronto) organisé par M.-C. Pioffet et Catherine Broué, édition de Marie-Christine Pioffet, avec la collaboration d'Andreas Motsch, Québec, Presses de l'Université Laval, 638 p., p. 1-16. [2484

      Après l'article suivant, on se reportera à l'ensemble des textes du recueil. Ses articles sur la Nouvelle-France ont été répertoriés plus haut, no 2484.

2008, REQUMORA-GROS, Sylvie, « Voyager ou l'Art de voguer à travers les genres au XVIIe siècle », Écrire des récits de voyage (XVIe-XVIIIe siècles) : esquisse d'une poétique en gestation, actes du colloque de York University (Toronto) organisé par M.-C. Pioffet et Catherine Broué, édition de Marie-Christine Pioffet, avec la collaboration d'Andreas Motsch, Québec, Presses de l'Université Laval, 638 p., p. 219-233. [2485

2013, LABORIE, Jean-Claude, « Pour une poétique du récit hétérologique : le paradigme du voyage au Brésil au XVIe siècle », Travaux de littérature, no 26, « Itinéraires littéraires du voyage », éd. de François Moureau (Paris, Droz, Association pour la diffusion de la recherche littéraire), p. 255-263. [2486

      Corpus : Thevet, Léry, Évreux et d'Abbeville. L'étude consiste à montrer qu'avec ces auteurs, nous passons au récit « hétérologique » (concept emprunté à Michel de Certeau pour désigner le « discours sur l'autre », p. 257, n. 6). La première partie du court article, avant son application (sommaire, précise et pertinente) aux relations sur le Brésil, consiste à caractériser les formes du récit de voyage, à ses origines, au moment du passage des aventures, donc de la fiction, à l'inventaire, donc à la science.

5.1.11 Sources : l'« affaire Dollard »

2005, Aurélien Boisvert, Dollard, ses compagnons et ses alliés, Québec, Septentrion (coll. « Les cahiers du Septentrion »), 200 p. [2487

      Dans les études de sources, en pédagogie, rien ne vaut les ouvrages complètement anachroniques. Le professeur demandera donc à ses étudiants de comparer le livre d'A. Boisvert à l'anthologie critique de Silvio Dumas et d'Adrien Pouliot, parue en 1960 (bg 612). Ils ne manqueront pas de conclure que le Septentrion aurait été bien avisé de rééditer le petit chef-d'oeuvre de méthodologie documentaire, le Dumas-Pouliot qui compte parmi les classiques de l'historiographie au Québec, au lieu d'un ouvrage sans intérêt qui ignore un demi-siècle de recherche.

5.2 Auteurs

Baron, Denis (5.2.2 bis)

2013, DOUTRELEPONT, Charles, « Essai sur "D'une nouvelle terre", cantique de guerre à la Vierge (1755) », Relire le patrimoine lettré de l'Amérique française, édition de Sébastien Côté et de Charles Doutrelepont, Québec, Presses de l'Université Laval, xii-262 p., p. 55-79. [2488

Bégon, Élisabeth (5.2.3)

2014, SMART, Patricia, « "Te dire que je suis là" : la correspondance d'Élisabeth Bégon » (premier chap. de la deuxième partie, « Écrire pour l'autre : la correspondance (1718-1862) », De Marie de l'Incarnation à Nelly Arcan : se dire, se faire par l'écriture intime, Montréal, Boréal, 2014, 432 p., p. 103-128. [2489

Biard, Pierre (5.2.4)

2012, WESTRA, Haijo, « les Premières descriptions du Canada par le jésuite Pierre Biard : du témoignage oculaire à sa réécriture », Tangence, no 99, « Nova Gallia : recherche sur les écrits latins de Nouvelle-France », édition de Jean-François Cottier, p. 9-17. [2489a

      L'étude stylistique (et grammaticale) et l'étude thématique (idéologique et ethnologique) montrent que le « In Novam Franciam, seu Canadiam, missio » paru dans les Annuae Litterae Societaris Jesu de 1618 n'est pas seulement une « édition », mais bien une rédaction de Philibert Monet, contrairement à ce que croyait Lucien Campeau (MNF, 2: 6-38, qui édite le texte). On comprend facilement qu'en éditant un volume de 150 documents, L. Campeau n'ait pu se livrer à l'étude menée ici par Haijo Westra, qui compare systématiquement le récit de Biard en 1612, et sa Relation de 1616, avec ce texte ampoulé de 1618, très négatif vis-à-vis des Micmacs, ce qui prouve que Lucien Campeau affirmait un peu vite qu'« il ne semble pas douteux que le P. Biard soit l'auteur de ce document » (p. 7).

      Cet article fait la preuve que le travail monumental de Lucien Campeau doit être repris et poursuivi, notamment avec la traduction française des documents latins qu'il a édités, et l'édition des « inédits » des jésuites de la Nouvelle-France, et particulièrement les correspondances encore inédites, inaccessibles. Par ailleurs, l'analyse de Haijo Westra montre que ce travail doit être fait par les latinistes expérimentés. En effet, si les spécialistes des écrits de la Nouvelle-France savent déchiffrer ces textes latins, il n'en est pas de même s'il s'agit de les commenter et de les évaluer. La preuve en est que l'analyse philologique des textes de Biard et de Monet sera pour plusieurs spécialistes de la Nouvelle-France un rare plaisir de lecture.

2014, BERTHIAUME, Pierre, « l'Héritage de José de Acosta » chez Pierre Biard, Jesuit Accounts of the colonial Americas : intercultural transfers, intellectual disputes, and textualities, éd. de Marc André Bernier, Clorinda Donato et Hans-Jürgen Lüsebrink, University of Toronto Press, ix-464 p., p. 307-325. [2490

      Étude sur l'obligation de bien convertir les Amérindiens avant de les baptiser chez les deux auteurs (« De la nécessité qu'il y a de bien catéchiser ces peuples avant que les baptiser », Relation de 1616, chap. 10, MNF, 1: 510-516, JR, 3: 140-154). Et en effet, Biard désigne explicitement l'analyse d'Acosta (MNF, 513; JR, 144-146). L'étude conduit évidemment à envisager la nature de la conversion et son application aux Amérindiens.

2014, LACHANCE, Isabelle, « "Ils estoient si subjects à leur bouche" : la Relation de 1616 face à la topique antijésuite », Jesuit Accounts of the colonial Americas : intercultural transfers, intellectual disputes, and textualities, éd. de Marc André Bernier, Clorinda Donato et Hans-Jürgen Lüsebrink, University of Toronto Press, ix-464 p., p. 263-275. [2491

      Il est difficile de comprendre que la Relation de Biard soit citée dans l'édition portative de Québec (bg 184) et non dans l'édition diplomatique de R. G. Thwaites (ou l'édition commentée de Lucien Campeau). Mais ce qui est encore plus inattendu, c'est que l'étude du Factum (1614), attribué à Poutrincourt, l'objet principal de l'article, n'utilise jamais l'analyse et l'édition critique de L. Campeau (MNF, 1: 320-406).

Boucher, Pierre (5.2.6)

2014, WIEN, Thomas, postface à l'édition de Christophe Horguelin, Histoire véritable et naturelle..., Montréal, Almanach, 245 p., p. 129-219. [2492

      Première étude scientifique d'ensemble du petit texte de propagande de Pierre Boucher. L'historien sait tirer profit des savants travaux qui accompagnaient le texte de manière magistrale lors de l'édition du centenaire (bg 86). Les « littéraires » devraient enfin comprendre qu'une « histoire naturelle » de la Nouvelle-France n'est ni ne se veut un livre d'histoire ! Ils en faisaient même une « relation »... La modeste « postface » devrait compter dorénavant au nombre des classiques de l'historiographie sur les textes de la Nouvelle-France.

Brébeuf, Jean de (5.2.9)

2011, PODRUCHNY, Carolyn, et Kathryn Magee Labelle, « Jean de Brébeuf and the wendat voices of seventeenth-century New France », Renaissance et réforme, vol, 34, nos 1-2, p. 97-126. [2493

2012, MARTEISON, Peter, et Paul Perron, « Soi-même et les autres : en relisant les récits des premières rencontres de Cartier, Champlain et Brébeuf en Nouvelle-France », Re-reading / la Relecture : essays in honour of Graham Falconer, éd. de Rachel Falconet et Andrew Olivier, Cambridge Scholars Publishing, p. 131-152. [2494

2013, CLAIR, Muriel, « les Notes spirituelles de Jean de Brébeuf (1630-1640) », Relire le patrimoine lettré de l'Amérique française, édition de Sébastien Côté et de Charles Doutrelepont, Québec, Presses de l'Université Laval, xii-262 p., p. 189-218. [2495

Note critique

      Lecture classique du document juridique (produit par Brébeuf à la demande et pour Jérôme Lalemant), devenant des « notes spirituelles » (et non plus des extraits d'un journal spirituel, ce qui est déjà un progrès). Mais le document est correctement situé dans le dossier, également juridique, du Manuscrit de 1652. On opposera cette interprétation à ma description et à mon évaluation du document, très correctement signalées ici (bg 676 (1986) et SMC, 3 (1990): 218-225 et 226-258, passim sur l'utilisation du document par Paul Ragueneau dans sa biographie de Brébeuf). En revanche, je voudrais protester : aucun de mes textes sur la Nouvelle-France, ses missionnaires et en particulier sur les documents relatifs aux saints Martyrs canadiens (SMC) n'est polémique. Mes textes polémiques sont identifiés comme tels, Polémiques, Laval, Singulier, 1992, et son vol. 2, ci-contre. « Il n'en reste pas moins que son propos polémique pose des difficultés aux littéraires et aux historiens » (p. 212, n. 118) : non, ce ne sont ni les littéraires ni les historiens qui ont des « difficultés » avec mes analyses critiques (dénigrées sous l'appellation de « propos polémique »), ce sont plutôt les prédicateurs et soi-disant chercheurs qui oeuvrent sur ces textes, lorsqu'il s'agit d'évaluer des questions religieuses, et notamment les religieux, voire des croyants, qui se livrent à la catéchèse, prenant ces textes pour prétexte.

      Cela dit, l'analyse de Muriel Clair est extrêmement éclairante en ce qui concerne l'étude des images ou, plutôt, de l'imagerie, au fil des visions, dont la plus originale et la plus significative est la représentation du Christ en croix sous les traits d'un lépreux (qui s'interprète évidemment en regard de nos crucifix). Je crois que Muriel Clair serait bien avisée de prolonger son étude en la doublant de représentations iconographiques (en créant celles de Brébeuf pour les opposer aux reproductions qu'elles transforment). En revanche, le rapprochement de la spiritualité de Brébeuf avec celle de Benoît de Canfield (p. 204) ne me paraît nullement justifié : dans le domaine des études de sources, on s'attend à ce que la désignation de telles « influences » s'appuient rigoureusement sur des attestations historiques, des citations ou du moins des recoupements textuels précis. Autrement, nous sommes dans l'ordre de la projection, ce que l'analyse critique interdit.

2013, GOMEZ-GÉRAUD, Marie-Christine, « Entre savoir expérimental et science livresque... », cf. no 2479. [2496

2013, LABELLE, Kathryn Magee, « "Faire la chaudière" : the wendat feast of souls, 1636 », French and Indians in the heart of North America, 1630-1815, éd. de Robert Englebert et de Guillaume Teasdale, East Lansing et Winnipeg, Michigan State University press et University of Manitoba press, xxiv-219 p., p. 1-20. [2497

      Étude ethno-historique de l'événement, mettant en relief sa portée politique dans l'alliance des Hurons avec les Français. Le document essentiel à l'analyse est le chapitre 2.9 de la Relation huronne de 1636 de Brébeuf, souvent étudié dans le domaine des études littéraires : « De la feste solennelle des morts » (JR, 10: 278-310).

2016, CARSON, James Taylor, « Brébeuf was never martyred : reimagining the life and death of Canada's first saint », the Canadian historical review, vol. 97, no 2, p. 222-243. — Cf. no 2627. [2498

Cartier, Jacques, voyages de Jacques Cartier par Jehan Poullet

(5.2.11) 2012, LITALIEN, Raymonde, « la Fortune des récits de voyages de Jacques Cartier », le Livre du monde, le monde des livres, mélanges en l'honneur de François Moureau, éd. de Gérard Ferreyroller et de Laurent Versini, Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, 1168 p., p. 493-508. [2499

      Exposé classique de la réception des récits de voyage de Jacques Cartier. Les récits en question sont toutefois présentés dans leur ordre historique et non dans l'ordre et l'impact de leurs publications, d'abord la publication populaire du Bref Récit du second voyage, celui de 1535-1536 (qui paraît en 1545), et ensuite les publications savantes en italien, puis en anglais. Il suffit de lire le Bref Récit pour comprendre qu'il ne saurait être une oeuvre du capitaine de navire Cartier qui ne pourrait jamais, c'est le bon sens qui le dit (il n'est tout de même pas l'égal d'un César !), parler de lui à la troisième personne, tandis qu'on a remarqué depuis longtemps que son auteur, Jehan Poullet, s'y donnait un beau rôle. Manifestement, l'« écrivain » a produit une narration à partir du journal de bord, qu'il a probablement tenu lui-même, sous la dictée du capitaine. Après celle de H. P. Biggar (en 1901, bg 264), la lecture littérale scientifique des récits de Cartier est de Marcel Trudel dans le premier volume de son Histoire de la Nouvelle-France en 1963 (bg 268). Ni l'un ni l'autre ne figurent dans cette présentation de la fortune littéraire et culturelle des récits de voyage de Cartier.

2012, MARTEISON, Peter, et Paul Perron, « Soi-même et les autres : en relisant les récits des premières rencontres de Cartier, Champlain et Brébeuf en Nouvelle-France », Re-reading / la Relecture : essays in honour of Graham Falconer, éd. de Rachel Falconet et Andrew Olivier, Cambridge Scholars Publishing, p. 131-152. [2501

2012, PIOFFET, Marie-Christine, « Dialogisme et relation de voyage : premiers éléments de réflexion tirés des écrits de Jacques Cartier et de Jean de Léry », le Livre du monde, le monde des livres, mélanges en l'honneur de François Moureau, éd. de Gérard Ferreyroller et de Laurent Versini, Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, 1168 p., p. 701-715. [2502

      Étude thématique de la parole et de la langue autochtones dans les relations des voyages de Cartier et l'Histoire de Léry.

2013, GOMEZ-GÉRAUD, Marie-Christine, « Entre savoir expérimental et science livresque... », cf. no 2479. [2503

*2013, MAURA, Juan F., « Franceses en el Canadá español : el espía Pedro de Santiago y Jacques Cartier », Cuadernos hispanoamericanos (Madrid), no 760, p. 61-72. [2504

2015, CAHILL, Donald, et Martin Ouellet, « An analysis of Jacques Cartier's exploration of the Gaspé coast (1534) », Acadiensis, revue d'histoire de la région atlantique, vol. 44, no 2, p. 75-94. [2505

      La géographie historique de la première exploration de Cartier.

Cavelier de La Salle, Robert, et l'exploration du Mississippi (5.2.12)

2013, BROUÉ, Catherine, et Marc-André Marchand, « la Figure du voyageur Cavelier de La Salle au service de l'image de l'auteur », Travaux de littérature, no 26, « Itinéraires littéraires du voyage », éd. de François Moureau (Paris, Droz, Association pour la diffusion de la recherche littéraire), p. 266-277. [2506

      Les auteurs étudient les correspondances de Robert Cavelier de La Salle (prises de la collection de Pierre Margry, bg 105 et suiv.) et le Journal historique de Joutel (bg 116), avec une notion clé de l'École de Québec : l'« héroïsation ».

Champlain, Samuel de (5.2.13)

2009, MORISSONNEAU, Christian, avec la collaboration de Maryse Chevrette et d'Isabelle Lafortune, le Rêve américain de Champlain, Montréal, Hurtubise, 253 p. [2507

      Bon ouvrage de vulgarisation biographique. Voir l'étude scientifique de D. H. Fischer paru en 2008, no 1715.

