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Ouverture, 11 mai 2016
En première page du journal, on peut
tous
lire, « Festival de Cannes : entre ombres et
lumières », ce mercredi 11 mai. En tout et pour
tout, une phrase très énigmatique justifie ce titre.
Toute l'introduction est consacrée à ce qu'on lit
aujourd'hui dans tous les journaux, à savoir que le Festival
est sous haute surveillance policière pour prévenir
tout attentat. Conclusion ? « Bienvenue dans le
merveilleux monde des manifestations culturelles post-attentats
dans
une France en état d'urgence [?]. Ça roulera
[sic]
entre ombres et lumières ».
Quel est le sens de cette phrase qui donne son
titre à l'article ? Une phrase qui n'a manifestement
aucun sens dans son contexte. Un petit fion poétique ?
Je ne sais pas trop.
On comprend : « Du 11 au 22 mai, on
vivra dans une bulle » ! C'est vrai, d'une certaine
façon. Quand est lancé le FFMM, à l'automne,
nous sommes des centaines à entrer en
« bulle », pour voir deux, trois, quatre films
par jour durant dix jours. Mais nous sommes des Montréalais
à Montréal, au Festival des films du monde de
Montréal. On n'est pas à Cannes, en France,
où
nous aurions tous autre chose à faire qu'entrer en bulle, il
me semble. Surtout que la journaliste nous renseigne très
sérieusement sur les exercices d'évacuation du Palais
des festivals, comme si nous entrions avec plaisir dans sa bulle,
qui
n'a pas grand chose de cinématographique, dans ce cas,
à ce que je sache.
L'affiche. Cela vous intéresse de
connaître l'affiche du festival ? Non ? C'est pas
vrai... Alors sachez que l'affiche est jaune et prise du
Mépris de Godard. Or, tenez-vous bien, or, or, le
Mépris était tiré d'un roman. La
savante
critique du Devoir nous dit lequel et développe son
papier en énumérant tous les films du festival qui
cette année sont tirés d'un roman. Or, or,
nous
aimerions savoir quel est le pourcentage des films dont le
scénario n'est pas tiré d'un roman. Je mets la mise
à 20% des films dont le budget dépasse cinq millions.
Mais nous avons droit à une belle
énumération.
Vient plus loin, une seconde
énumération géniale, celle des
réalisatrices. Trois en compétition, figurez-vous
(trois sur vingt-et-un). Mais ce n'est rien, en effet,
comparé aux cinéastes qui donnent la vedette à
des vedettes (« Ajoutez plusieurs cinéastes
masculins adorant filmer les femmes... », textuel). Et
là, bien entendu, c'est à mourir de rire. On a le
droit à l'énumération de toutes les actrices
de
tous les films, qui vont grouiller sur le fameux
« tapis » rose. Conclusion :
« l'ange du féminin planera sur
Cannes... ».
La journaliste nous rappelle à ses bons
souvenirs de Xavier Dolan et de Kim Nguyen. Elle nous apprendra
demain ce qui est actuellement dans tous les journaux, que le fils
Farrow-Allen a mis son grain de sel dans un texte d'opinion du
Hollywood Reporters, ce qui n'a pas perturbé la
conférence de presse du réalisateur à Cannes.
—— Le Devoir en fera-t-il un
événement de Cannes demain ?
« Festival de Cannes : Woody Allen, loué
et écorché »
Le Devoir, 12 mai 2016. Le quotidien
est un journal de Montréal.
Je l'ai dit, je le savais !
L'« affaire Woody Allen » fait la
première page du Devoir ce matin. Incroyable, mais
vrai. Lorsqu'on ne s'y arrête pas, on ne se rend pas compte
combien son journal quotidien peut être au-dessous de tout.
Le Festival de Cannes en première page pour la
deuxième journée, avec cette fois-ci l'affaire
« Woody Allen »...
Mais parlons cinéma. O. Tremblay
consacre à peine une colonne sur cinq, soit 10% à
Café Society. Non, même pas : elle nous
dit qu'à son avis, le film n'est ni bon ni mauvais, que
Woody Allen fait du Woody Allen (il se
répète !), que c'est un film « beau
à voir » (sic). Ah oui ! j'oubliais, elle
dit aussi qu'il s'agit d'une histoire d'amour entre une
secrétaire et « le neveu d'un agent d'artiste
hollywoodien ». Et de nous nommer deux ou trois acteurs.
Franchement, on regrette de ne pas être à Cannes pour
avoir vu le film.
Tout le reste n'est que potins. D'abord, le
présentateur Laurent Lafitte aurait fait des plaisanteries
douteuses comparant les situations de Polanski et d'Allen, question
allégations de moeurs sexuelles, et ensuite, toujours sur
cette même question, la répétition des
accusations du fils Ronan Farrow. Cela nous vaut d'ailleurs un bel
articulet de François Lévesque à ce sujet
(p. A10). Question : est-ce qu'il n'y aurait pas des
tribunaux, notamment aux États-Unis, pour traiter ces
accusations ? Est-ce bien à des « critiques
de cinéma » à nous entretenir d'autre chose
que d'un certain film intitulé Café
Society ? Bof ! « Mais qui peut
comprendre vraiment Woody Allen ? », « Qui
peut comprendre Woody Allen ? Ni nous ni lui ». Il
fallait vraiment se rendre à Cannes assister à sa
conférence de presse et lire les potins pour nous apprendre
un tel insondable (c'est le cas de le dire)
mystère ?
En fin du cahier
« Culture » (p. B10), on a droit à
une rallonge présentant le jury du festival. Avec la plus
honnête naïveté, la touriste à Cannes nous
dit que les membres du jury n'ont rien a nous dire, ne se
connaissant pas et ne sachant encore rien des films en
compétition. Elle n'en fait pas moins quatre colonnes sur
six, avec une belle photo de l'AFP. Cela dit, elle n'est pas
à Cannes pour rien. À propos de Donald Sutherland,
elle écrit, textuel : « un journaliste de
Toronto, qui lui demandait de parler du cinéma canadien, en
a pris pour son rhume » (12/05/2016, B10). On ne lit pas
souvent dans les médias pareilles informations.