2012, MARTEISON, Peter, et Paul Perron, « Soi-même et les autres : en relisant les récits des premières rencontres de Cartier, Champlain et Brébeuf en Nouvelle-France », Re-reading / la Relecture : essays in honour of Graham Falconer, éd. de Rachel Falconet et Andrew Olivier, Cambridge Scholars Publishing, p. 131-152. [2508

2013, TUSSEAU, Jean-Pierre, « Relire ou découvrir Samuel de Champlain : un récit de voyage en 4e [année du collège] », École des lettres des collèges, vol. 104, no 5 (mars-avril), p. 43-49. [2509

*2014, GOFF, Benjamen Noah, Samuel de Champlain and the french wars of religion, mémoire de maîtrise, Duquesne University. [2510

2014, THIERRY, Éric, « Samuel de Champlain, Voyages (1613) », Monuments intellectuels de la Nouvelle-France et du Québec ancien : aux origines d'une tradition culturelle, éd. Claude Corbo, Presses de l'Université de Montréal, 396 p., p. 37-47. [2511

2017, PIOFFET, Marie-Christine, « Samuel de Champlain devant les historiens de la Nouvelle-France », Études canadiennes / Canadian studies, no 82, p. 7-26. [2512

      Critiques, critiques assez romanesques, de quelques entreprises de Champlain, dont on ferait mieux de s'en tenir aux analyses des historiens, à commencer par celles de Marcel Trudel. Cela dit, il n'en est pas moins amusant de voir une littéraire se mettre en frais de réécrire l'histoire, avec les opinions de Lescarbot, Sagard et Charlevoix, sans compter « Leclercq » ! Un janséniste en Nouvelle-France est de 2003 : il y a donc quinze ans à ce moment qu'on sait que Leroux est le rédacteur du Premier Établissement de la foi en Nouvelle-France (paru sous le nom de Chrestien Leclercq en 1691).

Charlevoix, Pierre-François-Xavier de (5.2.14)

2014, BERTHIAUME, Pierre, « François-Xavier de Charlevoix, Histoire et description générale de la Nouvelle-France », Monuments intellectuels de la Nouvelle-France et du Québec ancien : aux origines d'une tradition culturelle, éd. Claude Corbo, Presses de l'Université de Montréal, 396 p., p. 121-131. [2513

2016, POIRIER, Guy, « Charlevoix, lecteur de Sagard », Études littéraires, « Autour de Gabriel Sagard », éd. de M.-C. Pioffet, vol. 47, no 1, p. 97-107. [2514

Chauchetière, Claude (5.2.14 bis)

2016, HARINEN, Julie, « Claude Chauchetière et la mise en place d'un projet fondateur », Catherine Tekakwitha et la peinture missionnaire : stratégies de conversion en Nouvelle-France au XVIIe siècle, mémoire de maîtrise, histoire de l'art, Université de Montréal, x-112 p., chap. 2, p. 46-99, [2515

Chaumonot, Joseph-Marie (5.2.14 tertio

2001, André Sanfaçon, « "A New Loreto in New France" : Pierre-Joseph-Marie Chaumonot, s.j., and the holy house of Loreto », Decentring the Renaissance : Canada and Europe in multidisciplinary perspective (1500-1700), éd. Germaine Warkentin et Carolyn Podruchny, University of Toronto Press, 2001, 387 p., p. 200-220. [2516

De Pauw, Cornelius (5.2.16)

2014, ERTLER, Klaus-Dieter, « les Relations des jésuites et la construction de l'observateur européen face au monde indigène », Jesuit Accounts of the colonial Americas : intercultural transfers, intellectual disputes, and textualities, éd. de Marc André Bernier, Clorinda Donato et Hans-Jürgen Lüsebrink, University of Toronto Press, ix-464 p., p. 276-290. [2517

      La lecture des RJNF, de la rédaction de Paul Lejeune à la lecture de Cornelius De Pauw.

Dollier de Casson, François (5.2.18)

2017, LAFLÈCHE, Guy, « les Mémoires de Jeanne Mance », Agora Vox, < agoravox.fr >, 27 juillet. [2517a

      Texte de vulgarisation à l'occasion du 375e anniversaire de la fondation de Montréal.

Guyart, Marie Martin de l'Incarnation (5.2.20)

1935, PENIDO, Maurílio Teixeira-Leite, « Autour de Marie de l'Incarnation », la Conscience religieuse : essai systématique suivi d'illustrations, Paris, Pierre Téqui (coll. « Cours et documents de philosophie »), vi-251 p., chapitre V, dernier chapitre, p. 177-244. [2518

      Réécriture de cinq cours donnés à l'Université de Fribourg, en Suisse. L'ouvrage publié en français n'a donc pas d'équivalent en portugais et je ne trouve pas d'autres textes de M. T.-L. Penido sur Marie Guyart.

1935, RENAUDIN, Paul, Une grande mystique française au XVIIe siècle, Marie de l'Incarnation, ursuline de Tours et de Québec : essai de psychologie religieuse, Paris, Bloud et Gay, 340 p. [2519

1936, CUZIN, Henri, Du Christ à la Trinité, d'après l'expérience mystique de Marie de l'Incarnation, ursuline de Tours et de Québec, Lyon, Librairie du Sacré-Coeur, 158 p. [2520

1938, KLEIN, Joseph, l'Itinéraire mystique de la vénérable mère Marie de l'Incarnation, ursuline de Tours et de Québec, Paris, Dillen, 240 p. [2521

1940, ROBITAILLE, Georges, Telle qu'elle fut : études critiques sur Marie de l'Incarnation, Montréal, Beauchemin, 177 p. [2522

1946, CHABOT, Marie-Emmanuel, Marie de l'Incarnation d'après ses lettres, Ursulines de Québec et Éditions de l'Université d'Ottawa, 337 p. [2523

1948, LEBRETON, Jules, « l'Unon mystique dans la vie apostolique : Marie de l'Incarnation », « Tu solus sanctus » : Jésus-Christ vivant dans les saints, études de théologie mystique, Paris, Beauchesne, 269 p., p. 169-206. [2523a

1954, JETTÉ, Fernand, la Voie de la sainteté d'après Marie de l'Incarnation, fondatrice des ursulines de Québec, Éditions de l'Université d'Ottawa, 226 p. [2523b

1955, HATZFELD, Helmut-Antony, « Mística femenina clásica en España y Francia... », Estudios literarios..., Madrid, Gredos, 407 p., chap. 4, p. 253-290. Cf. bg 827. [2524

      L'entrée bg 827 doit être ainsi précisée, mais n'a pas à être corrigée. Les références données par Alessandra Ferraro (2014, no 2562, p. 189, n. 34) et par Amandine Bonesso (thèse de 1974, no 2559, en bibliographie, p. 387) sont inexactes.

1960, BAILLARGEON, Samuel, « Marie de l'Incarnation (1599-1672) », Littérature canadienne-française, Montréal, Fides, 527 p., p. 30-32. [2525

      Pour tout autre auteur de la Nouvelle-France, une telle référence bibliographique serait une véritable plaisanterie, mais pas dans le cas de Marie Guyart, soeur de l'Incarnation, comme on le verra à la chronique de Liberté en 2015 !

1961, ADOUR, Paul, Marie de l'Incarnation, ursuline missionnaire en Canada, Paris, La Colombe, 144 p. [2526

1964, CHABOT, Marie-Emmanuel, « Tant femme que rien plus » : Marie de l'Incarnation, Québec, Centre Marie de l'Incarnation, 86 p. [2527

1964, RÉTIF, André, Marie de l'Incarnation et la mission, Tours, Mame (coll. « Esprit et mission »), 173 p. [2528

1972, THIRY, André, Marie de l'incarnation : itinéraire spirituel, Paris, Beauchesne, 176 p.; introduction de Guy-Marie Oury, p. 5-23. [2529

1973, OURY, Guy-Marie, Marie de l'Incarnation (1599-1672), Tours, Société archéologique de Touraine, 2 vol., ix-607 p. [2530

1975, MICHEL, Robert, Vivre dans l'Esprit : Marie de l'Incarnation, Montréal, Bellarmin, 337 p. [2531

1980, OURY, Guy-Marie, Ce que croyait Marie de l'Incarnation et comment elle vivait sa foi, Solesmes, Abbaye Saint-Pierre, 153 p. [2532

      Le premier volet du titre reprend le titre de l'ouvrage de 1972, no 1767, mais je ne sais pas s'il s'agit d'une seconde édition.

1983, COUILLARD, Marie, « le Discours Mystique de Marie de l'Incarnation : paroles de femme et/ou érotomanie ? », la Femme, son corps et la religion : approches pluridisciplinaires, 2 vol., vol. 1, éd. Élisabeth Jeannine Lacelle, Montréal, Bellarmin, 246 p., p. 163-173. [2533

1986, LOEW, Jacques, « la Bienheureuse Marie de l'Incarnation : Dieu dans le "tracas" », la Vie à l'écoute des grands priants, Paris, Fayard/Mame, 275 p., p. 93-139. [2534

1989, CHABOT, Marie-Emmanuel, Dis-moi ton nom : les noms divins dans les écrits de Marie de l'Incarnation, Sainte-Foy, Anne Sieger, 99 p. [2535

1993, BOISSET, Louis Félix, « Souffrir : un chemin », l'Itinéraire mystique d'une femme : rencontre avec Marie de l'Incarnation, éd. de Jean Comby, Faculté de théologie de Lyon, Paris, Cerf, 223 p., bg 514 [7], p. 135-165. [2536

1993, GOMBERVAUX, Colette, « Un texte et son mouvement, le Douzième état d'oraison, d'un voeu à un voeu », l'Itinéraire mystique d'une femme : rencontre avec Marie de l'Incarnation, éd. de Jean Comby, Faculté de théologie de Lyon, Paris, Cerf, 223 p., bg 514 [8], p. 167-193. [2537

1993, ROBERT, Sylvie, « la Relation indicible [la Relation de 1654] », l'Itinéraire mystique d'une femme : rencontre avec Marie de l'Incarnation, éd. de Jean Comby, Faculté de théologie de Lyon, Paris, Cerf, 223 p., bg 514 [9], p. 195-221. [2538

1994, MENGOLI, Michela, « l'Étrange destin des écrits de Marie de l'Incarnation », Actes du premier colloque des jeunes chercheurs en littérature québécoise, avril 1993, Paris, Centre de coopération interuniversitaire franco-québécoise, Université Paris VII, p. 11-16. [2539

1995, MENGOLI, Michela, « Marie de l'Incarnation et la Relation de 1654 : une écriture féminine binaire », Francofonia (Université de Cadiz), no 4, p. 223-250. [2540

1997, GIGUÈRE, Herman, « Une voie de l'indicible : le fond de l'âme », Laval théologique et philosophique, vol. 53, no 2, p. 185-198. [2541

1999, MICHEL, Robert, le Milieu familial de Marie Guyard (Marie de l'Incarnation), Tours, Centre de généalogie de Touraine, 115 p. [2542

1999, OURY, Guy-Marie, l'Expérience de Dieu avec Marie de l'Incarnation, Saint-Laurent (Montréal), Fides, 140 p. [2543

2001, GOLDSMITH, Elizabeth C., « Discovering new worlds : Marie de l'Incarnation and the process of autobiography », Publishing women's life stories in France (1647-1720) : from voice to print, Aldershot, Ashgate, p. 12-41. [2544

2001, VANASSE, Claudie, « le Corps de la possédée », Liberté (Montréal), vol. 43, no 2, p. 76-94. [2545

      Sur le sujet de Marie Guyart de l'Incarnation, traité ici fort sérieusement, Liberté fera moins bien, en 2015. Je suis étonné que la revue fondée par Jean-Guy Pilon, que je lisais religieusement dans ma jeunesse, s'intéresse à Marie Guyart-Martin, soeur de l'Incarnation... Le temps a dû passer et manifestement la revue a beaucoup changé.

2003, DESLANDRES, Dominique, « In the shadow of the cloister : reprensentations of female holiness in New France », Colonial Saints : discovering the holy in the Americas (1500-1800), éd. Allan Greer et Jodi Bilinkoff, New York et London, Routledge, réimp. 2015, xxii-317 p., p. 129-152. [2546

2010, DESLANDRES, Dominique, « la Religieuse et ses livres : le cas de Marie Guyart de l'Incarnation au début de la Nouvelle-France », Ad libros, mélanges d'études médiévales offerts à Denise Angers et Joseph-Claude Poulin, éd. Jean-François Cottier, Martin Gravel et Sébastien Rossignol, Presses de l'Université de Montréal, 412 p., p. 349-374. [2547

2011, BÉLANGER, Hélène, Marie de l'Incarnation, une femme à découvrir, Montréal, Médiaspaul, 232 p. [2548

*2011, GRÖNE, Maximilian, « vom Wissen um die andere welt : die briefe der Marie de l'Incarnation zwischen kolonialismus und mystik », Nobilitierung vs. divulgierung ? strategien der aufbereitung von Wissen in romanischen dialogen, lehrgedichten und erzähltexten der frähem neuzeit, éd. Tobias Leuker, München, Martin Meidenbauer, xii-280 p., p. 213-230. [2549

      La Connaissance de l'Autre Monde : la correspondance de Marie Guyart, entre colonialisme et mystique.

2012, CHAMPAGNE, René, Marie de l'Incarnation ou le Chant du coeur, Montréal, Médiaspaul, 166 p. [2550

2013, BARBEAU, Thierry, « Étude du contexte » de l'édition des écrits de Marie de l'Incarnation par Claude Martin », édition électronique, no 2465 [2]. [2551

2013, BRODEUR, Raymond, « Marie de l'Incarnation sous le regard d'Henri Bremond », édition électronique, no 2465 [1]. [2552

2013, BRODEUR, Raymond, « l'Évangélisation chez Marie de l'Incarnation », édition électronique, no 2465 [3]. [2553

2013, BUSTARRET, Marie-Caroline, « l'Abandon à Dieu chez Marie de l'Incarnation : une expérience spirituelle féconde », édition électronique, no 2465 [4]. [2554

2013, FERRARO, Alessandra, « Dal discorso mistico all'autobiographafia : le "Relations" (1633-1654) di Marie de l'Incarnation », Lingue e testi delle riforme cattoliche in Europa e nelle Americhe (secc. XVI-XXI) / the Languages and texts of the catholic reforms in Europe and the Americas (XVI-XXI cent.), éd. de R. Librandi, Florence, Cesati, p. 405-417. [2555

2013, PIOFFET, Marie-Christine, « Marie de l'Incarnation devant l'histoire littéraire : une relecture des marges », Relire le patrimoine lettré de l'Amérique française, édition de Sébastien Côté et de Charles Doutrelepont, Québec, Presses de l'Université Laval, xii-262 p., p. 83-96. [2556

2013, TRÉPANIER, Anne, « Refondation matérielle et spirituelle en Nouvelle-France : récits pour une incarnation de l'imaginaire canadien », Relire le patrimoine lettré de l'Amérique française, édition de Sébastien Côté et de Charles Doutrelepont, Québec, Presses de l'Université Laval, xii-262 p., p. 97-118. [2557

      Le tremblement de terre de 1663 et l'incendie de 1682, dans la Basse-Ville de Québec.

2014, BONESSO, Amandine, « les Rêves prophétiques de Marie de l'incarnation (1599-1672) », Ponti/Ponts : langues, littératures, civilisations des pays francophones (Milan), vol. 14, p. 95-114. [2558

2014, BONESSO, Amandine, l'Énonciation troublée dans la Relation de 1654 de Marie de l'Incarnation, thèse de doctorat, département de Langue et littérature étrangère, Université d'Udine, 407 p. [2559

      L'analyse de l'énonciation du discours autobiographique se double de deux formes de l'analyse littéraire, l'étude narrative et l'étude thématique (thèmes concrets, métaphoriques, puis les espaces et les temps). Si l'importante bibliographie, qui a permis de compléter substantiellement la présente section, n'est pas critique, en revanche, la thèse s'ouvre par une série d'états présents des travaux qui mettent les études (ouvrages et articles) en contexte : les études biographiques, les études littéraires et la réception de l'oeuvre.

2014, DESLANDRES, Dominique, « Marie Guyart de l'Incarnation, Relation de 1654 (1654) », Monuments intellectuels de la Nouvelle-France et du Québec ancien : aux origines d'une tradition culturelle, éd. Claude Corbo, Presses de l'Université de Montréal, 2014, 396 p., p. 77-88. [2560

2014, DUNN, Mary, « Introduction », From mother to son : the selected letters of Marie de l'Incarnation to Claude Martin, Oxford University Press, 257 p., p. 1-39. [2561

      Un efficace sommaire de son ouvrage, qui paraîtra en 2016. Le texte s'ouvre, en exergue, sur de spectaculaires extraits qui résument la lettre de Marie Guyart à son fils, le 30 juillet 1669 (Oury, lettre 247) : « N'estes-vous pas bien aise, mon très-cher fils, de ce que je vous ay abandonné... ». Malheureusement, l'objectif est d'ignorer la question, de l'effacer.

2014, FERRARO, Alessandra, « les Récits personnels de Marie de l'Incarnation ou De l'écriture autobiographique détournée », Francofonia (Florence), vol. 34 (no 1), no 66, p. 177-191. [2562

      Analyse de la Lettre aux ursulines de Tours sur la mort de Marie de Saint-Joseph, printemps 1652 (Oury, lettre 140, p. 436-473). Comparaison avec la réécriture de la lettre par Paul Lejeune au chapitre 10 de la Relation de 1652 de Paul Ragueneau (JR, 38: 68-164), réécriture qui comprend une mise en garde contre les défaillances jubilatoires, proches de l'extase (p. 185-186). Sans compter qu'avec le changement de narrateur, le texte de l'ursuline en devient non seulement jésuite, mais, évidemment, « masculin » ! Et, bien entendu, une lettre circulaire (destinée aux ursulines de Tours) n'a pas le même sens ni la même portée qu'un chapitre des RJNF.

*2014, FERRARO, Alessandra, Una voce attraverso il velo : l'alterità del linguaggio mistico e missionario di Marie de l'Incarnation, Venise, La Toletta, 125 p. [2563

2014, GRÉGOIRE, Vincent, « Malentendus culturels rencontrés par les missionnaires ursulines en Nouvelle-France au XVIIe siècle », Seventeenth-century french studies, vol. 36, p. 109-124. [2564

2014, SMART, Patricia, « Écrire le moi et son anéantissement : Marie de l'Incarnation » (chap. 2 de la première partie, « Vivre et écrire pour Dieu : l'ère mystique », qui présente aussi les écrits autobiographiques des religieuses de la Nouvelle-France), De Marie de l'Incarnation à Nelly Arcan : se dire, se faire par l'écriture intime, Montréal, Boréal, 2014, 432 p., p. 51-100. [2565

2015, BONESSO, Amandine, « Marie de l'Incarnation d'après Jean-Daniel Lafond : l'amour d'une sainte contre la barbarie actuelle », Dialogues francophones, vol. 21, p. 185-197. [2566

2015, NARDOUT-LAFARGE, Élisabeth (« l'Extase et la colonisation » et « "Il faut que ces filles-là soient folles" »), Pierre Nepveu (« Être à côté de soi ») et Alessandra Ferraro (« le Manuscrit oublié de Trois-Rivières »), « Marie de l'Incarnation vue par... », Liberté (Montréal), no 309, chronique « Rétroviseur », p. 77-83. [2567

      Se reporter au premier article de la revue sur Marie Guyart, en 2001. C'était alors un texte « savant ». Ce n'est pas ce qu'on trouve ici.

      De charmantes lectures naïves de textes par des professeurs de littérature qui ne les ont jamais étudiés et dont ils ne connaissent rien des analyses (trop souvent du même genre) qui se sont succédées depuis Samuel Baillargeon (1960, ci-dessus). Je le cite : « Une mystique » (la spiritualité d'une dévote), « Une femme d'action » (la supérieure des ursulines, dirigée par les jésuites dès avant son arrivée en Nouvelle-France, leur secrétaire; forcément, puisque c'est une femme, femme, c'était donc une « féministe ») et « Une femme de lettres » (une bonne soeur sait écrire, forcément, mais à ma connaissance nous n'avons encore aucune étude stylistique de son oeuvre : « Digne contemporaine de madame de Sévigné, la sainte Ursuline est une épistolière brillante. D'une plume souple et spirituelle... », écrivait S. Baillargeon en 1960; c'est « la performance littéraire d'une grammaire de l'âme » (P. Nepveu, en 2015).

      En revanche, A. Ferraro vulgarise, pour les lecteurs de Liberté, la genèse et la destinée de la Relation de 1654, déjà étudiées de près par Albert Jamet et Guy-Marie Oury, dont la copie manuscrite des ursulines de Trois-Rivières (désigné ici comme un « manuscrit oublié »), faite en France vers 1672-1677, sur l'original disparu.

      Et Liberté de nous servir, encadré en rose sur deux belles pages (p. 82-83) de beaux extraits illustrant l'anorexie de la pauvre femme. « Il peut sembler audacieux de considérer comme littérature la prose mystique [sic] d'une ursuline du XVIIe siècle ». Mais non, ce n'est pas audacieux. C'est tout simplement un anachronisme que de réécrire aujourd'hui, textuellement, Samuel Baillargeon.

2016, BONESSO, Amandine, « Une relation de sang et de foi au XVIIe siècle », Oltreoceano, vol. 11, « l'Identità canadese tra migrazioni, memorie e generazioni », éd. Silvana Serafin, Alessamdra Ferraro et Daniela Ciani-Forza, p. 141-151. [2568

2016, FREIDEL, Nathalie, « Marie de l'Incarnation, voyageuse immobile en Nouvelle-France », XVIIe / Dix-septième siècle, vol. 68, no 3, p. 533-546. [2569

2017, BONESSO, Armandine, « l'Autoportrait intellectuel ambigu de Marie de l'Incarnation d'après sa Relation de 1654 », Lumen, vol. 36, p. 113-128. [2570

2017, DUNN, Mary, the Cruelest of all mothers : Marie de l'Incarnation, motherhood, and christian tradition, New York, Fordham University Press (coll. « Catholic practices in North America »), 208 p. [2571

      L'essai joue de la biographie (de Marie Guyart) et de l'autobiographie (de Mary Dunn). Mais l'ouvrage s'emmêle malheureusement dans la nature même du genre biographique. Nous connaissons tous, aujourd'hui, le fameux concept de « biographie autorisée ». Une biographie est, par définition, l'histoire d'un tiers. Mais la biographie « autorisée » est celle qui présente plusieurs degrés d'implication du tiers en question, le sujet de l'analyse, jusqu'à se trouver en face d'une autobiographie en lieu et place d'une biographie, tant le personnage peut exercer d'influence sur l'histoire racontée par son biographe, sur son histoire. Or, justement, l'analyse biographique de Mary Dunn est entièrement construite sur une lecture littérale des deux autobiographies de Marie Guyart. La question fondamentale de l'abandon de son fils Claude est donc une analyse court-circuitée. La preuve en est que si Mary Dunn s'interroge correctement sur la question de l'abandon des enfants par leurs parents du Moyen Âge au XVIIe siècle, jamais elle ne donne l'exemple d'une autre mère que Marie Guyart ayant abandonné son fils, sa fille ou ses enfants pour la plus grande gloire de Dieu, se faisant religieuse...

Hennepin, Louis (5.2.21)

2013, BROUÉ, Catherine, « l'OEuvre viatique du récollet Louis Hennepin : un tournant littéraire majeur », Relire le patrimoine lettré de l'Amérique française, édition de Sébastien Côté et de Charles Doutrelepont, Québec, Presses de l'Université Laval, xii-262 p., p. 121-141. [2572

2014, BROUÉ, Catherine, « Une rhétorique du silence : l'oeuvre jésuite dans la Description de la Louisiane du récollets Louis Hennepin », Jesuit Accounts of the colonial Americas : intercultural transfers, intellectual disputes, and textualities, éd. de Marc André Bernier, Clorinda Donato et Hans-Jürgen Lüsebrink, University of Toronto Press, ix-464 p., p. 291-304. [2573

2015, BROUÉ, Catherine, « l'Exploration de la Louisiane au XVIIe siècle : un réseau d'influence », Networks, interconnexion, connectivity, selected essays from the 44th North American Society for seventeenth-century french literature conference, 15-17 mai 2014, éd. Ellen R. Welch et Michèle Longino, Tübingen, Narr Francke Attempto Verlag, Biblio 17, vol. 210, 213 p., p. 105-120. [2574

      On n'apprendra à personne que Robert Cavelier de La Salle étaient en rapport avec de très nombreux correspondants, dont Claude Bernou était un privilégié, comme nous l'apprend sa propre correspondance avec Renaudot. Louis Hennepin connaissait aussi beaucoup de monde... et s'est fait de nombreux ennemis. Et puis ?

Note critique

      On ne saurait rien tirer de cet article qui accumule approximations sur erreurs. Les « graphes », pratiquement illisibles, pour les petits caractères, sont gravement fautifs. La figure 1, distingue Leroux et Leclercq, les « encadrant » tous les deux comme jansénistes (p. 108), ce qui n'a évidemment aucun sens; pas plus que d'« encadrer » ainsi Renaudot et... Bernou ! Leclercq et Bernou « jansénistes » ? C'est dire vraiment n'importe quoi. Par ailleurs, question jansénisme, encore, l'article affirme que « certains récollets » de Nouvelle-France étaient jansénistes (p. 113). Ce n'est pas vrai. Nous ne connaissons qu'un seul et unique récollet s'affichant comme janséniste et c'est Valentin Leroux, l'auteur « anonyme » du PEF, le Premier Établissement de la foi en Nouvelle-France (1691), ce que confirme sa lettre de 1679 à Chrestien Leclercq, qui paraît dans sa Nouvelle Relation de la Gaspésie (1691, également). Enfin, l'attribution du PEF à Leroux par Hennepin ne se trouve nullement à la toute fin de sa Nouvelle Relation (p. 504-505), où il justifie par un évident mensonge son plagiat d'une partie de l'ouvrage en se l'attribuant, mais dans trois fragments qui se complètent successivement, étudiés par G. Laflèche et S. Trudel, Un janséniste, no 2104, p. 33-35. Bref, Catherine Broué improvise au fil de la plume, sans avoir mené aucune recherche préalable.

2017, BROUÉ, Catherine, « Errance missionnaire, errances documentaires : une relation inédite du père Louis Hennepin ? », l'Errance au XVIIe siècle, « Errances en Nouvelle-France », articles sélectionnés du 45e colloque de la North American Society for seventeenth-century french literature (Québec, 4-6 juin 2015), édition de Lucie Desjardins, Marie-Christine Pioffet et Roxanne Roy, Biblio 17, vol. 216, 472 p., p. 71-116, p. 97-116. [2575

      Attribution à Louis Hennepin de la « Relation inédite » (intitulée en fait « Voyage de monsieur de La Salle à la rivière Mississipi », Margry, 2: 93-102), de 1680, attribuée jusqu'ici à Cavelier de La Salle. Et absolument rien ne permet de contester cette attribution.

Note critique

      L'article utilise systématiquement le conditionnel et les hypothèses à l'interrogatif, multipliant les amalgames, les intuitions et les jugements de valeur d'ordre stylistique ou narratif sur les rédactions de Louis Hennepin. À quoi s'ajoute l'étude approximative de la variation des noms et pronoms de la narration, une constante pourtant dans tous les mémoires de La Salle. La nouvelle attribution repose sur le fait que c'est La Motte, accompagné de Hennepin, et non La Salle, qui a mené l'ambassade de Noël 1678 chez les Iroquois, contrairement à ce que laisse entendre le Voyage de 1680. Justement, l'argument en question ne tient pas, pour la bonne raison que le document est un rapport de La Salle sur ses activités, les activités qu'il dirige (ses mémoires ne sont d'ailleurs jamais à proprement parler autobiographiques). D'ailleurs, le document a paru en traduction dans l'édition anglaise de A new discovery de Louis Hennepin lui-même en 1698, clairement attribué à La Salle. En plus, pour l'« attribuer » à Hennepin, il faudrait en changer la date de rédaction, pourtant incontestable. Cela fait beaucoup d'hypothèses complètement inutiles, puisqu'elles ne changent rien à rien.

      En bonne méthodologie, une étude d'attribution s'impose lorsque celle-ci peut et doit être mise en cause. En réalité, personne n'a jamais mis en doute l'attribution de ce rapport d'activités de La Salle destiné à Frontenac, tandis que l'analyse de Catherine Broué ne comprend aucun argument catégorique propre à justifier la simple étude d'une question qui ne se pose donc pas. Délire d'interprétation ? En tout cas l'article mérite d'être relu dans cette toute simple perspective.

Jésuites, relations des jésuites de la Nouvelle-France (5.2.24)

1985, RICHTER, Daniel K., « Iroquois versus Iroquois : jesuit missions and christianity in village politics (1642-1686) », Ethnohistory, vol. 32, no 1, p. 1-16. [2576

2001, GODDARD, Peter A., « Canada in seventeenth-century jesuit thought : backwater or opportunity ? », Decentring the Renaissance : Canada and Europe in multidisciplinary perspective (1500-1700), éd. Germaine Warkentin et Carolyn Podruchny, University of Toronto Press, 387 p., p. 186-199. [2577

2010, GALLUCCI, John A., « Latin terms and periphrases for native americans in the Jesuit Relations », Latinity and alterity in the early modern period, éd. Y. Hanskell et J.-Feros Ruys, Tempe, Arozona Studies in the Middle Ages and the Renaissance, viii-304 p., p. 259-272. [2577a

—— « Décrire les "Sauvages" : réflexions sur les manières de désigner les autochtones dans le latin des Relations », trad. Irena Trujic, Tangence, no 99 (2012), « Nova Gallia : recherche sur les écrits latins de Nouvelle-France », édition de Jean-François Cottier, p. 19-34. [2577b

      Corpus : Pierre Biard (1612, 1614 et « 1618 » [texte de Philibert Monet, cf. no 2489a]), François Ragueneau, 1637, et Isaac Jogues, 1643. Voir les références aux MNF de ces textes rédigés en latin, p. 21, n. 9. Question : comment le sens des mots de la famille silva (« forêt »), comme silvicola, silvestris, etc., passe-t-il de « sauvage » à « barbare » ? À noter qu'en français, les RJNF ont trois « synonymes » pour désigner/qualifier globalement les Amérindiens : Sauvage (positif), Barbare (négatif) et Infidèle (péjoratif). Voir SMC, 5: 294 et 340. Voir aussi la note critique de Patrick Bapst, no 2587a, p. 92-93, n. 199. Cela dit, l'analyse « étymologique » de J. A. Gallucci doit rester le point de départ essentiel, pour l'analyse du vocable Sauvage, et le point d'orgue, jusqu'au XIXe siècle.

2014, DESBARATS, Catherine, « les Jésuites, Relations des jésuites (1616-1673) », Monuments intellectuels de la Nouvelle-France et du Québec ancien : aux origines d'une tradition culturelle, éd. Claude Corbo, Presses de l'Université de Montréal, 2014, 396 p., p. 51-62. [2578

2014, ERTLER, Klaus-Dieter, « les Relations des jésuites et la construction de l'observateur européen face au monde indigène », Jesuit Accounts of the colonial Americas : intercultural transfers, intellectual disputes, and textualities, éd. de Marc André Bernier, Clorinda Donato et Hans-Jürgen Lüsebrink, University of Toronto Press, ix-464 p., p. 276-290. [2579

2014, MELZER, Sara E., « the Role of culture and art in France's colonial strategy of the seventeenth-century », Jesuit Accounts of the colonial Americas : intercultural transfers, intellectual disputes, and textualities, éd. de Marc André Bernier, Clorinda Donato et Hans-Jürgen Lüsebrink, University of Toronto Press, 2014, ix-464 p., p. 169-185. [2580

2014, PIOFFET, Marie-Christine, « La Nouvelle-France dans l'imaginaire jésuite : terre doloris ou Jérusalem céleste ? », Jesuit Accounts of the colonial Americas : intercultural transfers, intellectual disputes, and textualities, éd. de Marc André Bernier, Clorinda Donato et Hans-Jürgen Lüsebrink, University of Toronto Press, ix-464 p., p. 326-343. [2581

      Dans ces commentaires de texte, comme naguère dans sa thèse de doctorat (bg 910), M.-C. Pioffet cite les RJNF dans l'édition portative populaire de Québec en 1858 (bg 184).

2016, TRUE, Micah, « From Quebec to Paris and back : the Jesuit Relations and a decentered reading of France », Networks, interconnexion, connectivity, selected essays from the 44th North American Society for seventeenth-century french literature conference, 15-17 mai 2014, éd. Ellen R. Welch et Michèle Longino, Tübingen, Narr Francke Attempto Verlag, Biblio 17, vol. 210, 213 p., p. 95-104. [2582

      En fait, car le titre de l'article n'est pas très clair, il faut comprendre que les écrits de la Nouvelle-France ne sont pas toujours un circuit de voyageurs français écrivant aux Français (Paris-Québec-Paris). Dans le cas des RJNF, en particulier, on a de nombreuses réactions des jésuites à l'édition de leurs relations en France, leur publication de lettres reçues de France et de nombreux livres qui viennent aussi de France ([Paris]-Québec-Paris-Québec). Si rien de cela n'est une découverte, il importait de l'exposer clairement.

2015, TRUE, Micah, Masters and students : jesuit mission ethnography in seventeenth-century New France, Montréal et Kingston, McGill et Queen's University Press, xviii-242 p. [2583

      S'agissant d'ethnologie, les premiers chapitres (2 et 3) de l'ouvrage présentent la thématique de l'apprentissage des langues amérindiennes par les missionnaires et leur description de ces langues dans leurs relations. Les deux derniers exposent respectivement la thématique de la religion (chap. 6, mais l'ouvrage prend pour acquis que les Montagnais avaient bel et bien une religion, alors qu'il s'agit d'une pure invention des missionnaires en regard des pratiques magiques) et le genre (littéraire) de la relation missionnaire (chap. 7).