Ah ! « On vous a entretenus
beaucoup, dit-elle, des services de sécurité accrus
cette année »... Qui ça ? Elle, dans
son papier d'hier ? Il paraît que « Cannes se
retrouve sur la ligne de partage des eaux » à
cause de la « sanglante actualité des derniers
mois ». La « critique
cinématographique » entendrait-elle devenir
« journaliste » ? Et de nous entretenir
des affaires d'Amazon et de Netfix. « A cannes, on
entend parler de tout ça... ». Est-il vraiment
nécessaire de nous en entretenir dans un journal de
Montréal ?
Demain, on parlera de Money
Monster de Jodie Foster, film hors compétition, dont il
est question dans la Presse ce midi, avec grande ovation
pour l'actrice Julia Roberts (qui a marché pieds nus sur le
tapis rose, figurez-vous !) et l'acteur George Clooney (belle
photo de l'AFP). Ou encore Virginie Efira, héroïne de
la comédie de Justine Triet ? Ou il sera question du
petit film de Bruno Dumont ? Avec tout de même deux
vedettes
(Fabrice Luchini et Juliette Binoche) à se
mettre sous la plume dans ce film, Ma loutre, tourné
dans le petit nord de la France, en Flandres.
« Festival de Cannes : George, Julia, Jodie et les
autres », 13 mai
Première page. Au Devoir, on
n'envoie pas les journalistes couvrir un événement
qui mérite la première page, c'est le contraire.
Quand O. Tremblay débarque à Cannes, cela donne
l'événement en première page.
Non, je ne l'avais pas deviné. Oui,
bien sûr, c'est le grand « événement
international » qui se trouve en première page du
Devoir, soit la présentation de Money Monster
à Cannes ou, plus précisément, le fait
qu'O. Tremblay ait assisté à la
conférence de presse qui a suivi la projection. Le film se
trouve actuellement sur nos écrans à Montréal
et Manon Dumais en rend compte dans ce numéro du journal
(p. B3). L'événement : l'acteur George
Clooney a déclaré que Donard Trump ne passerait
pas ! Tu parles. Voilà un événement
absolument extraordinaire et spectaculaire qui mérite la
première page.
Oups ! Une entrevue de François
Lévesque avec Stéphane Brizé (p. B3),
nous rappelle que son film présenté à Cannes
l'année dernière sera sur nos écrans
vendredi... Comme on le voit, O. Tremblay prend de l'avance.
Oui, bon, on l'a vu, Money Monster est déjà
ici. Ce qui nous rappelle que Cannes est une ville de France,
comme son festival, et qu'on est ici en Amérique. Le
Devoir n'a pas l'air d'être au courant.
Pour le reste, il est question de
« la sécurité partie en peur » et
de « toutes ces nouvelles mesures de
sécurité mises en place ». À Cannes
comme si vous y étiez.
Le Festival de Cannes fait toujours la première page,
14-15 mai
Pour la troisième fois, le Festival
fait la première page du Devoir. Mais pour la
première fois, le journal précise, et deux
fois : « notre journaliste est invitée
à Cannes par le Festival ». Première
nouvelle. Mais cela mérite bien qu'on accorde à ce
festival la première page trois jours de suite, qu'on en
fasse un événement.
On a droit à deux véritables
critiques cinématographiques. Il était temps.
Toutes deux très favorables, la première, en
première page, dithyrambique. Mais dans les deux cas, sans
la moindre critique, sans la plus petite réserve. Deux
chefs-d'oeuvre dans leur genre. La première porte sur le
film de Bruno Dumont : « si le jury demeure
insensible aux charmes de Ma loutre, ce sera pour cause
d'aveuglement et de surdité. Bientôt au
palmarès; on l'y espère du moins »
(p. A1-A12 - l'évocation de la
« surdité » est un clin-d'oreille
à la trame sonore, au bruitage du film). C'est le
premier film en compétition dont elle nous parle et
elle le voit déjà gagnant dans on ne sait quelle
catégorie... L'éloge est tel qu'on pourrait penser
qu'elle lui accorde déjà la Palme d'or... Il faut
dire qu'elle apprécie beaucoup les films de Bruno Dumont et
qu'elle a vraiment été séduite par celui-ci.
Même les acteurs, en conférence de presse, ont des
critiques et des réserves qu'elle n'accepte absolument pas.
Un chef-d'oeuvre d'humour burlesque. Aucune réserve non
plus pour le dernier film de Ken Loach (p. G8). Comme elle a
un an d'avance sur nous, ce sera long avant qu'on puisse
évaluer ces deux critiques. Pour l'instant, on peut
seulement constater que le mot « critique »,
dans le cas de ces deux véritables « critiques
cinématographiques », n'est évidemment pas
approprié.
Et encore le jour suivant, lundi 16 mai
Décidément, le Festival de
Cannes en aura pour son argent avec son
« invitation » de la journaliste. En
première page, donc, « Festival de cannes :
Mario Cotillard, ce paysage... » (je ne vous explique pas
le titre, même si ce serait très drôle).
Voulez-vous que je vous dise ? La journaliste aime beaucoup
la comédienne, elle a beaucoup aimé le film
également et elle espère « qu'il se fraiera
un chemin jusqu'à nos écrans ». C'est, en
première page, une critique du film et compte rendu de la
conférence de presse. Ensuite (p. B7), on a droit
à un autre papier qui commence par des
« cannoiseries » (comme les appelle son
sympathique alter ego dans la Presse, Marc-André
Lussier), puis l'éreintement de deux petits films, un court
métrage québécois et un film canadien, qui
doivent certainement le mériter.
Mais, faut le faire, la journaliste profite de
sa tribune pour, encore, ——
déblatérer contre le FFMM
——,
sans raison aucune, alors que les lecteurs du Devoir ratent
à nouveau la nouvelle. Misère.
Incroyable, mais vrai, encore la première page, mardi,
17 mai
Je ne m'y attendais vraiment pas, car la
sottise journalistique doit avoir des limites. Non. Le journal
publie encore aujourd'hui, première page, un article
d'O. Tremblay, sur-titre « Festival de
Cannes », avec encore et toujours une rallonge en pages
culturelles, la dernière page du journal.
« Un poète nommé Jim
Jarmusch ». Ouverture : « Le beau visage
de faune blanchi de Jim Jarmusch... ». Compte rendu de
son film et de sa conférence de presse. Si l'on comprend
bien, pour la plupart des journalistes, c'était une
réalisation vraiment plate, tandis qu'O. Tremblay a
beaucoup aimé un film où il a bien l'air de ne rien
se passer. Bon, oui, elle nous fait une petite critique
journalistique de l'affaire, donnant la palme au plus brillant de
ses acteurs, un certain Marvin. C'est vous dire à quel
niveau nous en sommes, en première page de notre quotidien
montréalais.
Pour la rallonge, après les potins de
rigueur, nous sommes plongés dans l'humour blanc. Je
suppose qu'on verra bientôt Loving de Jeff Nichols.
Le film raconte l'histoire du couple Richard et Mildred Loving,
l'histoire de citoyens qui ont dû se battre pour avoir le
droit de se marier, lui blanc, elle noire. Or, la critique du
Devoir disqualifie le film pour des raisons strictement
raciales, question de « casting » !
Figurez-vous que l'actrice Ruth Negga n'est pas noire correctement.
« Son visage tranche avec celui des interprètes
afro-américains qui l'entourent » :
« erreur de casting, trahison de la figure
historique qu'elle incarne » ! Dans mon esprit, un
acteur, un comédien, joue son rôle, quel qu'il soit,
et le comédien et le rôle. Il serait scandaleux
qu'une Éthiopienne puisse se permettre de jouer le
rôle d'une nègre américaine... Tu
parles ! Ce n'est pas croyable. « Dès le
départ, on a du mal à croire à sa naissance
dans ces champs de coton; son physique, même si la
véritable Mildred possédait aussi des racines
amérindiennes, jure avec celui de ses
proches ».
Et ce n'est pas tout. Notre journaliste
vedette à Cannes nous rapporte les propos suivant du
réalisateur, Jeff Nichols : « Les film qui
abordent le racisme tendent à s'enfermer dans la
pensée, alors que l'important, ce sont les gens qui le
vivent ». Peu importe son film, cette évaluation
est évidemment fort juste, s'agissant de présenter et
de représenter le racisme. Réplique
catégorique de la journaliste : « pas
convaincue, désolée » ! Peut-
être parce qu'une actrice irlandaise d'origine
éthiopienne ne saurait s'« ancrer » dans
le sol d'Amérique ? Cela me paraît
profondément raciste du strict point de vue
cinématographique. Voilà un film, une
comédienne, qui doit impérativement présenter
le bon profil racial. Malheureusement, les médecins nazis
ne sont pas là pour mesurer le faciès des acteurs
lors du « casting ». Faudrait y voir.
Ah ! j'oubliais. À la fin de ses
potins, en introduction (p. B10), la journaliste se demande si
l'on verra un jour ces films dont elle nous parle à
Montréal. « Patience ! »
écrit-elle. Et de nous faire la liste des élus.
Mais la bonne question n'est pas « si », mais
« quand ». La réponse : dans un an
(sauf pour les films états-uniens). Alors, quelle est
l'idée d'en encombrer la première page de son
journal un an d'avance ?
Le dernier film d'Almodóvar en première page, 18
mai
Le Devoir est devenu un promoteur du
cinéma, un fanatique des films présentés ce
printemps à Cannes. Tenterait-il de faire concurrence
à CTVM.info, le journal électronique de
référence des professionnels de l'audiovisuel
québécois ?
Oui, et en style d'Odile. Dans le
répertoire amusant où je joue à trouver les
« perles » en question publiées dans
le Devoir, on trouve plusieurs analyses des divers aspects
de ce style. Mais il y en a un que j'aurai l'occasion d'illustrer
avec les deux papiers qui paraissent, encore aujourd'hui, en
première page du journal et à sa toute
dernière (p. B10). Titres respectifs :
« Portrait du cinéaste en femme
brisée » et « L'étoile Kristen
Stewart ». La figure de style que je voudrais illustrer
est constante dans ces textes, alors que je ne la retiens jamais
parmi les perles. Ces perles, ce sont les incongruités,
c'est le cas de le dire, pour toute personne qui connaît son
français. L'un des sommets aura été ce
cinéma qui était « en panne de
stationnement », il suivait que les voitures était
en panne... de stationnement ! Bien entendu, l'expression
était sans faute, mais d'un comique dont la journaliste est
parfaitement inconsciente. « En panne de »
s'emploie en français pour « manquer
de ». Sauf que si tu l'emploies pour dire que les
voitures manquent de stationnement au cinéma Outremont, tu
veux faire une plaisanterie et on appréciera. Or, la
journaliste ne sait pas que son style prête à rire.
Depuis quelques années, elle a
heureusement cessé de faire des phrases fragmentées
et d'écrire avec le vocabulaire du titi parisien. C'est
déjà ça. Mais elle continue d'être la
seule journaliste au Québec à rédiger ses
papiers au passé simple ! Ce que j'ai l'occasion
d'illustrer aujourd'hui, c'est la vacuité. Cela consiste
à écrire des phrases ou des propositions, parfois de
long fragments, qui ont l'une ou l'autre ou les deux
caractéristiques suivantes : la
« belle » expression (nous somme dans le
style d'Odile) n'a absolument aucun sens ou/et exprime un
truisme. Illustration grammaticale brute : « un
film triangulaire », « un beau triangle
(amoureux) de trois côtés » et
« un film vraiment triangulaire par ses prises de vues,
la caméra subjective nous présentant successivement
le point de vue du mari, de l'épouse et de
l'amant ».
Cela se lit aujourd'hui avec la
première phrase des deux papiers. En première
page : « En personne, il paraît plus
touchant, plus fragilisé que jamais, avec une mine
d'inconsolé ». Tu parles ! On aimerait
mieux ne pas savoir qu'il s'agit du pauvre Pedro Almodóvar.
« Les festivals ne mangent pas que des paillettes et du
cinéma ». Ou là là ! comme
c'est bien dit. Mais c'est justement ça, la vacuité.
Le talent n'est pas donné à n'importe qui
d'écrire des niaiseries incompréhensibles. Tout
s'esspliquera dans la suite du texte ? La belle affaire.