Note critique

      Contre toute attente, question « ethnologique », le chapitre central (chap. 4, « Religious conversion and amerindian cruelty in the jesuit Relations », p. 83-112) est une lecture « anachronique » du chapitre 2 de la Relation huronne de 1637 de François Lemercier (JR, 13: 36-82). Le thème de l'étude est tout simple : comment concilier l'objectif missionnaire et les moeurs guerrières des Amérindiens et, notamment, le supplice archaïque, le rituel mettant à mort quelques captifs ? Aucune contradiction, d'abord parce que Lemercier raconte comment les missionnaires convertissent et baptisent un guerrier iroquois, avant son supplice, et l'assiste tout au long du rituel qui durera plusieurs jours. Ensuite, parce que l'auteur prétend que la description de la cruauté dans les RJNF fait en même temps la preuve de la capacité des Amérindiens à recevoir l'enseignement religieux... L'analyse porte sur un texte très important pour l'étude du supplice archaïque iroquoien. Mais il est surprenant de voir Micah True étudier ce texte en le lisant au premier degré, comme pouvait le faire le public dévot des jésuites de Paris en 1638. Et on parle bien d'un public « dévot » qui sera édifié par cette mascarade de conversion et cette parodie du rituel du baptême sans en être profondément choqué. Baptiser des nourrissons en danger de mort à l'insu de leurs parents, voilà un cas qui a dû être soumis à la Sorbonne et qui a été vertement condamné; voir « convertir » et « baptiser » Joseph (!) un Iroquois, alors même qu'il est soumis au supplice archaïque, par un missionnaire qui doit faire tout cela en huron par interprète interposé, c'est assez hallucinant. Comment étudier ce texte en faisant abstraction des superstitions religieuses des missionnaires et du manque d'esprit critique de leurs lecteurs dévots, surtout si l'étude porte sur la « conversion religieuse » : d'ailleurs, quelle conversion ? (« thoughtful conversion » !, p. 84). Tandis que voilà le baptême réduit à un passeport pour le Ciel ! N'a-t-on pas là une illustration du caractère superficiel de la pensée et de l'action religieuses de nombreux missionnaires jésuites de la Nouvelle-France ? Et quel est le rôle respectif du professeur Brébeuf et de son jeune étudiant Lemercier dans cette histoire ? (pour détourner le titre de l'ouvrage qui ne prend pas la question en considération).

2016, HOLZ, Grégoire, « l'OEil du diable ? les relations des missionnaires lues par les libertins », Textes missionnaires dans l'espace francophone, vol. 1, Rencontre, réécriture, mémoire, éd. de Guy Poirier, Québec, Presses de l'Université Laval, viii-184 p., p. 123-144. [2584

      L'article est enregistré ici à titre de non-lieu : en tout et pour tout, Grégoire Holz ne trouve qu'une seule et unique référence aux RJNF chez les libertins, une toute petite allusion à la Relation de 1636 de Brébeuf par La Mothe Le Vayer (cf. p. 128) : selon quelques Hurons, les âmes des morts, lors de la fête des morts, se changent en tourterelles, mais on croit plus généralement qu'elles gagnent le Village des morts après cette cérémonie (JR, 10: 142). Même Cyrano de Bergerac, censé pourtant atterrir en Nouvelle-France, ne parle pas des RJNF. Le constat est important : contrairement aux relations missionnaires de Chine ou du Japon, les RJNF sont totalement ignorées des intellectuels français. Il faut attendre Antoine Arnauld pour qu'elles soient dénoncées (dans sa Morale pratique des jésuites en 1693). Et il ne sera jamais plus question ensuite des RJNF, avant qu'on ne les réédite à Québec au XIXe siècle.

2016, LIGNEREUX, Yann, « Une mission périlleuse ou le péril colonial jésuite dans la France de Louis XIV : Sainte-Marie des Iroquois (1649-1665) », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 69, no 4, p. 5-26. [2585

      L'analyse contextuelle de « l'imprudente mission chez l'ennemi et le retour miraculeux » (bg 59) est le point de départ d'une présentation des rapports de forces entre les Iroquois et les Français dans la colonie. Cette étude historique pourra servir d'antidote au fabuleux (et passionnant) récit romanesque des RJNF (dont l'historien Marcel Trudel a fait Onontagué, drame historique en trois actes, toujours inédit).

2017, MELZER, Sara E., « Comment écrire l'histoire de la rencontre franco-amérindienne ? », Voyages, rencontres, échanges au XVIIe siècle : Marseille carrefour, actes du colloque annuel de la North American Society for seventeenth-century french literature (5-8 juin 2013), éd. de Sylvie Requemora-Gros, Tübigen, Narr Franck Attemto Verlag, Biblio 17, vol. 211, 575 p., p. 63-71. [2586

      Enseignement inexistant dans le système scolaire français. L'objectif colonial français de civiliser les Amérindiens, projet que l'on trouve abondamment illustré dans les RJNF.

Jésuites, Lettres édifiantes et curieuses (5.2.24 bis )

2013, POIRIER, Guy, « Une Nouvelle-France déjà oubliée : les préfaces des Lettres édifiantes et curieuses (1703-1776) », Relire le patrimoine lettré de l'Amérique française, édition de Sébastien Côté et de Charles Doutrelepont, Québec, Presses de l'Université Laval, xii-262 p., p. 219-231. [2587

Jogues, Isaac (5.2.24 bis)

2013, BAPST, Patrick, « Étude de cas : la lettre d'Isaac Jogues au Provincial » (5 août 1643), « Alter orbis litteratum » ou Une littérature coloniale historicisée : le statut des textes latins dans le contexte missionnaire de la Nouvelle-France (1608-1763), Mémoire de maîtrise, Faculté des Lettres, université de Lausanne, 151 p., chap. 5, p. 87-109. [2587a

      Sur le texte à l'étude, cf. SMC, 2: 133, Ts(1), et 172-173, n. 10. P. Bapst ajoute à ces dépouillements deux copies, dont l'une a été éditée par Lucien Campeau (MNF, 5: 592-625) : Archives de la Société de Jésus de la Province de Lyon (ALSI), coll. Prat, anc. Compagnie, vol. 9, p. 359-392), maintenant aux AFSI, à Vanves. En fait, L. Campeau reproduit le manuscrit A, mais ne dit rien du manuscrit B qui suit (Bapst, p. 14, n. 20).

Note critique

      La thèse de Patrick Bapst est un panorama interrogeant les écrits latins des jésuites de/sur la Nouvelle-France. On a vu plus haut (no 2438a) qu'il tentait en vain de créer ainsi, avec quelques latinistes, un nouveau domaine de recherche, inexistant, une « littérature latine » de Nouvelle-France, celui des « écrits coloniaux des Jésuites de la Nouvelle-France ». Il est vrai que l'étude des écrits latins des jésuites de/sur la Nouvelle-France mérite d'être enfin menée de manière systématique et scientifique et je pense que ce mémoire contribuera à la réalisation de cette entreprise.

      Cela dit, je dois exprimer mon total désaccord avec la perspective que ces latinistes veulent imprimer à ces travaux. Ils prétendent mettre au jour la culture et la langue classiques de nos jésuites de Nouvelle-France, alors que cela n'a manifestement pas lieu. Il est évident, il ne fait aucun doute, que les jésuites n'expriment jamais d'autres traits de culture classique que ce qui leur vient soit de leurs études, soit de leur enseignement. Sur les 56 RJNF parues de 1632 à 1672, on ne trouvera pas plus de 100 ou 150 très vagues allusions à la littérature classique, chaque fois de l'ordre de la « citation » scolaire convenue.

      Or, voici de Patrick Bapst en fait magistralement la preuve. Dans la longue lettre latine à son Provincial, il a trouvé exactement et précisément deux, je souligne, d-e-u-x, deux formulations d'Isaac Jogues qui viennent de ses études latines ou de son enseignement. Il s'agit chaque fois de quatre ou cinq mots qui lui sont soufflés de ses souvenirs scolaires. Un petit syntagme pris de l'Énéide, « Exoriare aliquis nostris ex assibus ultor ! » (« que de mes ossements il naisse un vengeur » ( Énéide, 4: 625; trad. Roustang, p. 216); et un autre extrait des Tristes d'Ovide, « non cibus utilis aegro » (« le malade n'a pas besoin de nourriture »). Et le latiniste de nous exposer les contextes de ces deux « citations » et de les mettre en parallèle avec leur sens dans le texte de Jogues, pour aboutir à des interprétations vraiment tirées par les cheveux (Énée en missionnaire chrétien et Didon en Sauvagesse !), et surtout contradictoires avec leur sens immédiat (la déclaration d'Eustache lors de son supplice, qui n'a pas dit, selon la coutume, que de ses ossements sortirait un vengeur, correspond rigoureusement à un fait socio- ethnologique, le supplicié chrétien adoptant un comportement contraire à la traditionnelle attitude de défi des guerriers amérindiens dans ce cas).

      Cela dit, le travail de Patrick Bapst est d'une lecture passionnante. Je ne sais pas si l'on fait souvent à l'Université de Lausanne des mémoires de maîtrise qui ne mettent pas en place un sujet ou un projet de recherche (qui pourra être lancé à l'occasion d'un travail de doctorat), mais on trouve ici un très original panorama qui circonscrit un corpus sous des angles très nombreux. Sa principale qualité, la plus importante en dépit de toutes mes critiques ? Ce petit ouvrage est captivant et se lit avec profit, s'agissant d'une introduction vivante aux écrits (latins) de la Nouvelle- France.

      Une vétille pour finir ? Nos « saints Martyrs canadiens » n'ont jamais été canonisés au sens théologique chrétien, celui de « témoin, témoignage » (p. 91). Ce n'est pas vrai. Ils ont été canonisés au sens strict, non seulement comme saints, mais également comme martyrs, par un procès de canonisation, alors que c'est là une pure affabulation.

La Brosse, Jean-Baptiste de (5.2.25 tertio)

1984, HÉBERT, Léo-Paul, Histoire ou Légende ? Jean-Baptiste de La Brosse, Montréal, Bellarmin, 546 p. [2588

      Cette biographie du missionnaire et linguiste de l'innu compte parmi les quelques rares chefs-d'oeuvre de l'analyse sérielle sur la Nouvelle-France. Rarement aura-t-on vu un historien et biographe rassembler, classer et présenter aussi rigoureusement les documents sur son « sujet » pour les laisser à l'interprétation du lecteur.

Lafitau, Joseph-François (5.2.27)

2014, MELANÇON, Robert, « Joseph-François Lafitau, Moeurs des sauvages américains comparées aux moeurs des premiers temps (1724) », Monuments intellectuels de la Nouvelle-France et du Québec ancien : aux origines d'une tradition culturelle, éd. Claude Corbo, Presses de l'Université de Montréal, 2014, 396 p., p. 107-117. [2589

2014, VALLÉE, Andréanne, « Dans le sillage du père Joseph-François Lafitau : les Avantures de Claude Le Beau », Jesuit Accounts of the colonial Americas : intercultural transfers, intellectual disputes, and textualities, éd. de Marc André Bernier, Clorinda Donato et Hans-Jürgen Lüsebrink, University of Toronto Press, ix-464 p., p. 404-417. [2590

      L'article reprend des « commentaires » déjà parus dans l'édition de 2011, no 1340 (cf. p. 414, n. 1).

Lahontan, Louis Armand de Lom d'Arce, baron de (5.2.28)

2006, OUELLET, Réal, « les Écrits de la Nouvelle-France : l'inscription du sujet scripteur [sic] dans son texte », De Québec à l'Amérique française : histoire et mémoire, sur Paul Lejeune et le baron de Lahontan, éd. Thomas Wien, Cécile Vidal et Yves Frenette, Québec, Presses de l'Université Laval, 404 p., p. 29-47. [2591

2008, BERTHIAUME, Pierre, « Anamorphose de "Bon Sauvage", ou Jean Chrysostome, Adario, Zakara et Igli », Écrire des récits de voyage (XVIe-XVIIIe siècles) : esquisse d'une poétique en gestation, actes du colloque de York University (Toronto) organisé par M.-C. Pioffet et Catherine Broué, édition de Marie-Christine Pioffet, avec la collaboration d'Andreas Motsch, Québec, Presses de l'Université Laval, 638 p., p. 347-357. [2592

      La dénonciation ambiguë de la propriété (« le tien et le mien ») par le Sauvage des trois auteurs, l'Adario de Lahontan, le Zakara de Jean-Henri Maubert de Gouvest et l'Igli de Jean Joubert de la Rue.

Note critique

      À mon avis, toutefois, le rapprochement dénature l'oeuvre de Lahontan et, particulièrement, ses Dialogues. Jean Chrysostome est probablement évoqué, nommé et peut-être même cité par Igli, mais il n'a évidemment rien à faire dans l'oeuvre de Lahontan, ni lui ni son personnage n'étant des « philosophes ». Il faut comprendre en effet que Lahontan est un contestataire anarchiste de l'idéologie, de toutes les pensées et des institutions européennes. Ce sont justement les Philosophes du siècle qui s'ouvre qui vont reprendre ses sujets, son personnage et ses formes discursives et narratives, pour s'en faire une arme de combat au service de leur pensée révolutionnaire. Imaginer aussi peu que ce soit que tel est déjà le cas de Lahontan, c'est non seulement trahir l'oeuvre d'un franc-tireur, mais lui enlever son principal intérêt.

      Il faut dire qu'il s'agit malheureusement du premier défaut des études sur l'oeuvre de Lahontan et qu'il s'explique facilement par notre tendance naturelle à mettre de l'ordre où précisément il n'y en a pas. On peut mettre au défi les chercheurs qui oeuvrent sur Lahontan de faire simplement le « plan » d'un des Dialogues avec Adario : ils verront vite que c'est strictement impossible; ils ne pourront, tout au plus, qu'énumérer des idées et des opinions qui n'obéissent à aucun système de pensée. Du point de vue de l'analyse littéraire de l'oeuvre, il s'agit d'une exceptionnelle réussite, puisque cela correspond rigoureusement à la structure de la majorité de nos conversation, d'un côté, et à la radicale contradictoire du discours philosophique, de l'autre. Contre-épreuve : nos chercheurs pourront constater que les « dialogues » des philosophes qui emprunteront la formule à Lahontan sont, tout le contraire, des catéchismes.

2014, OUELLET, Réal, « Louis Armand de Lom d'Arce, baron de Lahontan, Dialogues avec un Sauvage (1703) », Monuments intellectuels de la Nouvelle-France et du Québec ancien : aux origines d'une tradition culturelle, éd. Claude Corbo, Presses de l'Université de Montréal, 2014, 396 p., p. 93-104. [2593

Lebeau, Claude (5.2.30)

2008, Gelléri, Gábor, « Le Beau et le vrai : esthétique du livre de voyage vue par les comptes rendus », Écrire des récits de voyage (XVIe-XVIIIe siècles) : esquisse d'une poétique en gestation, actes du colloque de York University (Toronto) organisé par M.-C. Pioffet et Catherine Broué, édition de Marie-Christine Pioffet, avec la collaboration d'Andreas Motsch, Québec, Presses de l'Université Laval, 638 p., p. 149-158. [2594

      Le « livre de voyage » désigne ici les Aventures de Claude Lebeau et ses comptes rendus sont ceux des Mémoires de Trévoux (octobre 1738, p. 1945-1953) et de Pierre Granet dans ses Réflexions sur les ouvrages de littérature (1738, 5e feuille, vol. 6, p. 97-109).

1014, VALLÉE, Andréanne, « Dans le sillage du père Joseph-François Lafitau : les Avantures de Claude Le Beau », Jesuit Accounts of the colonial Americas : intercultural transfers, intellectual disputes, and textualities, éd. de Marc André Bernier, Clorinda Donato et Hans-Jürgen Lüsebrink, University of Toronto Press, ix-464 p., p. 404-417. [2595

      L'article reprend des « commentaires » déjà parus dans l'édition de 2011, no 1340 (cf. p. 414, n. 1).

Lejeune, Paul (5.2.32)

2006, OUELLET, Réal, « les Écrits de la Nouvelle-France : l'inscription du sujet scripteur [sic] dans son texte », De Québec à l'Amérique française : histoire et mémoire, sur Paul Lejeune et le baron de Lahontan, éd. Thomas Wien, Cécile Vidal et Yves Frenette, Québec, Presses de l'Université Laval, 404 p., p. 29-47. [2596

2013, ANDRÈS, Bernard, « l'Humour "sauvage" : notes sur l'esprit des Montagnais en 1634 », Cahiers des dix, no 67, p. 1-23. [2597

2014, ABÉ, Takao, « the Missionary réductions in New France : an epistemological problem with a popular historical theory », French Colonial History, no 15, p. 111-133. [2598

      Très pertinente analyse critique de la désignation de « réduction » appliquée à quelques villages amérindiens sous la gouverne des jésuites de Nouvelle-France, dont le plus important aura été Sillery.

Note critique

      C'est à Paul Lejeune que nous devons les quatre occurrences désignant le Paraguay dans les écrits de la Nouvelle-France, trois dans les RJNF (dans sa Relation de 1632, JR, 5: 32, sur « le père d'un jeune homme des Paraquais »; dans sa Relation de 1637, JR, 12: 220; et sa Relation de 1638, JR, 15: 126) et une fois encore dans sa correspondance (MHNF, 4: 55) — et chaque fois avec l'orthographe « Paraquay ». L'évocation est généralement liée à la patience qu'il faut avoir vis-à-vis des conversions en Nouvelle-France et les espoirs qu'on place en la Huronie. Le mot « réduction » ne vient apparemment jamais dans les RJNF ni sous la plume de Lejeune (cf. « Mission colonies (reductions) » à l'index de Thwaites, JR, 73: 45). Or, c'est à la supposée « réduction » de Sillery que les historiens associeront le phénomène. Takao Abé étudie très minutieusement la question, pour en venir à la conclusion qu'il s'agit d'une très vague comparaison... de l'historiographie, qui ne correspond à aucun projet missionnaire des jésuites.

      Si l'on voulait prolonger et confirmer l'analyse de Takao Abé, on pourrait recourir à l'ouvrage de Guillermo Furlong, Misiones y sus pueblos de Guaranies (Posadas, imprimerie Lumicop [pour les jésuites de la province de Misiones], 2e éd., 1978, 791 p.). On y verra vite combien T. Abé a raison, tant il est évident que les réductions du Paraguay n'ont jamais eu aucun équivalent en Nouvelle-France et sont sans aucun rapport avec le petit village de Sillery.

      Reste une question toute simple. Paul Lejeune désigne « la Relation de ce qui se passe au Paraquais » (JR, 12: 220). À remarquer la coquille « Paraquais », qui se trouve bien dans le titre de l'ouvrage :

Jacques Rançonier (1600-1636), Relation des insignes progrez de la religion chrestienne, faits au Paraquai, province de l'Amerique meridionale, & dans les vastes regions de Guair & d'Uruaig, nouvellement découvertes par les peres de la Compagnie de Jesus, és années 1626 & 1627 envoyée par le père Nicolas Durán au général Vitelesci, traduite du latin (parue à Anvers, 1636) au français, Paris, Sébastien Cramoisy, 1638, xi-163 p. [2599

La reprise du titre en tête du texte porte correctement « Paraguai », mais à première vue la coquille fait la preuve que Lejeune désigne bien cet ouvrage.

      Or, la désignation de l'ouvrage dans la Relation de 1637 soulève une question difficile. Cette Relation du « Paraquai(s) » est bien de 1638 : l'Avertissement en tête de l'ouvrage désigne deux fois 1637 comme l'« année dernière ». En revanche, l'Approbation du provincial Estienne Binet est datée du 22 décembre 1635. Pour que Lejeune puisse avoir connu l'ouvrage au plus tard au printemps 1637, il faut imaginer qu'il en ait reçu une copie manuscrite. Or, chez les jésuites du XVIIe siècle, cela est fort plausible. Mais l'explication peut être plus simple. Lejeune devait savoir que l'ouvrage était en cours de traduction, mais avait en main l'original latin, qui porte lui-aussi la coquille sur sa page de titre !

[Jacques Rançonier, édité par Nicolás Durán-Mastrilli], Litterae annuae provinciae Paraquariae (sic) societatis jesu..., Antverpiae, Joannis Meursil, 1636, 168 p. [2600

      À la lecture de cet état présent de 1627, énumérant les missions jésuites d'Argentine et d'Uruguay, personne ne peut avoir une idée concrète de ce qu'étaient les réductions du Paraguay, qui s'étaient pourtant développées depuis un siècle à ce moment. Puisque c'était la « source » de Paul Lejeune, on peut présumer qu'il n'en savait donc rien. D'ailleurs, les ouvrages historiques commencent à peine à paraître (en espagnol) à ce moment : la Conquista espiritual [...] del Paraguay d'Antonio Ruiz de Montoya paraît en 1639. Mais il faudra attendre le XVIIIe siècle pour que l'on ait une idée concrète de ce qu'avaient été les réductions, soit par exemple la publication des oeuvres manuscrites de José Cardiel : la Carta y relación de las misiones del Paraguay (1747), par exemple; voir la réédition de la réécriture de cet ouvrage et l'introduction d'Héctor Sáinz Ollero : José Cardiel, « Breve Relation... », sous le titre las Misiones del Paraguay, Madrid, Historia 16, 1989, 205 p.

2014, FERRARO, Alessandra, « les Récits personnels de Marie de l'Incarnation ou De l'écriture autobiographique détournée », Francofonia (Florence), vol. 34 (no 1), no 66, p. 177-191. [2601

      L'article comprend une étude de la réécriture de la lettre de Marie Guyart-Martin de l'Incarnation sur la mort de Marie de Saint-Joseph (au printemps 1652, Oury, lettre 140, p. 436-473) par Paul Lejeune au chapitre 10 de la Relation de 1652 de Paul Ragueneau (JR, 38: 68-164). Cf. no 2562.

2015, LOPENZINA, Drew, « Le Jeune dreams of moose : altered states among the Montagnais in the Jesuit Relations [sic] of 1634 », Early American Studies (University of Pennsylvania), vol. 13, no 1, p. 3-37. [2602

      Le rêve (impératif) amérindien tel qu'il est présenté par Champlain, puis analysé par Lejeune dans sa Relation de 1634. Le surtitre de l'article vient d'un épisode (largement humoristique) où le Lejeune oppose au rêve funeste de Mestigoït (qui annonce la famine, la maladie et la mort du missionnaire) celui qu'il a fait peu de jours auparavant où il voyait deux originaux, annonçant donc le succès de la chasse ! (JR, 7: l18). Cela dit, l'étude du rêve est largement le prétexte d'une lecture critique de la relation, voire d'une critique de l'entreprise civilisatrice du missionnaire.

2016, LE BRAS, Yvon, « Du Canada aux "Îles de l'Amérique" et à la "Terre Ferme" : l'Amérindien dans les Relations des jésuites Paul Lejeune, Jacques Bouton et Pierre Pelleprat », Textes missionnaires dans l'espace francophone, vol. 1, Rencontre, réécriture, mémoire, éd. de Guy Poirier, Québec, Presses de l'Université Laval, viii-184 p., p. 7-21. [2603

      Rapprochements, sur la figure de l'Amérindien, entre les relations de Paul Lejeune et la Relation de la Martinique (1635) de Jacques Bouton (Paris, Cramoisy, 1640, rééd. de Y. Le Bras et R. Ouellet, PUL, 2012) et la Relation (1651-1654) de Pierre Pelleprat (Paris, Cramoisy, 1655, rééd. dirigée par R. Ouellet, PUL, 2009).

2017, DEROME, Robert, les Portraits du père jésuite Paul Le Jeune, confusions et conversions... < rd.uqam.ca/LeJeune/ >. [2604

      « Portraits de Le Jeune, confondus avec Régis, convertis en Charlevoix gauche, en charlevoix droite, puis en Marquette ! ». Une formidable aventure iconographique qui commence avec la gravure de Paul Lejeune par René Lochon en 1665.

2017, LAFLÈCHE, Guy, Paul Lejeune, missionnaire de Nouvelle-France, le premier linguiste et grammairien de l'innu, Laval, Singulier, 320 p. [2605

2017, LE BRAS, Yvon, « "Hiverner avec les Sauvages..." : la mission volante de Paul Lejeune, premier supérieur jésuite de Québec », l'Errance au XVIIe siècle, « Errances en Nouvelle-France », articles sélectionnés du 45e colloque de la North American Society for seventeenth-century french literature (Québec, 4-6 juin 2015), édition de Lucie Desjardins, Marie-Christine Pioffet et Roxanne Roy, Biblio 17, vol. 216, 472 p., p. 71-116, p. 89-96. [2606

      Relance et illustre à nouveau les conclusions de l'étude de G. Laflèche en tête de son édition de la Relation de 1634 en 1973 (bg 1018).

Leroux, Valentin (5.2.33)

2016, BROUÉ, Catherine, « le Premier Établissement de la foy, une oeuvre collective supervisée ? étude de la réécriture d'un passage de l'Histoire du Canada », Études littéraires, « Autour de Gabriel Sagard », éd. de M.-C. Pioffet, vol. 47, no 1, p. 77-96. [2607

      Le texte le plus drôle jamais paru dans le domaine des études littéraires sur la Nouvelle-France. Le plus désolant ? Mais non, il faut garder le moral et savoir rire.

      L'article, comme on va le lire ci-dessous, ne concerne pas l'Histoire du Canada, puisque l'extrait choisi ne correspond à aucun passage du Premier Établissement. Pire encore, Catherine Broué ne pouvait mener l'étude proposée par le titre de son article sans que son point de départ ne soit la section que Serge Trudel consacre à Sagard comme source du Premier Établissement dans son étude de genèse : chap. 2, « Les sources de l'information événementielle », section 1.2, « L'Histoire du Canada de Gabriel Sagard (1636) » (bg 1058, p. 111-117). S'agissant du sujet à l'étude, ces conclusions devaient nécessairement être reprises pour pouvoir être développées. Bref, voilà un inutile exercice de scolastique, le commentaire de texte, à mille lieues de la recherche scientifique. En revanche, les « hypothèses » vraiment farfelues qu'on trouve dans ce pensum doivent être vivement dénoncées. L'expérience montre, particulièrement dans les études littéraires de la Nouvelle-France, que ce sont souvent les idées les plus sottes qui se répandent le plus vite !

      Il faut aller plus loin et dénoncer cette propagande moliniste (je m'amuse !) qui fait la promotion d'un obscur traité sur la prédestination d'un certain Hyacinthe Lefebvre. Une scandaleuse horreur. Voici par exemple deux titres impies, du Discours quatrième du traité : « Dieu veut prédestiner tous les hommes » (p. 81) et « Dieu fournit aux hommes les moyens nécessaires à leur prédestination » (p. 84). Manifestement, Catherine Broué nous présente le plus candidement du monde une belle et vieille dissertation savante qui ne faisait pas la différence entre le Père Éternel et le Père Noël. De très nombreuses âmes sensibles pourraient aujourd'hui être victimes de cette pensée, on ne peut plus néfaste, digne des Soldats du Christ, qui n'avaient pas encore compris que Jésus avait ordonné à Pierre de remettre son épée au fourreau. On doit tous être scandalisés de ce comportement immoral de Catherine Broué. Cela dit, le moment de la grâce victorieuse de l'intelligence de la pensée janséniste n'est pas encore venu pour elle et nous devons prier que la Divine Miséricorde ne lui tienne pas rigueur de son aveuglement. Serge Trudel et moi, dans Un janséniste en Nouvelle-France, disons-le, quod debuimus facere facimus : servi inutiles sumus.

Note critique

      Catherine Broué ignore les conclusions établies depuis pas moins de quinze ans sur le Premier Établissement de la foi de Valentin Leroux et tripote les anciens travaux de Raphaël Hamilton de 1976 ! (ce n'est pas d'hier : bg 1057), pour nous présenter à nouveau un « ouvrage collectif »... Mais tout cela, et bien d'autres idées vraiment surprenantes, se greffe sur une non-étude. En effet, on a d'un côté deux éditions synoptiques en annexe, qui n'ont tout bonnement pas lieu, d'où découlerait un « commentaire de texte » sur les supposés « rapports » entre l'Histoire du Canada (HC) et le Premier Établissement de la foi (PEF). Or, ces textes ne concordent pas du tout. Il faut se reporter à la thèse de Serge Trudel (bg 1058, p. 264), qui fait autorité dans le dépouillement des sources du PEF (ici, vol. 1, p. 30-35), pour savoir que la source de l'extrait n'est pas Sagard, mais le militaire anonyme qui a préparé pour Valentin Leroux le mémoire intitulé Histoire chronologique de la Nouvelle-France (HCNF, bg 128). La conclusion de Serge Trudel est claire et nette et ne fait aucun doute : la source de ce passage du premier chapitre du premier volume de PEF étudié ici est, je cite, « HCNF, p. 88-92 ». C'est clair, il me semble. L'HC n'a absolument rien à faire en l'occurrence. Et on ne manquera pas d'être surpris de trouver dans le second annexe de l'article la source de l'extrait du PEF édité dans... le premier annexe ! Bref, cet article n'a pas sa place dans un recueil consacré aux oeuvres attribuées à Gabriel Sagard, puisque Catherine Broué choisit un extrait de PEF dont l'HC n'est pas la source, alors même que Serge Trudel a déjà identifié très précisément les nombreux passages du PEF dont l'HC est justement la source ! Le sujet de l'article se trouve donc là, dans cette thèse, que C. Broué n'a pas su utiliser adéquatement.

      Oh ! ce n'est pas tout. Non seulement cet article n'a aucune valeur parce qu'il est mal informé, mais il est de lui-même une remarquable entreprise de désinformation. Commençons par l'HCNF dont il vient d'être question, car il s'agit de l'affabulation la plus follement délirante de l'article. On sait que ce manuscrit avait été intempestivement attribué au récollet Sixe Le Tac par Eugène Réveillaud en 1888, ce qui est d'autant plus surprenant que le mémoire destiné à Valentin Leroux est très volontairement et explicitement anonyme, tandis que l'auteur s'identifie clairement comme un militaire en poste à Québec au cours de l'hiver 1689. La préface toute simple présente la situation sous le titre « Lettre de l'auteur à un de ses amis ». Comme le manuscrit se trouve aux Archives des récollets de Saint-Denys à Versailles, Réveillaud s'est convaincu qu'il devait être l'oeuvre d'un récollet (ce que dément la lecture du texte). Lorsqu'il lit, en tête de la Lettre, que « le pays est stérile en affaires de guerre dont je fais profession »..., il écrit (p. 1, n. 1) « la phrase est ingénieusement calculée pour faire croire que l'auteur de l'histoire était un officier de l'armée... » ! Cela dit, tout le monde a droit à l'erreur et nous sommes en 1888. Voilà « une petite mise en scène pouvant faire croire qu'un militaire en est l'auteur », réécrit avec la plus belle naïveté Catherine Broué, en 2016 ! (p. 83). Oui, en 2016 ! C'est à mourir de rire, puisque l'on sait depuis longtemps, très longtemps, qu'aucun récollet ne peut avoir rédigé ce mémoire, c'est impossible; il s'agit d'un manuscrit, d'un manuscrit anonyme ! alors pourquoi la désignation de la profession de l'auteur serait-elle une « mise en scène » ? Non seulement il n'y a aucune raison de reprendre l'« hypothèse » justifiée de Réveillaud, en 1888, en ce qu'il croyait, lui, connaître le véritable auteur du mémoire, Sixe Le Tac. Mais, aujourd'hui, en 2016, évidemment, il ne s'agit plus d'une hypothèse, mais d'une toute simple faute d'attribution. Maintenir aujourd'hui (en 2016, il faut le répéter ! tant cela est hallucinant) la justification d'une hypothèse qu'on sait totalement fausse est évidemment risible. R-i-s-i-b-l-e. Nous sommes ici dans un exercice d'humour blanc, un sommet encore jamais atteint dans les études littéraires sur la Nouvelle-France.

      L'HCNF est l'oeuvre d'un militaire de Québec, qui tient à l'anonymat, pour des raisons qui apparaissent évidentes à la lecture du manuscrit, manuscrit destiné à Valentin Leroux, qui en fera le canevas du premier tome de son PEF. Catherine Broué ne sait pas cela ? N'importe quel lecteur du Janséniste en Nouvelle-France le sait.