Voici donc quelques exemples de cette figure
qu'on nommera tout simplement la vacuité stylistique :
c'est beau et cela ne dit rien, ou bien parce que c'est
incompréhensible ou bien parce que c'est un truisme. On y
va, et je numérote.
1. Voilà un réalisateur « qui se livre
en creux par la pellicule depuis plus de
40 ans » ((18/05/2016, A1).
2. Un film « sans le coup de poing, mais de jolies
choses, des décors merveilleux, une délicatesse sur
une ligne brisée, la solitude de l'abandon. La
caméra glisse, la musique habille le film, mille
détails renvoient à d'autres symboles, de nouvelles
références » (18/05/2016, A10).
— C'est pas beau ? J'apprécie surtout la
description technique : une caméra qui glisse et une
musique qui habille. Mais je dois dire que tout le fragment n'est
pas piqué des vers, notamment avec ces détails et ces
symboles et références, mille et autres !
Ça ne veut absolument rien dire, mais c'est très
beau.
3. « Ça prend une bonne histoire pour faire un
film » (18/05/2016, B10).
— Ça, c'est le triangle à trois (beaux)
côtés. Sauf que tous les films ne racontent pas des
histoires et que toutes les figures géométriques ne
sont pas des triangles. Aucune faute, aucune perle. Un simple
truisme s'appliquant à une histoire qui « part en
tous sens » !
4. Voici des films qui « abordent le fossé entre
un monde intérieur et la déshumanisation
ambiante » (18/05/2016, B10).
5. Voici un « film crépusculaire percé de
lumières tenaces » (18/05/2016, B10).
6. Voici « une oeuvre émouvante pétrie de
sens » (18/05/2016, B10).
— Comme on dit en anglais familièrement à
Montréal : wauw ! car c'est l'illustration
vivante de la figure, des expressions « pétries de
sens ».
Là-dessus, vous êtes vraiment
intéressés à savoir que le dernier film de
Pedro Almodóvar vient d'être projeté au
Festival de Cannes et que la vedette Kristen Stewart s'est
pavanée deux fois sur le tapis rose ? Non, c'est ce
que je pensais. C'est tout de même amusant. Après
tout, la figure de la vacuité stylistique s'appliquerait
peut-être aussi à un journal et à ses
articles ?
Dans ses « Cannoiseries »
quotidiennes à la Presse, Marc-André Lussier
nous parle du prochain film de Lars Von Tier. Et cela s'appelle,
si je ne me trompe pas, une « nouvelle »
journalistique.
Enfin une première page qui est appropriée, 19
mai
Deux films québécois sont
à Cannes. Juste la fin du monde de Xavier Dolan en
compétition et Two lovers and a bear de Kim Nguyen
aux représentations de la Quinzaine des réalisateurs.
Sauf, peut-être, l'ouverture du festival, avec le film de
Woody Allen, c'est la première fois que la première
page est appropriée pour rendre compte des Cannoiseries.
Au Devoir, à Montréal, au
Québec, il faut rester dans de justes proportions. La
première page quotidienne dévolue au Festival de
Cannes durant une semaine, ce n'était pas
exagérée, mais stupide. Il est bien possible que ce
soit une toute simple forme de l'effet historique du colonialisme,
les Québécois étant toujours à la
remorque de leur « mère patrie », comme
les « maudits Français » ont
été si longtemps ici « aux
colonies ». Est-ce que l'Academy Awards et ses
« Oscars » font tous les jours du festival la
une du Devoir ? Le journal est pourtant publié
en Amérique. Que la compétition états-unienne
ne fasse pas sa une quotidienne est évidemment tout à
fait normal, on a d'autres choses à produire en
première page. Mais le Festival de Cannes...
Personnellement, je regrette
beaucoup que le Devoir n'ait pas deux journalistes à
Cannes, car O. Tremblay est manifestement
débordée et n'a pas été
capable de rendre compte correctement des deux
films et de leur réception. Pour la réception,
c'était incomparablement mieux rendu à la
télévision de Radio-Canada, par exemple, ou à
la Presse, il me semble.
Cela dit, on se doutait que le nonours de
Nguyen ferait craquer O. Tremblay et que les actrices
françaises de Dolan, moins excitées que des
Québécoises, la laisseraient
« mitigée ». Mais je dois dire que l'on
ne s'attendait vraiment pas à ce que le film de Dolan soit
présenté comme une « oeuvre de
maturité » ! Un quatrième film d'un
réalisateur né en 1989 ? Tu parles !
C'est pourtant son titre, sérieux, « Juste la
fin du monde, un huis clos émouvant ».
Chapeau : « Le dernier film de Xavier Dolan est une
oeuvre de maturité » (p. B10). Le moins que
l'on puisse dire est que le papier coiffé de ce titre n'est
vraiment pas une oeuvre de maturité...
Comme le Devoir a mis les steppettes
(« petits soubresauts sans
intérêt », généralement de
personnes maladivement émotives) du Festival de Cannes en
première page, jour après jour, Nguyen et Dolan ne
valent aujourd'hui ni plus ni moins que rien d'autre. La
Presse réserve à Xavier Dolan un traitement
incomparablement plus approprié. — Article
d'Éric Moreault en une du Soleil, et pour Dolan et
pour Nguyen.
Première page et couverture encore justifiées, 20
mai
Il ne fait pas de doute que des saboteurs sont
encore à l'oeuvre. Deux articles, deux perles. Depuis une
semaine, les chapelets comptaient douze, voire vingt grains
quotidiennement. Il ne s'agit pas là d'un hasard, car en
plus quelques bourdes d'hier sont explicitement corrigées,
ce que seule O. Tremblay pouvait faire. Bref, la journaliste est
aujourd'hui appuyée par toute une équipe qui
rédige, reprend et corrige ses papiers. Il était
temps. Cela dit, deux articles, deux perles : le jeu en vaut
encore la chandelle. Au moment où il n'y en aura plus
durant plusieurs jours, voire jamais, on déroulera un tapis
rose rue de Bleury, avec fanfare venant de la rue du Saint-
Sacrement, et grand réplaceception au 9e. On invitera
même la SODEC de Monique Simard, si tant est qu'à ce
moment elle ne soit pas très heureusement redevenue la SODEC
tout court, ce qui est fort probable.