      Mais il n'y a pas que la rigolade. Catherine Broué doit être plus sévèrement corrigée encore sur un autre point qui, celui-là, ne relève pas de l'anachronisme, mais de la (mé)connaissance. Elle s'est en effet mise en frais d'étudier une question relative au jansénisme dont elle n'a manifestement aucune idée. Tout le monde ne peut pas avoir étudié sérieusement la pensée janséniste et personne n'est forcé de comprendre quelque chose à l'essai qui s'intitule justement Un janséniste en Nouvelle-France, ouvrage qui expose pourtant très précisément la pensée janséniste de Valentin Leroux. Sa pensé s'exprime et dans une lettre de lui publiée par Chrestien Leclercq dans sa Nouvelle Relation de la Gaspésie (NRG), lettre de 1679, et dans son PEF de 1691. L'affaire est aussi simple qu'amusante, pour ne pas dire hilarante. Catherine Broué nous sort un ouvrage de Hyacinthe Lefebvre intitulé Traité de la prédestination ou Extraits du livre de vie contenant les moyens nécessaires pour être du nombre des Bienheureux (Paris Thierry, 2 vol., 1678 et 1679), ouvrage qui « présente un vocabulaire commun avec certains passages » du PEF ! (p. 85). On trouvera des dizaines, des centaines d'ouvrages sur la prédestination et il sera très difficile de ne pas leur trouver un « vocabulaire commun » ! Et d'en citer des extraits au hasard pour bien nous montrer que Valentin Leroux s'inspirait certainement de cet ouvrage, s'agissant de deux récollets ! En plus, on pouvait s'y attendre, ses commentaires des extraits du livre de Lefebvre montrent qu'elle ne comprend pas les textes qu'elle cite, exactement comme Leclercq ne comprenait pas la Lettre de Leroux qu'il recopiait... D'ailleurs les « commentaires » de Catherine Broué sont souvent assez difficiles à suivre. Il suffit de poser simplement les thèses en présence. L'ouvrage de Lefebvre sur la prédestination est contradictoire avec la pensée janséniste dès son titre. Pour un janséniste, il n'y a, par définition, aucun « moyen » de se porter au nombre des élus, s'agissant d'une prérogative exclusivement divine. Il faudrait travailler à sa « Prédestination » pour éviter la « Réprobation » ? L'un des plus extraordinaire moyen proposé par Lefebvre est de recourir... à l'intersession de la Sainte Vierge ! Vous imaginez un instant le grand Arnauld, Pascal et notre Leroux adeptes des chapelets en rosaires ? Du point de vue janséniste, l'ouvrage de notre bon père Lefebvre est évidemment une épouvantable niaiserie. Et, pour nous, tout l'intérêt est là : la pensée janséniste de Valentin Leroux est contradictoire avec celle de son confrère Hyacinthe Lefebvre, alors qu'elle est posée dans sa lettre de 1679, éditée dans la NRG en 1691, puis développée dans son PEF, toujours en 1691. Et cette réflexion est d'une remarquable originalité, puisque jamais la pensée janséniste n'avait encore été appliquée aux missions, aux missionnaires; elle est aussi de toute beauté; et, enfin, elle n'a aucun rapport avec aucun traité sur la « prédestination », notamment celui de Lefebvre qui n'a rien de janséniste.

      L'article de Catherine Broué prouve, avec une magistrale naïveté, qu'elle ne comprend rien à tout cela. Voilà bien la preuve que l'ignorance peut être donnée à tous (comme la grâce efficace des molinistes !) et qu'on doit toujours se méfier de ses prétentions.

      Nous sommes ici en face d'un piètre amalgame qui multiplie les affabulations. Exemples ? Lefebvre a publié deux de ses ouvrages à Lyon, la seconde édition du PEF en 1692 se fait à Lyon, quelle coïncidence ! même s'il s'agit de trois éditeurs différents (p. 85). « Or, voici que l'attribution du [PEF] à Valentin Le Roux [sic] perd tout à coup de sa pertinence » : et vous ne savez pas pourquoi ? parce que « l'hypothèse voulant que Valentin Le Roux, auteur incontesté de sa lettre dans l'ouvrage tout aussi incontesté de Chrestien Leclercq, soit également l'auteur incontestable des deux tomes du [PEF] ne peut tenir si la lettre attribuée à Le Roux dans Leclercq n'est pas de Le Roux ! » (p. 86-87). Vous n'avez pas compris ! Relisez ! Vous ne comprendrez pas plus. En vérité, les concepts « de grâce et de prédestination » dans le PEF ne sont pas « jansénistes par essence » (p. 87), comme on le voit à leur expression dans le livre de Lefebvre et C. Broué de nous citer un passage de la lettre de Leroux « parfaitement congruent avec les concepts exposés par Hyacinthe Lefebvre » (p. 87). Conclusion : « en bref, les thèmes traités chez Lefebvre pourraient avoir servi à la rédaction de la "lettre de Le Roux" » (p. 87). Mais on ne saurait en conclure que Lefebvre est en fait l'auteur du PEF, car Leroux pourrait « avoir eu l'occasion de compulser [sic] l'ouvrage » de Lefebvre avant la rédaction de PEF (p. 87), qui est, sachez-le, une oeuvre collective (p. 88). Etc. Nous sommes en plein délire.

      Cela dit, dans toute cette bouillie pour les chats molinistes, il faut en venir à l'essentiel, car on se trouve donc devant exactement trois situations caractéristiques. Celle du récollet janséniste (Leroux) et celle du récollet moliniste (Lefebvre), puis celle du bon père Leclercq et de Catherine Broué qui ne comprennent absolument rien à ces questions de polémiques théologiques.

      Mais revenons-y, et lourdement, puisqu'il faut ici faire preuve de nécessaire pédagogie. Catherine Broué trouve donc un bel extrait des Extraits (bis) de Lefebvre qui distingue fort bien nos grâces « efficace » et « suffisante ». Je vous recopie l'extrait du bon père Lefebvre cité par notre belle âme, Catherine Broué : « Quoy que Dieu donne sa grâce à toutes les âmes, ce n'est pas en la mesme manière, sa grâce assiste autrement quand elle est offerte que quand elle est reçue, car lors que Dieu offre sa grâce elle assiste en inspirant, lors que l'homme l'accepte, elle assiste en coopérant, elle nous inspire sans nous, mais elle ne nous aide pas sans nous. Ainsi quand elle inspire elle s'appelle prévenante, excitante & suffisante. Quand nous coopérons, elle se nomme convertissante, effective & efficace » (Broué, p. 85-86, Lefebvre, 1: 274, dans son fameux chapitre « De la grâce efficace avec un coeur persuadé » !). Et Catherine Broué, qui n'a jamais lu les Provinciales (ou n'y a rien compris), de faire dans la nuance : « La marge, toutefois, est mince entre la prédestination janséniste et la conception de la prédestination telle que l'explicite Lefebvre, approuvée par Rome » ! (p. 86, « approuvé par Rome » !). Non, ce n'est pas du tout une pure sottise ni l'expression spontanée d'une rare ignorance : c'est tout bonnement un bel effort d'oecuménisme... C'est à mourir de rire, évidemment : un sommet d'humour blanc. Catherine Broué ne se doute pas que la « grâce efficace » est une absurdité, pour les jansénistes, et notamment pour Valentin Leroux, s'agissant de la grâce d'être damné, selon le bon mot du Grand Arnould. Catherine Broué n'a aucune idée de ce qui constitue la pensée janséniste. Elle ne peut en voir la radicale expression par Valentin Leroux dans sa lettre de 1679 et son livre de 1691, ce qui prouve pourtant hors de tout doute que les deux textes sont de la même main.

      Comme on dit couramment, « ouf ! il y en a qui ne comprennent rien à rien ». Redisons-le, peut-être sera-t-on enfin compris : la grâce « convertissante, effective & efficace » du pauvre et naïf Hyacynthe Lefebvre, c'est une monstruosité qui n'a aucun sens. Non ! aucun Indien ne sera jamais converti, comme le croient les jésuites qui se prennent pour Dieu le père, sans que Dieu, le vrai Dieu, intervienne en leur faveur. Il faut attendre le moment de sa grâce. C'est pourtant simple, élémentaire et facile à comprendre. Valentin Leroux est le seul et unique « missionnaire » qui a osé l'écrire et deux fois, en 1689 et 1691. Et tout cela a été expliqué en long et en large dans Un janséniste en Nouvelle-France en 2003...

Léry, Jean de (5.2.34)

      On ne trouve répertoriés ici que les travaux portant sur le récit de voyage au Brésil. Je suppose toutefois que les spécialistes du récit (1578) de son Voyage (en 1556-1558) ne manqueront pas de s'intéresser à toutes les oeuvres de l'auteur, dont son Histoire mémorable de la ville de Sancerre (1574). Ils se reporteront, par exemple, aux travaux récents de la traductrice de l'oeuvre en italien, Bruna Conconi.

2011, BRUYÈRE, Vincent, « Postcolonial Display / early modern disguise : looking back at the Savage », Display and disguise, éd. de Manon Mathias, Maria O'Sullivan et Ruth Vorstman, Bern, Peter Lang, (coll. « Modern French Identities », no 95), 227 p., p. 67-85. [2608

*2011, CÔTÉ, Sébastien, « Roman historique et réécriture de Léry au Goncourt en passant par Ruffin » [J.-C. Rufin, Brésil rouge, Gallimard, 2001], les Réécrivains : enjeux transtextuels dans la littérature moderne d'expression française, Bern, Lang (coll. « Littérature de langue française », no 17), vi-234 p., p. 23-37. [2609

2011, LESTRINGANT, Frank, « l'Iconographie de l'Histoire d'un voyage faict en la terre du Bresil (1578-1611) de Jean de Léry : sources et fortunes », le Livre du monde, le monde des livres, mélanges en l'honneur de François Moureau, éd. de Gérard Ferreyroller et de Laurent Versini, Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, 1168 p., p. 717-755. [2610

      Les cinq belles et simples gravures, très homogènes, de la première édition 1578), les trois nouvelles, aussi complexes que frustres, de la seconde édition (1580).

*2011, SILVER, Suzan K., « Cannibalism, nudity, and nostalgia : Léry and Lévi-Strauss revisit Brazil », Studies in travel writing, vol. 15, no 2, p. 117-133. [2611

2012, HOULLEMARE, Marie, « Justice et éthique dans les récits de voyage français en Amérique au XVIe siècle », Éthique et droit, du Moyen Âge au siècle des lumières, éd. Bénédicte Boudou et Bruno Méniel, Paris, Classiques Garnier, 378 p., p. 89-101. [2612

2012, PIOFFET, Marie-Christine, « Dialogisme et relation de voyage : premiers éléments de réflexion tirés des écrits de Jacques Cartier et de Jean de Léry », le Livre du monde, le monde des livres, mélanges en l'honneur de François Moureau, éd. de Gérard Ferreyroller et de Laurent Versini, Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, 1168 p., p. 701-715. [2613

      Étude thématique de la parole et de la langue autochtones dans les relations des voyages de Cartier et l'Histoire de Léry.

2013, LAJARTE, Philippe de, « Une écriture à hauts risques : l'Histoire d'un voyage en terre du Brésil de Jean de Léry », Réforme, humanisme, renaissance, vol. 39, no 76, p. 87-105. [2614

      « Écriture à hauts risques » ? L'auteur n'explique jamais cette expression dans son article et il faudrait en deviner le sens, à une toute petite allusion. Le scientificité et la modernité de l'Histoire tiendraient à l'observation et à l'expérience, dont il faudrait aller au-delà.

2015, YANDELL, Cathy, « Cannibalism and cognition in Jean de Léry's Histoire d'un voyage », Memory and community in sixteenth-century France, éd. David P. LaGuardia, Farnham, Ashgate, ix-267 p., p. 187-204. [2615

2016, LESTRINGANT, Frank, Jean de Léry ou l'Invention du sauvage : essai sur l'« Histoire d'un voyage faict en la terre du Bresil », Paris, Classiques Garnier (coll. « Études et essais sur la Renaissance », no 62), 333 p. [2616

      Troisième édition. L'ouvrage a paru en 1999 (no 2160) et avait été réédité en 2005 (no 2204).

Lescarbot, Marc (5.2.36)

2006, KING, Donovan, Sinking Neptune (A dramaturgical toolbox), Montréal, Optative Theatrical Laboratories (Radical dramaturgy unit), 54 p. — Notamment « Dramaturgical analysis », p. 4-30. Suivent la traduction d'Eugene et Renate Benson (In colonial Quebec : french-canadian drama, 1606-1966, éd. Anton Wagner et Richard Plant, vol. 4, Canada's lost plays, 1982, p. 38-43) et la reproduction de l'édition critique de Bernard Émont (no 1257) [2617

2011, CHAPMAN, Sara, « Chroniques du nouveau monde : histoire des colonies françaises selon Marc Lescarbot », Lendemains de guerre civile : réconciliations et restaurations en France sous Henri IV, édition de Michel de Waele, Québec, Presses de l'Université Laval, réimp. Paris, Herman, 2015, 266 p., p. 163-191. [2618

2013, WRIGHT, Kailin, « Politicizing difference : performing (post)colonial historiography in le Théâtre de Neptune en la Nouvelle-France and Sinking Neptune », Studies in canadian literature / Études en littérature canadienne, vol. 38, no 1, p. 7-30. [2619

      Relecture critique de la pièce inaugurale de Lescarbot (1606) par le Montreal's Optative Theatrical Laboraties, Sinking Neptune, spectacle créé le 14 novembre 2006 (Optative.net). Relecture critique développée par l'auteur. Revue de presse de la performance (Dean List, the Daily New; Michael Posnet, the Globe and mail; Carolyn Sloan, NovaNewNow.com, etc., voir le site de l'OTL).

2014, PIOFFET, Marie-Christine, « Marc Lescarbot, Histoire de la Nouvelle-France (1609) », Monuments intellectuels de la Nouvelle-France et du Québec ancien : aux origines d'une tradition culturelle, éd. Claude Corbo, Presses de l'Université de Montréal, 2014, 396 p., p. 23-34. [2620

2014, TRUE, Micah, « Strange Bedfellows : Turks, Gauls, and Amerindians in Lescarbot's Histoire de la Nouvelle-France », French Review, vol. 87, no 4, p. 139-151. [2621

2016, LACHANCE, Isabelle, « Guerre, lettres et devenir historique de la Nouvelle-France dans la Défaite des Sauvages armouchiquois de Marc Lescarbot », Tangence, no 111, p. 131-142. [2622

2017, LIGNEREUX, Yann, « Une errance fondatrice aux origines de la Nouvelle-France ? les leçons d'un égarement dans l'Histoire de la Nouvelle France de Marc Lescarbot », l'Errance au XVIIe siècle, « Errances en Nouvelle-France », articles sélectionnés du 45e colloque de la North American Society for seventeenth-century french literature (Québec, 4-6 juin 2015), édition de Lucie Desjardins, Marie-Christine Pioffet et Roxanne Roy, Biblio 17, vol. 216, 472 p., p. 71-116, p. 73-88. [2623

      L'article se mérite bien un mauvais jeu de mot : l'errance en question est si difficile à suivre qu'on se demande, finalement, quel est le sujet de l'article.

Millet, Pierre (5.2.38 tertio)

1998, SAINT-ARNAUD, Daniel, Pierre Millet en Iroquoisie au XVIIe siècle : le sachem portait la soutane, Québec, Septentrion, 204 p. [2624

Pierron, Jean (5.2.40 tertio)

2012, FINET, Thibault, Jean Pierron (1631-1700), missionnaire, diplomate et peintre en Amérique, Université de Montréal, mémoire de maîtrise en histoire, ix-161 p. [2625

      Le missionnaire jésuite, en Nouvelle-France de 1667 à 1678, a mené son apostolat auprès des Agniers. Célèbre pour ses dessins et ses peintures, il l'est encore plus pour ses « explorations » de la Nouvelle-Angleterre, notamment pour l'avoir visitée en habits civils, ce qui nous vaut ce commentaire savoureux de son supérieur, Claude Dablon, dans sa Relation de 1674 : à Boston, « quoiqu'il fût travesti, on se doutait pourtant bien qu'il était Jésuite à cause de la science peu commune qu'il faisait paraître » ! (JR, 59: 72).

      Thibault Finet en propose une biographie fort bien documentée, dont le résultat est étonnant du point de vue des vocations et de la mission personnelle des jésuites dans la colonie française. Le mémoire édite en effet en annexe les pièces documentaires à la source du travail, dont les lettres de Pierron (qui avaient été rassemblées par le jésuite Henri Béchard en 1959). Or c'est la première de ces lettres (p. 117-118, original latin traduit par Valérie Gamache), adressée au général Goschwin Nickel, à Rome, le 13 janvier 1662), qui présente le projet du jeune séminariste encore à ses études de théologie. Il a fait voeu de venir onze ans en mission auprès des Amérindiens... de la Nouvelle-Angleterre (avant de s'imaginer en Virginie dans sa lettre suivante ! mais le général lui ordonne de renoncer à ce second projet, comme au premier d'ailleurs). Pourtant, onze ans en mission, avec l'objectif de mener son apostolat en Nouvelle-Angleterre, c'est exactement ce qu'il fera, à peu près, sans aucun résultat, il faut dire, du point de vue du « projet » en question, puisque c'est en Nouvelle-France qu'il aura laissé sa marque. On ne connaît aucun projet personnel d'aucun autre missionnaire aussi bien réglé dans toute l'histoire des jésuites de Nouvelle-France.

2016, HARINEN, Julie, « Jean Pierron et les dernières années d'un projet "civilisateur" », Catherine Tekakwitha et la peinture missionnaire : stratégies de conversion en Nouvelle-France au XVIIe siècle, mémoire de maîtrise en histoire de l'art, Université de Montréal, 2016, x-112 p., chap. 1, p. 11-45. [2626

2016, HEBBINCKUYS, Nicolas, « les Échos de Marc Lescarbot dans l'oeuvre de Gabriel Sagard », Études littéraires, « Autour de Gabriel Sagard », éd. de M.-C. Pioffet, vol. 47, no 1, p. 23-37. [2626a

Ragueneau, Paul (5.2.44)

2016, CARSON, James Taylor, « Brébeuf was never martyred : reimagining the life and death of Canada's first saint », the Canadian historical review, vol. 97, no 2, p. 222-243. [2627

      Le surtitre de l'article est trompeur, car l'auteur ne prend nullement en considération la canonisation de Brébeuf (1930) en regard du récit inaugural de Ragueneau (1649). Et il en va de même du titre : l'article ne présente aucune réinterprétation de « la vie et la mort » du missionnaire, sinon en traduisant en anglais les réalités et les conceptions amérindiennes. Et les traductions sont forcément approximatives, à peu près comme cela se lit dans le roman de Joseph Boyden.

Note critique

      Bizarre réécriture de la « vie » et de la « mort » de Brébeuf sous les traits d'Echon, son nom huron, comme « Arbre médicinale ». L'auteur ne doit pas savoir lire le français ni maîtriser ses sources historiographiques pour écrire que « in 1988, Guy LaFlèche (sic) celebrated Brébeuf's "heureuse mort" at the hands of "quelques Infidèles", while a 1993 biography [par René Latourelle] asked whether or not Brébeuf was a "superman" » (p. 226). Triplement ridicule. D'abord, les fragments cités ne sont pas de Guy Laflèche, mais de son édition de la relation de 1649 de Paul Ragueneau ! (SMC, 3: 58-59, cité par notre savant historien p. 227, n. 5). Ensuite, il ne connaît évidemment pas le compte rendu critique de Laflèche, en 1996 (!), du livre de René Latourelle (« Victime du supplice du feu au XVIIe siècle, le missionnaire Jean de Brébeuf n'est pas un martyr », bg 684). Enfin, du point de vue historiographique, il ne fait pas la différence entre le point de vue « hagiographique » des historiens du Canada français du XIXe siècle, et jusqu'en 1950, et celui, « ethnologique », des historiens canadiens du XXe siècle, dont la caractéristique principale a été de s'ignorer mutuellement.

      La partie centrale de l'article est de l'ordre de l'affabulation d'une biographie du missionnaire en Huronie, à partir de son nom huron, dans le cadre d'une rêverie ethnologique qui tourne autour de la pensée magique des Wendats, pour conclure assez vaguement, que les missionnaires jésuites étaient des « colonisateurs », comme si, par définition, convertir n'était pas christianiser, européaniser et civiliser. En revanche, la première et la dernière partie de l'article présentent respectivement l'attaque iroquoise de Taenhatentaron, au matin du 17 mars 1649, et les supplices de Jean de Brébeuf et de Gabriel Lalemant, qui se déroulent au cours de l'après-midi (Lalemant ne mourra que le lendemain). Ces deux textes sont dignes de Joseph Boyden (the Orenda, Toronto, Hamish Hamilton, groupe Pinguin Canada, 2013), aussi bien du point de vue du contenu mythofictif que de leur style romanesque, la narration accumulant les invraisemblances, .

      Si le romancier J. Boyden nous a inventé, parmi bien d'autres fantaisies (car j'ai beaucoup apprécié les hosties empoisonnées par le missionnaire désespéré, chap. [26], « This is my body, which is for you », p. 459-462), a inventé, donc, un guerrier huron qui épouse (de sa propre autorité) sa captive iroquoise, dont il a massacré les parents, ce qui peut se justifier dans un roman populaire, J. T. Carson imagine que l'armée de « mille » guerriers « Mohawks and Senecas » (sic) comprend des femmes, des épouses et des soeurs (sic)... pour faire la cuisine ! Une armée tapageuse que les habitants du village de Taenhatentaron n'ont même pas entendu venir, ces imprudents n'ayant pas eu la bonne idée européenne de poster des sentinelles...

      En plus, ce discours est appuyé d'avalanches de « références » disparates à la toute fin de chacun des cinq premiers alinéas, et de nombreuses autres, ce qui n'a aucun sens dans un exposé scientifique. Et le discours en question est parsemé de belles reformulations en anglais de noms supposés amérindiens. Exactement comme dans le roman de Joseph Boyden.

      Et la Canadian historical review de frapper la page couverture du numéro d'une belle reproduction de la gravure de Huret sur la carte de Bressany en 1657.

Récollets, écrits des récollets de Nouvelle-France (5.2.44 tertio)

2004, GODDARD, Peter, « Two kinds of conversion ("medieval" and "modern") among the Hurons of New France », the Spiritual conversion of the Americas, éd. de James Muldoon, University Press of Florida, viii-273 p., p. 57-77. Voir no 2462. [2628

      On comprend tout de suite, évidemment, que la pensée médiévale est celle des récollets, tandis que les jésuites seront les modernes. Le problème qui se pose toutefois, c'est que les récollets n'ont jamais eu de mission huronne comparable à celle des jésuites. Joseph Le Caron accompagne Champlain en Huronie durant l'hiver 1615-1616. Après cette « mission exploratoire », la mission huronne des récollets est lancée en 1623; les jésuites s'y joignent en 1626; et cette mission prend fin en 1629. Au total, le personnel missionnaire récollet se résumera aux séjours de Le Caron (1623-1624), Viel (1623-1625), Sagard (1623-1624) et La Roche d'Aillon (1626-1628). Cela n'a aucune commune mesure avec la mission jésuite qui se développera sur plus de 15 ans (1635-1650) et comptera des dizaines de missionnaires. De plus, le Grand Voyage, avec son « dictionnaire » huron, et l'Histoire du Canada ne se comparent pas aux RJNF sur la Huronie (d'ailleurs très peu utilisées ici). Bref, la présentation de l'« attitude missionnaire » des récollets en Huronie, idéaliste, opposée au pragmatisme des jésuites conduit à une cascade de questions forcément sans réponse.

2009, KAUPP, Dorothée, « "Nos premiers missionnaires" : l'histoire des récollets dans les ouvrages franciscains au Canada (XIXe-XXe siècle) », Études d'histoire religieuse, vol. 75, p. 25-38. [26229

2017, LAFLÈCHE, Guy, « Comme les interprètes, les récollets ont baragouiné l'innu durant dix ans », Paul Lejeune, missionnaire de Nouvelle-France, le premier linguiste et grammairien de l'innu, chap. 3, « Le baragouinage », Laval, Singulier, 320 p., p. 77-105. [2630

Sagard, Gabriel Théodat (5.2.47)

2013, GOMEZ-GÉRAUD, Marie-Christine, « Entre savoir expérimental et science livresque... », cf. no 2479. [2631

2014, BEAULIEU, Alain, « Gabriel Sagard, le Grand Voyage du pays des Hurons (1632) », Monuments intellectuels de la Nouvelle-France et du Québec ancien : aux origines d'une tradition culturelle, éd. Claude Corbo, Presses de l'Université de Montréal, 2014, 396 p., p. 65-74. [2632

2016, BROUÉ, Catherine, « le Premier Établissement de la foy, une oeuvre collective supervisée ? étude de la réécriture d'un passage de l'Histoire du Canada », Études littéraires, « Autour de Gabriel Sagard », éd. de M.-C. Pioffet, vol. 47, no 1, p. 77-96. [2633

      Article sans aucun intérêt pour l'étude des oeuvres attribuées à Gabriel Sagard. Voir le no 2607.

2016, CÔTÉ, Sébastien, « "Du reste il nous apprend peu de choses intéressantes" : des (in)fortunes littéraires de Gabriel Sagard », Études littéraires, « Autour de Gabriel Sagard », éd. de M.-C. Pioffet, vol. 47, no 1, p. 129-144. [2633a

      Poursuit de manière très pertinente le dépouillement d'Alain Beaulieu (ci-dessus, 2014) des références aux oeuvres attribuées à Sagard dans les travaux du XVIIIe siècle (par Bayle, Locke, Lafitau, Buffon, par exemple). Prolonge également l'étude de Stéphanie Girard (2016, ci-dessous) sur la réception de ces ouvrages dans les histoires littéraires.

2016, GIRARD, Stéphanie, « Gabriel Sagard dans les histoires du Canada après la Conquête : une réception ambivalente », Études littéraires, « Autour de Gabriel Sagard », éd. de M.-C. Pioffet, vol. 47, no 1, p. 109-128. [2634

      Bien entendu, défoncer des portes ouvertes, ce n'est pas très spectaculaire. En revanche, prouver l'évidence, qui n'avait donc pas besoin de preuve, cela peut-être gratifiant, si l'on s'adresse à des lecteurs qui n'en savent rien. Bref, les historiens jésuites, Ducreux, Charlevoix, jusqu'à Campeau (qui n'occupe pas la place qui lui revient ici) ignorent, voire dénigrent les oeuvres attribuées à Sagard; au contraire, les historiens de l'« épopée mystique », lui font une bonne place; tandis qu'il prendra la vedette chez les ethno-anthropologues, du moins avec le Grand Voyage. Tout le monde sait cela.

Note critique

      L'article commence toutefois sur deux fausses notes.

      En introduction, Stéphanie Girard parle du Premier Établissement de la foy dans la Nouvelle-France de Valentin Leroux (qu'elle attribue explicitement à Chrestien Leclercq !), ouvrage, déclare-t-elle pourtant, « dont la paternité demeure contestée » (p. 109). Contestée par qui ? C'est Serge Trudel qui a découvert que Valentin Leroux était l'auteur du PEF, dans sa thèse de 1997 (bg 197). Guy Laflèche et S. Trudel ont ensuite consacré un essai à cette découverte spectaculaire, l'étudiant de plusieurs points de vue (études de sources, statistique lexicale, bibliographie matérielle et sa source d'inspiration janséniste) : Un janséniste en Nouvelle-France, en 2003 (no 2104). Depuis, personne, absolument personne, n'a contesté cette découverte extrêmement importante dans l'historiographie de la Nouvelle-France. Cette « paternité » n'a donc jamais été contestée depuis près de vingt ans; affirmer le contraire, ce n'est pas vrai, c'est soit de l'ignorance, soit de la désinformation (malveillante), ou les deux.

      Par ailleurs, contrairement à ce que laisse croire le titre de son ouvrage (Historiae Canadensis, seu Novae Franciae), Francois Ducreux n'a jamais eu l'intention de rédiger une histoire du Canada (« auteur de la première histoire de la Nouvelle-France en latin » !), ni une histoire des missions de la Nouvelle-France, mais bien une histoire de la mission jésuite dirigée à partir de Québec, qui commence en 1625. Dans sa « Préface », il dit quelques mots de la mission jésuite d'Acadie, puis de celle des récollets de Québec. « L'histoire des missions de la Nouvelle-France commence réellement pour lui en 1625, avec l'arrivée des premiers jésuites » (p. 109, n. 2). C'est faux. C'est l'histoire des missions jésuites (je souligne !) de Nouvelle-France qui commence en 1625, à Québec, ce qui est incontestable, incontestablement vrai.

2016, HEBBINCKUYS, Nicolas, « les Échos de Marc Lescarbot dans l'oeuvre de Gabriel Sagard », Études littéraires, « Autour de Gabriel Sagard », éd. de M.-C. Pioffet, vol. 47, no 1, p. 23-37. [2635

      L'auteur ignore que les sources du Grand Voyage (mais pas de l'Histoire) ont été identifiées et étudiées par Ugo Piscopo dans sa traduction italienne commentée du Grande Viaggio nel paese degli Huroni en 1972 (bg 71), rapprochements qui ont été plagiés et édulcorés par un assistant de recherche pour se retrouver dans l'édition de la « Bibliothèque québécoise » (1990), mais dont Jack Warwick (pourtant co-auteur, avec Réal Ouellet, de cette édition commentée) n'a tenu aucun compte dans son édition critique (1999).

      Un état présent des études de sources du Grand Voyage devrait donc tenir compte du chapitre « le Fonti dell'opera » (p. 81-93, analyse qui se poursuit au fil de l'annotation), qui caractérise la réécriture de Lescarbot par Sagard, sans compter celle de Cartier, Champlain et... Jean de Léry ! par les deux auteurs.

2016, MURVAI, Peter, « "Qui harangue le mieux est le mieux obey" : la parole "sauvage" dans l'Histoire du Canada de Sagard », Études littéraires, « Autour de Gabriel Sagard », éd. de M.-C. Pioffet, vol. 47, no 1, p. 65-76. Cf. no 2480. [2636

2016, PARÉ, François, et Sarah Reilly, « Indices de l'enfance et de la filiation dans les écrits ethnographiques de Gabriel Sagard » (étude des chapitres 12 et 13 du Grand Voyage), Études littéraires, « Autour de Gabriel Sagard », éd. de M.-C. Pioffet, vol. 47, no 1, p. 51-64 [2637

2016, PIOFFET, Marie-Christine, « Gabriel Sagard, l'insoumis : une archéologie d'une historiographie polémique », Études littéraires, « Autour de Gabriel Sagard », éd. de M.-C. Pioffet, vol. 47, no 1, p. 39-50. [2638

2016, POIRIER, Guy, « Charlevoix, lecteur de Sagard », Études littéraires, « Autour de Gabriel Sagard », éd. de M.-C. Pioffet, vol. 47, no 1, p. 97-107. [2639

      Le lecteur de l'analyse ne manquera pas de s'interroger : et si les critiques de Charlevoix vis-à-vis de Sagard, et même des récollets en général, étaient justifiées ? L'auteur, lui, ne se pose jamais la question.

Staden, Hans (5.2.48 tertio)

      Le récit de Hans Staden sur ses deux séjours au Brésil et sur sa captivité chez les Tupinambas accompagne et précède les relations de la « Nouvelle-France » du Brésil, notamment celles de Thevet et de Léry. L'impact de cette publication (et de son iconographie) a été tel qu'il est nécessaire d'en tenir compte dans la chronologie des premières relations de voyage au Brésil.

      Les études ethno-anthropologiques sur les Tupinambas (et les tribus apparentées, amies ou ennemies) sont nombreuses. Voir la bibliographie de J.-P. Duviols, no 1302. J'enregistre ici les analyses susceptibles de se rapprocher des études littéraires (essentiellement à partir de l'article de Patricia Gravatt).

1991, NEUBER, Wolfgang, Fremde Welt in europäischen horizont : zur topik der deutschen amerika-reiseberichte des frühen neuzeit, Berlin, Schmidt. [2640

1995, MENNINGER, Annerose, Die Marcht der Augenzeugen : Neue Welt und kannibalen-mythos (1492-1600), Stuttgart, Steiner. [2641

1996, MENNINGER, Annerose, « Hans Stadens "Wahrhaftige Historia" : zur genese eines bestsellers des reiseliteratur », Geschichte in Wissenschaft und unterricht, vol. 47, no 9, p. 509-526. [2642

      « On ne s'intéresse pas ici à établir si Staden est réellement l'auteur de l'ouvrage qu'il signe. Un certain nombre de critiques pensent que [Johannes] Dryandet [1500-1560], professeur de médecine à Marbourg et auteur de la préface du livre de Staden, serait l'auteur du récit de voyage ». Voir les travaux de Neuber et de Menninger désignés ci-dessus. Note de P. Gravatt, 2008, p. 264, n. 3. Par ailleurs, A. Menninger présente un dépouillement des sources d'Hans Staden. Voir plus bas l'article de 2001.

1999, GASIOR, Bonnie, « Stereotype and religion as theorical strategies in Hans Staden'Verdadera Historia de un país de salvajes : desnudos, feroces, y caníbales », Romance Languages Annual, vol. 10, p. 595-599. [2643

2008, GRAVATT, Patricia, « les Voyages de Hans Staden au Nouveau Monde », Écrire des récits de voyage (XVIe-XVIIIe siècles) : esquisse d'une poétique en gestation, actes du colloque de York University (Toronto) organisé par M.-C. Pioffet et Catherine Broué, édition de Marie-Christine Pioffet, avec la collaboration d'Andreas Motsch, Québec, Presses de l'Université Laval, 638 p., p. 263-277. [2644

2000, WHITEHEAD, Neil L., « Hans Staden and the cultural politics of cannibalism », Hispanic American Historical Review, vol. 80, no 4, p. 721-751. [2645

      Le titre rend bien compte de l'objet de l'article, présentant le cannibalisme sous l'angle d'une pratique, voire d'une politique culturelle. Voir toutefois l'article suivant, en ce qui concerne l'évaluation de l'Histoire véritable.