Et il n'y a pas que les perles. La couverture
du Festival de Cannes compte aussi. Pour le deuxième jour
de suite, la première page est tout à fait
appropriée. Hier, elle était donnée, question
Festival de Cannes, au nonours de Nguyen, ce qui était on ne
peut plus approprié. En plus, la photo de Xavier Dolan se
trouvait en sur-titre, renvoyant au compte rendu également
approprié de la réception de Juste la fin du
monde par les critiques pour lesquels le film avait
été projeté. Aujourd'hui, la première
page titre : « Dolan, ou les hauts et les bas d'un
"sacré ouistiti" ». La journaliste O. Tremblay
rend compte parfaitement bien de la réception de son film en
compétition par le public, le public de Cannes, bien
entendu. Parfait. Ensuite, encore un bon coup, la journaliste
rend compte de la réception du film des frères Luc et
Jean-Pierre Dardenne, en compétition (p. B2). Non
seulement ce sont des génies de la cinématographie,
mais en plus ils participent avec nous de la francophonie, nous du
Québec, eux de Belgique. Si le Devoir avait
accordé trois premières pages, avec chaque fois une
page intérieure, au Festival de Cannes, celle de
l'ouverture, celle d'hier et d'aujourd'hui, cela aurait
été de l'ordre du journalisme professionnel. Il faut
laisser à la Presse les Cannoiseries, dont elle rend
parfaitement bien compte.
Bref, un de nos journalistes
« invité » à Cannes, cela ne
devrait jamais faire automatiquement la une, sans raison aucune.
Un navet en première page ! 21-22 mai
Ce n'est pas moi, c'est la journaliste qui le
dit : « le pire navet en compétition cannoise
depuis des années ». Mais alors, cela
mérite-t-il la première page du Devoir
à Montréal ? Titre : « Sean Penn
sidère la Croisette ». Oui, tous les
journalistes, à commencer par ceux du Figaro se sont
moqué de ses répliques stupides. C'est pour nous ici
l'essentiel, car les répliques composées par Sean
Penn, ne valent certainement pas les perles d'O. Tremblay que
l'on peut lire plus bas. Le réalisateur Sean Penn vous
intéresse ? L'acteur et l'activiste, peut-être,
mais le réalisateur ? Je n'ai jamais vu aucun de ses
films. O. Tremblay les connaît au point de faire une
maladie de son échec lamentable ce printemps à Cannes
(dès que j'aurai trouvé ses comptes rendus critiques
des films de Penn, je les enregistrerai ici). Il s'agit d'un film
entremêlant une histoire d'amour mièvre de
médecins hors frontières et une présentation
documentaire insoutenable des ravages de la guerre civile du
Libéria et de Sierra Leone en 2003, pour
réévaluer tout cela dix ans plus tard en Afrique du
Sud. Vous ne comprendrez rien de cela en lisant le papier
d'O. Tremblay, qui donne dans la crise de nerf.
En effet, l'éloge et la petite critique
sont à la portée de tous. En art, sur le
cinéma en particulier, faire correctement la critique d'une
oeuvre au-dessous de tout n'est pas donné au premier venu.
Justement, nous avons ici de quoi tenter d'en faire l'exercice, car
le papier d'O. Tremblay compte parmi les pires navets que
le Devoir a publiés depuis des années !
Le plus mauvais de tous ceux qu'a produits la journaliste, ce qui
n'est pas peu dire.
En ce qui concerne le
« style », on voit que les saboteurs ont
été complètement découragés.
Hier, ils avaient tout corrigé, réécrit.
Aujourd'hui, ils ont déclaré forfait. Essayez de
réécrire cet article en lui soustrayant toutes ses
perles et ses vacuités stylistiques et vous verrez vite que
c'est impossible. Alors aussi bien publier telles quelles ses
tartines de haut style, puisque le Festival de Cannes,
heureusement, se terminera demain. Et la journaliste prendra des
vacances que le Devoir et ses lecteurs auront bien
méritées.
Or, misère !, on peut s'amuser du
style, mais ce papier n'a pratiquement aucun contenu, car la
journaliste entremêle son expérience en salle, la
conférence de presse et ses lectures de la presse au sujet
du film, ce qui donne une salade absolument absconse, qui a le
même effet sur nous qu'a eu le film sur elle. L'histoire
d'amour est de l'ordre du mélo et l'actrice Charlize Theron
apparaît dans ce film aussi sotte que ses répliques,
tandis que les images « documentaires » sont
« insoutenables ». C'est tout ce que l'on
apprend. En revanche, le vocabulaire de la journaliste est d'une
rare violence notamment vis-à-vis de l'actrice
qualifiée de « vraie potiche girouette
filmée comme une blondinette
effarouchée... » (p. B10),
« Charlize Theron, nullissime »... Et pour
finir, « le personnage de Charlize Theron, vamp en
robe du soir, vient tenir un discours humanitaire... ».
L'expression de la détestation, pour Theron et tout le film,
est telle, qu'on est ici en face d'un discours proprement
hystérique sans rapport avec une critique
cinématographique.
Et cela ne s'arrange pas avec les
« Cannoiseries » qu'on peut lire en page
Culture (p. C7) encadrant le compte rendu du film de
Nicolas Winding Refn. Charlize Theron, ma chère !, est
venue embrasser sur la joue son ex-conjoint Sean Penn, qui l'a
filmée en stupide girouette. Mais oui, tu aurais dû
voir ça. Ah ! mais la journaliste a vu aussi le film
d'Asghar Farhadi. C'était en soirée, mais
c'était beau.
Le palmarès
Cela vous intéresse ? Vraiment ? Non,
je le savais bien. Je vous dis tout de même que Juste la
fin du monde de Xavier Dolan a remporté le pieux prix
oecuménique. Tant pis pour lui. Le Jésus de
Montréal l'avait remporté avant lui. Je vous
salue,
Marie ! de Jean-Luc-Cinéma-Godard, lui, ne se l'est
jamais mérité...
Le style d'Odile
Quelques perles à verser au jeu du Style d'Odile.
149. « Les journalistes français ont pu voir en
amont certains films de la compétition, nous permettant
de flairer le vent » (11/05/2016, A10).
— On comprend, bien entendu, que des Français ont eu
le
privilège de voir déjà certains films
en
compétition, mais, fouille-moi, je ne comprends pas comment
cela peut permettre de « flairer le vent ».
150. Les vedettes Binoche et Luchini sont « au
milieu de non professionnels » (11/05/2016, A10).
— On ne pourrait pas mieux les placer, s'agissant de
vedettes.
151. « Côté tendance, les femmes ont la
dragée plus haute que d'habitude »
(11/05/2016, A10).
— En général, normalement, dans la plupart des
cas, les femmes tiennent la dragée moyennement
haute, moins haute en tout cas que cette année au
festival de Cannes. Certes, le Devoir doit être le
seul
journal qui n'a jamais mesuré la hauteur de la tenue des
dragées, mais c'est tout à son honneur d'aller en
évaluer la compétition à Cannes.
152. Woody Allen à Cannes : « le fou du roi ou le
roi des fous, juché sur une filmographie de
vertige » (12/05/2016, A1).
— La comprenez-vous ? C'est en première page du
journal.
153. « Une jeune secrétaire en montée
d'échelon » (12/05/2016, A10).
154. « Julia Roberts ouvre ses cinq sens au mistral qui
souffle et aux crépitements des caméras »
(13/05/2016, A10).
— Elle a respiré et senti profondément, elle
a touché délicatement, elle a regardé avec de
grands yeux, elle a écouté avec toutes ses oreilles,
elle a même goûté le mistral. Ça, c'est
le vent. Mais quant au « crépitement des
caméras », on comprend moins bien la contribution
des cinq sens.
155. « Valeria, écrit Odile [s'agissant de
Valeria Bruni Tedeschi], évoqua bien en creux
le supplice de n'avoir pu rien exprimer... »
(14/05/2016).
— Heureusement, en conférence de presse, l'actrice a
pu
exprimer physiquement ses émotions (car dans le film
elle n'a « pu rien exprimer, ni physiquement ni
émotionnellement, à travers le non-jeu de son
personnage »), mais elle l'a fait, et cela devait
être vraiment spectaculaire, en creux, ce qui nous est
rapporté au passé simple.
156. Dans le même film, l'actrice principale, elle aussi,
« émerge de ses marques »
(14/05/2016).
157. « ... le temps pour l'actrice
d'émerger d'autres univers
parallèles ». (16/05/2016, A8).
— Bref, elle avait autre chose à faire, elle
avait d'autres engagements. En style d'Odile, rien n'est jamais
simple.
158. « Une vraie justesse » (16/05/2016,
A8).
— Essayez d'en trouver d'autres ! Mais le contexte
mérite d'être cité aussi : les images du
cameraman « sont posées sans réserve
sur un univers romanesque, à distance parfaite, ne
cherchant à blâmer personne [...], avec une vraie
justesse et un amour pour ses personnages ».
159. « La cinéaste chérissait, il faut
le dire, le roman à sa base, signé
par... » (16/05/2016, A8).
160. Il n'y a pas foule, cette année, de sorte que
« les films retrouvent leurs quartiers de noblesse
à Cannes » (16/05/2016, B7).
161. « Ce film peuplé de
mystères » (16/05/2016, B7).
162. Il y a aussi un film, malheureusement, qui
« s'offre des problèmes de scénario
et de direction d'acteurs » (16/05/2016, B7).
— Le pire est qu'il a dû les payer cher, ces
problèmes. Nathan Morlando aurait mieux fait de
« peupler » son Mean Dreams de
mystères. — On me dit qu'il s'agit sûrement
d'une coquille : « le film souffre de
problèmes... ». Manque total d'imagination. Le
réalisateur n'a pas pensé à peupler son film
de problèmes, il en souffrirait moins.
163. « Tout cela lui forgea un
mythe... »; « ces mots furent
applaudis » (17/05/2016, A10).
— Les amateurs du style d'Odile savent déjà
qu'elle est la seule journaliste au Québec à
écrire comme l'enseignaient les bonnes soeurs (à
Québec, certainement) à leurs
écolières, au passé simple. Cela
mérite d'être noté une fois de temps en temps,
car c'est vraiment savoureux.
164. « Des obsessions prennent corps, tels ces jumeaux
hallucinés par Paterson ou les motifs en noir et
blanc de sa compagne perpétués à
l'infini » (17/05/2016, A10).
— Il faudrait voir le film pour comprendre. Des
séquences, apparemment, sont en noir et blanc. Mais qu'est-
ce donc que des « motifs » ? Pour le fait
qu'ils soient « perpétués à
l'infini », O. Tremblay doit se comprendre.
165. « Le cinéaste de l'Arkansas a su filmer le
sud des États-Unis, même s'il n'a pas
nécessairement (!) la hauteur qu'on lui
prête » (17/05/2016, B10).
— La grandeur, peut-être ? Jeff Nichols serait tout
petit ? Je soupçonne qu'on doit comprendre
qu'« il ne vole pas aussi haut qu'on le dit ».
Ah ! ses films ? Ses films ne sont pas à la
hauteur. Laquelle ? Mais celle qu'on lui prête !
Il en faut des contorsions logiques pour comprendre la journaliste.
Mais peut-être qu'il s'agit en fait du sud des États-
Unis, surtout à l'Arkansas.
166. Il est question d'interprètes qui « n'aident
guère le film à s'ancrer dans son
sol » (17/05/2016, B10).
— Quelle belle image incongrue. L'ancre, c'est plutôt
l'affaire des bateaux dans l'eau. Sur la terre, l'image qui
viendra à l'esprit du rédacteur novice en
français, c'est celle, question « sol »,
de la racine qui prend terre. Mais en style d'Odile, les chiasmes
rhétoriques, proches de l'humour blanc, sont de mise avec
le plus parfait sérieux. S'ancré, sacré Sol,
tu rigoles ?
167. « Mieux reçue à Cannes en gros
qu'à Madrid [...], boudée par son public
maison » (18/05/2016, A1).
— Julieta de Pedro Almodóvar se vend en gros...