2001, SCHMÖLZ-HÄBERLEIN, Michaela, et Mark Häberlein, « Hans Staden, Neil L. Whitehead, and the cultural politics of scholarly publishing », Hispanic American Historical Review, vol. 81, nos 3-4, p. 745-751. [2646

      Cette virulente critique de l'article de Neil L. Whitehead est en même temps une présentation des travaux d'A. Menninger dont l'auteur (qui prépare avec son collègue Michael Harbsmeier une nouvelle édition et une nouvelle traduction anglaise du récit de Staden) n'a tenu aucun compte, en plus de présenter Staden comme le premier écrivain sur les Tupinambas.

Thevet, André (5.2.50)

2015, MASSON, Peter, « André Thevet, Pierre Belon and Americana in the embroideries of Mary Queen of Scots », Journal of the Warbury and Courtauld Institutes (London), vol. 78, p. 207-221. [2647

      Pierre Belon du Mans, l'Histoire de la nature des oyseaux, Paris, 1555; Thevet, ses Singularités, Paris, 1558... Voilà des gravures américaines qui se retrouvent dans les broderies de la reine d'Écosse ! Premier exemple illustré (p. 210-211) : le toucan, oiseau d'Amérique. « Illustration » des rapports entre la France et l'Écosse, où Thevet joue un rôle important, à travers un réseau de nombreux contacts diplomatiques.

Thiboult, Thomas (5.2.50 bis

2016 DOUTRELEPONT, Charles, « Pour une célébration mariale de 1711 : deux cantiques de jésuites sur un air d'opéra », Textes missionnaires dans l'espace francophone, vol. 1, Rencontre, réécriture, mémoire, éd. de Guy Poirier, Québec, Presses de l'Université Laval, viii-184 p., p. 55-81. [2648

Villette, Louis de (5.2.52)

2016 DOUTRELEPONT, Charles, « Pour une célébration mariale de 1711 : deux cantiques de jésuites sur un air d'opéra », Textes missionnaires dans l'espace francophone, vol. 1, Rencontre, réécriture, mémoire, éd. de Guy Poirier, Québec, Presses de l'Université Laval, viii-184 p., p. 55-81. [2649


I n d e x
du supplément II

Index rerum — ci-dessous
Index nominum

Index rerum

      Baron, Denis - 2488.
      Bégon, Élisabeth - 2489.
      Biard, Pierre - 2489a-2491, 2577b.
      Boucher, Pierre - 2492.
      Brébeuf, Jean de - 2457 [5], 2493-2495.
      Carheil, Étienne de - 2464a [5].
      Cartier, Jacques, voyages de, par Jehan Poullet - 2457 [2], [3] et [5], 2499-2505.
      Cavelier de La Salle, Robert - 2506.
      Champlain, Samuel de - 2457 [3] et [4], 2507-2512.
      Charlevoix, Pierre-François-Xavier de - 2513-2514.
      Chauchetière, Claude - 2459, 2515.
      Chaumonot, Joseph-Marie - 2516.
      Colomb, Christophe - 2457 [4].
      Denys, Nicolas - 2457 [4].
      De Paw, Cornelius - 2517.
      Dollier de Casson, François - 2517a.
      Guyart, Marie Martin de l'Incarnation - 2457 [2], 2518-2571.
      Hennepin, Louis - 2572-2575.
      Jésuites, RJNF - 2457 [3], [4] et [5], 2576-2586.
      Jésuites, Lettres édifiantes et curieuses - 2587.
      Jogues, Isaac - 2577b, 2587a.
      La Brosse, Jean-Baptiste de - 2588.
      Lafitau, Joseph-François - 2589-2590.
      Lahontan, Louis Armand de Lom d'Arce, baron de - 2457 [4], 2591-2593.
      Lebeau, Claude - 2594-2595.
      Le Brun, Laurent - 2464a [4].
      Leclercq, Chrestien - 2457 [4].
      Lejeune, Paul - 2457 [2], 2596-2606.
      Leroux, Valentin - 2607.
      Léry, Jean de - 2457 [2] et [4], 2608-2616.
      Lescarbot, Marc - 2617-2623.
      Millet, Pierre - 2624.
      Monet, Philibert - 2577b.
      Pierron, Jean - 2459, 2625-2626.
      Ragueneau, François - 2577b.
      Ragueneau, Paul - 2627.
      Récollets - 2628-2630.
      Sagard, Gabriel Théodat - 2457 [5], 2631-22577b639.
      Staden, Hans - 2640-2646.
      Thevet, André - 2457 [4], 2647.
      Thiboult, Thomas - 2648.
      Villette, Louis de - 2649.

Index nominum

B    C    D    E    F    G    H    I    J    K    L    M    N    O    P    Q    R    S    T    U    V    W    X    Y    Z   

   Abé, Takao - 2598.
   Abramson, Julia - 2466 [9].
   Adour, Paul - 2526.
   André, Louis - 2435a.
   Andrès, Bernard - 2597.
   Anonyme (homme de métier) - 2409.
   Archéotec - 2456.
   Artogilas, Florence - 2441.
   Azoulai, Martine - 2461.

   Baillargeon, Samuel - 2525, 2567.
   Bapst, Patrick - 2478b et 2587a.
   Barbeau, Thierry - 2465 [2] ou 2551.
   Baron, Denys - 2406.
   Beaulieu, Alain - 2440 [4] ou 2632, 2450.
   Bélanger, Hélène - 2548.
   Benoit, Pierre - 2421.
   Béreau, Stéphanie - 2450.
   Bernier, Marc André - 2442, 2468.
   Berthiaume, Pierre - 2428, 2440 [8] ou 2513 2464 [8] ou 2592 2468 [5] ou 2490.
   Boisset, Louis Félix - 2536.
   Boisvert, Aurélien - 2487.
   Bonesso, Amandine - 2558-2559, 2566, 2568, 2570.
   Bouchard, Pierre - 2407.
   Boucher, Pierre, sieur de Grosbois - 2421-2422.
   Boyden, Joseph - 2465, 2465 [1] et [3], 2552-2553, 2627.
   Brodeur, Raymond - 2465, 2465 [1] ou 2552, 2465 [3] ou 2553.
   Broué, Catherine - 2424, 2464, 2466 [7] ou 2572, 2468 [4] ou 2572, 2469 [6] ou 2607 et 2633, 2471 [3],2552 2575, 2506, 2573-2575.
   Bruyère, Vincent - 2554, 2608.
   Bustarret, Marie-Caroline - 2465 [4] ou 2554.

   Cahill, Donald - 2505.
   Caillot, Marc-Antoine - 2429.
   Campeau, Lucien - 2408, 2413, 2463, 2491.
   Cardiel, José - 2600.
   Carr, Thomas M., Jr. - 2412.
   Carson, James Taylor - 2498 et 2627.
   Castillo, Susan - 2477.
   Chabot, Marie-Emmanuel - 2523, 2527, 2535.
   Chafe, Wallace - 2457.
   Chalmers, Teri F. - 2429.
   Champagne, René - 2465 [5], 2550.
   Champlain, Samuel de - 2416-2418.
   Chapman, Sara - 2618.
   Chevalier, Yves - 2465.
   Clair, Muriel - 2466 [10] ou 2495.
   Cook, Peter - 2449.
   Corbo, Claude - 2440.
   Côté, Sébastien - 2410 ou 2466 [3], 2466, 2466 [1], 2469 [9] ou 2633a 2470 [4], 2609.
   Cottier, Jean-françois - 2464a ou 2478a [6], 2478a, 2478a [1].
   Couillard, Marie - 2533.
   Courville, Louise - 2407.
   Cuzin, Henri - 2520.

   Dapsi, Patrick - 2478b.
   Derome, Robert - 2604.
   Desbarats, Catherine - 2440 [3] ou 2578.
   Desjardins, Lucie - 2471.
   Deslandres, Dominique - 2440 [5] ou 2560, 2546-2547.
   Dionne, Fannie - 2436.
   Donato, Clorinda - 2442, 2468.
   Doutrelepont, Charles - 2405-2406, 2466, 2666 [4] ou 2488, 2470 [2] ou 2648, 2649.
   Dragon, Antonio - 2443.
   Dubois, Paul-André - 2472.
   Ducreux, Francois - 2634.
   Dunn, Mary - 2561, 2571.

   Englebert/a>, Robert - 2448.
   Ertler, Klaus-Dieter - 2468 [3] ou 2517, 2579.

   Ferraro, Alessandra - 2555, 2562 ou 2601, 2563, 2567.
   Finet, Thibault - 2625.
   Fortin, Daniel - 2423.
   François Touati - 2465.
   Freidel, Nathalie - 2569.

   Gallucci, John A. - 2464a [3].
   Gasior, Bonnie - 2643.
   Gelléri, Gábor - 2464, 2594.
   Giguère, Herman - 2541.
   Girard, Stéphanie - 2469 [8] ou 2634.
   Goddard, Peter A. - 2462, 2577, 2628.
   Goff, Benjamen Noah - 2510.
   Goldsmith, Elizabeth C. - 2544.
   Gombervaux, Colette - 2537.
   Gomez-géraud, Marie-Christine - 2479, 2503, 2631.
   Gröne, Maximilian - 2549.
   Gravatt, Patricia - 2644.
   Grégoire, Vincent - 2401, 2564.
   Greonwald, Erin M. - 2429.
   Guyart-Martin, Marie, soeur de l'Incarnation - 2419-2420.

   Hébert, Léo-Paul - 2588.
   Harinen, Julie - 2515, 2626.
   Hatzfeld, Helmut-Antony - 2524.
   Hebbinckuys, Nicolas - 2415, 2469 [2] ou 2626a et 2635.
   Hennepin, Louis - 2424-2425.
   Holz, Grégoire - 2470 [3] ou 2584.
   Horguelin, Christophe - 2422.
   Houllemare, Marie - 2612.
   Huetz, Christian - 2426.
   Hugolin, Stanislas Lemay - 2406.

   Jaenen, Cornelius J. - 2445.
   Jésuites, les RJNF - 2430-2433.
   Jetté, Fernand - 2523b.
   Julie, Harinen, - 2459.

   Kaupp, Dorothée - 26229.
   Kettler, Andrew - 2460.
   King, Donovan - 2617.
   Klein, Joseph - 2521.
   Knowles, Nathaniel - 2444.

   Labelle, Kathryn Magee - 2453-2455, 2493.
2497.
   Laborie, Jean-Claude - 2486.
   Lachance, Isabelle - 2408, 2414, 2464, 2468 [2] ou 2491, 2622.
   Laflèche, Guy - 2434-2435, 2469, 2574, 2517a, 2605, 2627, 2630, 2634.
   Lajarte, Philippe de - 2614.
   Lalemant, Jérôme - 2419, 2438.
   Latourelle, René - 2627.
   Laux, Frédéric - 2426.
   Lawn, Katherine E. - 2433.
   LeBlanc, Léopold - 2477.
   LeBlanc, Ronnie-Gilles - 2427.
   Le Bras, Yvon - 2464 [5] ou 2098, 2470 [1]ou 2603, 2471 [2] ou 2606.
   Lebreton, Jules - 2523a.
   Leclercq, Chrestien - 2574, 2634.
   Lefebvre, Richard - 2475+2476.
   Lefebvre, Hyacinthe - 2607.
   Lefebvre, Richard - 2466 [2].
   Leibacher-Ouvrard, Lise - 2466 [8].
   Lejeune, Paul - 2434.
   Le Moyne de Longueuil, Marie-Élisabeth - 2411.
   Leroux, Valentin - 2424, 2574, 2634.
   Lescarbot, Marc - 2408, 2413-2415.
   Lestringant, Frank - 2610, 2616.
   Lignereux, Yann - 2471 [1] ou 2623, 2585.
   Litalien, Raymonde - 2499.
   Loew, Jacques - 2534.
   Lopenzina, Drew - 2602.
   Lortie, Jeanne d'Arc - 2403.
   Lüsebrink, Hans-Jürgen - 2442, 2468, 2468 [8] ou 2478.

   Marteison, Peter - 2494 ou 2501 ou 2508.
   Masson, Peter - 2647.
   Maura, Juan F. - 2504.
   Melançon, Robert - 2440 [7] ou 2589.
   Melzer, Sara E. - 2439, 2468 [1] ou 2580, 2482-2483, 2586.
   Mengoli, Michela - 2539-2540.
   Menninger, Annerose - 2641-2642.
   Meuwese, Mark - 2462 [1].
   Michel, Robert - 2531, 2542.
   Monet, Philibert - 2489a.
   Montoya, Antonio Ruiz de - 2600.
   Morissonneau, Christian - 2507.
   Motsch, Andreas - 2464.
   Muldoon, James - 2462.
   Muriel, Clair - 2458, 2495.
   Murvai, Peter - 2469 [5] ou 2480, 2636.

   Nardout-Lafarge, Élisabeth - 2567.
   Nepveu, Pierre - 2567.
   Neuber, Wolfgang - 2640.
   Nicolas, Louis - 2423.

   O'Brien, Peter - 2464a [4].
   Ouellet, Réal - 2423-24, 2440 [6] ou 2593, 2457 [4], 2464, 2469, 2591, 2596.
   Oury, Guy-Marie - 2530, 2532, 2543.

   Paré, François - 2469 [4] ou 2637, 2470 [5] ou 2476, .
   Peace, Thomas - 2455.
   Penido, Maurílio Teixeira-Leite - 2518.
   Perron, Paul - 2494.
   Pierre, Benoist - 2465.
   Pierson, Philippe - 2437.
   Pioffet, Marie-Christine - 2408, 2440 [1] ou 2414, 2464, 2466 [5] ou 2556, 2468 [6] ou 2581, 2469, 2469 [1], 2469 [3] ou 2638, 2471, 2481, 2484, 2502, 2512, 2613, 2620.
   Podruchny, Carolyn - 2493, 2457, 2457 [1].
   Poirier, Guy - 2466 [11] ou 2587, 2467, 2469 [7] ou 2514 et 2639, 2470.
   Pouliot, Adrien - 2443.
   Prioul, Didier - 2473.

   Radisson, Pierre-Esprit - 2425.
   Rançonier, Jacques - 2600.
   Raudot, Antoine-Denis - 2428.
   Regnard Duplessis de Sainte-Hélène, Marie-Andrée - 2411.
   Reilly, Sarah - 2469 [4].
   Reilly, Sarah - 2637.
   Renaudin, Paul - 2519.
   Requmora-gros, Sylvie - 2485.
   Rétif, André - 2528.
   Richter, Daniel K. - 2576.
   Robert, Sylvie - 2538.
   Robitaille, Georges - 2522.
   Rochemonteix, Camille de - 2428.
   Roy, Roxanne - 2471.

   Sáinz Ollero, Héctor - 2600.
   Sabard, Marie-Hélène - 2418.
   Saint-Arnaud, Daniel - 2624.
   Salvucci, Claudio R. - 2430-2433.
   Sanday, Peggy Reeves - 2446.
   Sanfaçon, André - 2516.
   Schiavo, Anthony P. - 2431.
   Schmölz-Häberlein, Michaela - 2646.
   Schweitzer, Ivy - 2477.
   Sébastien, CÔTÉ, - 2474+2476.
   Senior, Nancy - 2423.
   Silver, Suzan K. - 2611.
   Smart, Patricia - 2489, 2565.
   Smeesters, Aline - 2464a [5].
   Steckley, John L. - 1435/2436, 2437, 2451-2452, 2480.
   Stueck, Adam - 2447.

   Tanguay, Jean - 2450.
   Teasdale, Guillaume - 2448.
   Thérien, Gilles - 2457 [3].
   Thiboult, Thomas - 2404.
   Thierry, Éric - 2416,, 2440 [2] ou 2511.
   Thiry, André - 2529.
   Thwaites, R. G. - 2463.
   Tremblay, Mylène - 2457 [4], 2464.
   Trépanier, Anne - 2466 [6] ou 2557.
   Trudel, Marcel - 2585.
   Trudel, Serge - 2469, 2574, 2634.
   True, Micah - 2402, 2463, 2582-2583, 2621.
   Turner Bushnell, Amy - 2462 [2].
   Tusseau, Jean-Pierre - 2509.

   Valenzuela Márquez, Jaimes - 2462 [3].
   Vallée, Andréanne - 2468 [7] ou 2590 et 2595, .
   Vanasse, Claudie - 2545.
   Villette, Louis de - 2405.
   Voutron, Gédéon Nicolas de - 2426.

   Warkentin, Germaine - 2457.
   Warwick, Jack - 2635.
   Westra, Haijo - 2464a [2].
   Whitehead, Neil L. - 2645.
   Wien, Thomas - 2422, 2492.
   Wright, Kailin - 2619.

   Yandell, Cathy - 2615.

   Zapata, Monicà - 2465.
   Zemon Davis, Natalie - 2457 [2].

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