Le « public maison », c'est celui de
Madrid ? de l'Espagne ? Il faut croire que oui.
168. Le réalisateur « se livre en creux de
pellicule... » (18/05/2016, A1). « Le
nombrilisme d'un cinéaste amoureux de son style [comme Odile
du sien ?] se profile aussi en creux »
(21/05/2016, C7). Un « portrait de couple - en
creux de sa société... » (21/05/2016,
C7).
169. « ... lance-t-il aux journalistes comme une
bouteille à la mer » (18/05/2016, A10).
— C'est l'art de l'incise. Oubliez le fameux
« dit-il ».
170. « Mardi, l'épineuse question des Panama
Papers, d'abord flottante, a fini par sortir du
chapeau
de Pedro Almodovar en conférence de presse. Son nom et
celui de son frère et producteur Augustino avaient
été accolés au récent scandale des
paradis fiscaux » (18/05/2016, A10).
— C'est vraiment fabuleux. Une question flottante, c'est
rare, mais la voir sortir du chapeau de celui a qui, semble-t-il,
on l'a posée, c'est franchement dadaïste. La question
dépassait ? Personnellement, je le croirai quand je
l'aurai vu. A-t-on un vidéo de la conférence de
presse ?
171. « Il pénètre l'éternel giron
maternel, sous une nouvelle tonalité »
(18/05/2016, A10).
— Le cochon.
172. « Des trois nouvelles de l'auteure canadienne Alice
Monro à sa base, il a tiré un
film... » (18/05/2016, A10).
173. Le réalisateur est un admirateur d'Alice Munro et de
son oeuvre. « À tout cela, il rend hommage de
concert » (18/05/2016, A10).
174. Le dernier film de Nguyen : « grande était la
hâte de s'y frotter » (29/05/2016, B1).
— La « critique journaliste » est un
combat toujours à renouveler. Bizarre, car on sait
déjà tout de ce film à Montréal. On ne
l'a pas vu encore, d'accord, mais on connaît tous sa nonourse
Aggie. Comme tous les autres acteurs, elle parle anglais. Elle
vient de Vancouver.
175. « Un Blanc en cavale de ses démons familiaux
abandonnés au Sud » (19/05/2016, B10).
— Explication : le Blanc est en cavale au Nord; il a
laissé ses problèmes au Sud; des problèmes
familiaux. Problèmes démoniaques.
176. « Ce film fragile, bien reçu mais
sans délire », et, surprise,
« fut suivi par une période de
questions » (19/05/2016, B10).
177. Nous sommes au Grand Nord. « Dans son désert
laiteux, à travers son thème de changement de
cap, le film rappelle... » (19/05/2016, B10).
— Question « changement de cap », je
proposerais plutôt un tout simple changement de style.
« Changement de route » serait
déjà plus simple, « changement »
tout court serait encore mieux. Il y a mille façons
d'expliquer que des personnages sont montés au Grand Nord
pour se changer les idées.
178. Voici un film « avec traversée
d'épreuves » (19/05/2016, B10).
179. « L'émotion a peine à lever du
sol » (19/05/2016, B10).
180. « On sent des freins
scénaristiques » ! (19/05/2016, B10).
— Palme d'or des perles de CannesMay 19, 20161
o 2016 ? Je mise. Quoique l'émotion des
pâquerettes, en style d'Odile, est un classique
également intéressant. Mais les
« épreuves », dans un film, cela doit
compter aussi, à moins d'y mettre des freins
scénaristiques. On est au cinéma.
181. Le nonours dans le scénario : « Nguyen,
en pensant à impliquer l'ours, lui offrit un
envol » (19/05/2016, B10).
182. Description en mode technique cinématographique :
« un montage qui glisse, lui offrant sa charge
[!]. Les répliques sont peuplées d'ellipses,
de mots suspendus » (19/05/2016, B10).
— « Peuplé d'ellipses » est encore
un classique vraiment hilarant du style d'Odile. Mais on a droit
ici à la belle variante des « mots
suspendus ».
—— Précision du lendemain : pour suivre de
près le roman de Jean-Luc Lagarce, « Xavier Dolan
a respecté la langue de Lagarce, tissée de retours en
arrière, d'hésitations, d'ellipses »
(20/05/2016, A10). Bon. Là, c'est plus simple et ça
se comprend. Mais c'est moins drôle.
193. Une actrice « habillée à
outrance » ! (19/05/2016, B10).
— Au moins, elle n'est pas toute nue.
—— Précision du lendemain de la veille :
« Nathalie Baye [...] est habillée et
grimée dans le film comme un épouvantail à
moineaux » (20/05/2016, A10). Et de citer
l'actrice : « maquillages outranciers »,
« costumes clownesques... ».
194. Une actrice « liquide de
sensibilité » (19/05/2016, B10).
— Elle braille.
195. « Une symbolique d'oiseau qui s'appuie vers la
fin » (19/05/2016, B10).
— Les symboles de volatiles (le moineau, la colombe,
l'aigle, etc.) battent de plus en plus de l'aile, pour finir par
être vraiment trop « appuyés ».
Ah ! les symboles, ce que ça peut être lourd.
196. Voilà un cinéaste « qui se
déleste en gros de la quête de
l'effet... » (19/05/2016, B10).
— Grosso modo ? Oui, je peux écrire,
« en gros, disons que ce style laisse à
désirer »; l'expression adverbiale porte sur le
verbe d'appréciation, « disons en gros,
grossièrement, rapidement ». Mais l'on ne peut
pas dire sans rire que « ce style laisse en gros
à désirer ». Bon, d'accord, c'est à
peu près au moins ça. Mais je militerais pour le
superlatif : c'est en très gros qu'il laisse à
désirer et on aimerait qu'il se déleste en
très très gros de ses perles...
197. Technique cinématographique : un film avec
« ses jeux d'ombre et lumière sur les
émotions à capter » (20/05/2016, A10).
198. Un film de Cristian Mungiu « nous avait
jetés à terre » (20/05/2016, B2).
199. On assiste aujourd'hui au retour de la phrase
segmentée, figure de la langue parlée, propre au
style littéraire populaire français. Cela
donne : « Non, il n'en menait pas large,
l'Américain Sean Penn » (21/05/2016, A1);
« pas très sympathique pour autant, Nicolas
Winding Refn » (21/05/2016, C7). Ces emplois sont
évidemment très surprenants dans un article
journalistique.
200. Penn doit faire face aux critiques : « les
critiques tombées en couperets sanglants à
pleins sites sur son cou trop
bronzé » (21/05/2016, A1).
— Oui, c'est bien ce qu'on lit en première page du
Devoir. Cela ne prend pas beaucoup de propositions comme
celle-là pour produire un navet digne de celui de Penn. Des
« couperets sanglants », c'est peut-être
une belle image (en fait, elle est sotte), mais cela ne pourrait
être une manière de tomber. « À
pleins sites » : faut-il comprendre qu'il s'agit de
« sites internets » ? que c'est sur
l'internet que la journaliste lit les journaux au sujet des films
dont elle doit rendre compte ? Et, pour finir, Sean Penn est
bronzé, il a le cou bronzé : le couperet et le
cou, vous la comprenez. Le couperet sanglant, aussi. Mais le
couperet sanglant qui tranche un cou bronzé, c'est tout
simplement sot, car il ne peut y avoir aucun rapport entre le
substantif et le qualificatif dans le contexte. — Et l'on
doit faire attention que je ne dis nullement de la journaliste
qu'elle est sotte, comme elle dit de l'actrice Theron qu'elle est
une potiche, une « potiche girouette », je dis
seulement que les expressions qu'elle utilise sont sottes. C'est
un trait grammatical précis : ces expressions n'ont
pas de sens, tout simplement, ou du moins ne sont pas
appropriées.
201. The Last Face« est filmé à une
distance de son sujet non seulement mauvaise, mais
choquante » (21/05/2016, A10).
— La « distance », la
« distance de son sujet », cela n'a absolument
aucun sens en regard de la caméra. Qu'elle soit
« mauvaise » et même
« choquante », elle est évidemment ici
de l'ordre de ce que l'on a nommé la vacuité
stylistique. Cela mériterait certainement quelques
explications... Autrement, on doit deviner que le
réalisateur n'a pris aucune « distance »
par rapport à son sujet. Mais ce n'est pas ce que la
journaliste a écrit, bien sûr, et probablement pas ce
qu'elle voudrait dire.
202. Un mélodrame « sans charge
émotionnelle » (21/05/2016, A10).
— Les batteries sont mortes.
203. Un peu de technique cinématographique : c'est un
film « monté à
l'épouvante » (21/05/2016, A10).
204. « Le dénouement, dernier clou du
cercueil... » (21/05/2016, A10).
— On enfonce le dernier clou du cercueil. La
journaliste ne connaît et ne maîtrise pas
l'expression : qu'on me présente le
« dernier » clou d'un cercueil et je
maintiendrai toujours que c'était le premier. On voit
nettement ici qu'un petit cours de rédaction ne ferait pas
de tort : à la fin de son article, la
journaliste en est au dénouement du film, à
son avis le clou de l'affaire; elle va procéder
à la conclusion d'un enterrement de
première classe. Mais elle rate complètement son
effet, avec une nouvelle perle. Bref, sa critique n'est pas
« assassine », comme celle de Cannes pour le
film de Penn, elle est risible : c'est un navet, comme le
film en question, risible, paraît-il.
205. « Une mise en scène de haut vol, mais
gorgée d'air du temps, qui ne nourrit pas son
homme » (21/05/2016, C7).
— On dira que je triche, car il ne s'agit pas d'une perle,
mais de vacuité stylistique. Non : une
« mise en scène gorgée de »,
c'est vraiment une perle du style d'Odile. Mettez n'importe quel
complément et vous le verrez bien : une mise en
scène gorgée de « rencontres
inattendues », de « rencontres patronales-
syndicales qui se poursuivent depuis des démarches
légales témoignant d'une tension
croissante », etc. De quoi peut-on dire qu'une mise en
scène est gorgée sans que cela prête à
rire ?
206 Le cinéaste « divise l'opinion, pour
des choix radicaux quand même » (21/05/2016,
C7).
— En bon français : ... à cause, tout de
même, de choix radicaux.
207. « Remarquez ! Son propos : [...] la nymphette du
jour [...] pousse dehors » les vieux mannequins,
les vieilles de vingt ans (21/05/2016, C7).
— Deux évidentes confusions de la langue parlée
familière et de l'écriture journalistique.
208. « ... La beauté hollywoodienne qui se
bouffe elle-même en miroir du temps »
(21/05/2016, C7).
— Après l'« air du temps », c'est
le « miroir du temps », qui se mange froid.
209. « Il ausculte [...] le fossé creusé
par un enchevêtrement de circonstances entre deux personnes
civilisées et heureuses, révélant des
aspects d'eux - même enfouis » (21/05/2016,
C7).
— En creux ?
210. L'actrice « brille comme une lame de couteau en
femme violée en refus de victimisation qui décide de
mener le jeu » (21/05/2016).
— Un personnage tranchant.
211. « La rousse actrice excelle toujours dans ces
rôles de femmes dures et glacées, portant leur
névrose en panache » (21/05/2016).
— Une poule déguisée en coq ? La
« rousse actrice », c'est beau, mais
« porter sa névrose en panache », c'est
de toute beauté, même si c'est très difficile
à comprendre. Exiber sa névrose, s'en faire
un étendard, ce n'est pas très
névrotique. Faudra voir le film.
212. « La grâce en accent aigu de
l'actrice » (21/05/2016).
— D'autres l'ont en accent circonflexe. En accent grave,
c'est apprécié dans les tragédies.
« Nous voici à l'heure des pronostics »,
« on s'essaie »...
« Grand Prix du jury, Juste la fin du monde de
Xavier Dolan.
Allez, on y croit, tout en prêchant pour sa
paroisse » !
Après Mommy en 2013, Juste la fin du monde
est couronné du Prix du jury en 2016
—
En dépit de son style d'Odile
la critique O. Tremblay du Devoir mérite
la palme critique 2016 des pronostics journalistiques.
Pendant que le Devoir est à Cannes
l'avenir du
FFMM
se joue chez nous, à Montréal
TdM --
TGdM
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