Les interventions du redoutable polémiste (nous le sommes tous) restent généralement sans réplique, malheureusement, ses victimes n'éprouvant pas le besoin qu'on mesure davantage la justesse de la critique et c'est bien dommage, cela nous permettrait de rire encore un peu, car si le polémiste est intervenu, c'est évidemment parce que ce n'était pas drôle du tout. La formule : polémique = réplique (pamphlétaire (sans réplique)).
L'éléphant de porcelaine L'arpenteuse du racisme La brouillonnologue de la CGMM Notre critique et sa poésie
Les fulminations de Dominique Deslandres, de René Latourelle et de Robert Toupin contre le « Mythe contemporain Laflèche »

Polémiques II

Guy Laflèche,
Université de Montréal

Les bobards de Louis Cornellier

      Je donne à cette section de mes Polémiques le titre qui convenait au second de mes deux textes d'opinion adressés au quotidien le Devoir en réplique aux « âneries » et aux « élucubrations » de Louis Cornellier (les deux mots sont de lui), au sujet de Michel Onfray. Le journal de Montréal n'a pas retenu ces deux répliques, laissant le premier et le dernier mot d'insultes à son collaborateur. On trouvera ci-dessous ma réplique de 2007, telle que je l'avais éditée et commentée ici à l'époque. Mais on trouvera ensuite le texte de ma seconde réplique refusée elle aussi par le Devoir.

Table

 


 

Encore une « Lettre au Devoir » refusée par le journal.
Protestations du 22 janvier 2007.

Le prosélytisme de Louis Cornellier,
chroniqueur catholique au Devoir

      Il me semble que la dernière chronique de Louis Cornellier dépasse les bornes (20-21 janvier 2007). Elle s'intitule « Hitler et le christianisme » et se présente comme un compte rendu de la thèse de doctorat de Kathleen Harvill-Burton sur quatre théologiens contestataires en leur temps du régime nazi. D'après Cornellier, la théologienne qui fait de l'histoire se demande pourquoi donc ces quatre héros sont si négligés. La réponse est assez simple : ce sont de valeureux marginaux dans une Église qui fut objectivement nazie, avec le Saint-Esprit. C'est ce que dénonçait Michel Onfray, en dix pages de son Traité d'athéologie (Paris, Grasset, 2005, p. 217-228). — Bien entendu, Michel Onfray n'a rien à voir avec la thèse de la théologienne et ne s'y trouve certainement pas cité.

      Mais Louis Cornellier profite de l'occasion pour insulter Michel Onfray et dénigrer son Traité d'athéologie. Le philosophe engagé que j'admire est traité de « philosophe tonitruant », de « philosophe qui tire plus vite que son ombre » qui affirmerait « âneries» sur « âneries », philosophe peu « perspicace » (en regard du bon André Frossard !) et qui aurait été « confondu », le pauvre, par Hitler et Rosenberg. Mettons que toutes ces insultes font beaucoup, beaucoup trop.

      Louis Cornellier fait dans le détournement de pensée. Selon lui, Michel Onfray aurait affirmé, « entre autres âneries, qu'Hitler était attaché au christianisme et à l'église catholique, qu'il était chrétien et n'a jamais abjuré sa foi et qu'il aimait le Jésus colérique chassant les marchands du temple ». Ce n'est pas vrai. Michel Onfray montre simplement que telle est la pensée chrétienne qui se dégage de Mein Kampf, mot à mot, sur la base d'une vingtaine de citations et de références. Et c'est cette idéologie on ne peut plus catholique qui oriente ensuite sa pensée et son action. La preuve en est (comme on le lit par un heureux hasard dans le compte rendu par Robert Comeau du Mythe Hitler de Ian Kershaw, dans la même page du Devoir, ces 20-21 janvier 2007), qu'Hitler abandonne vite les thèses paganistes et nordiques d'Alfred Rosenberg dès qu'il comprend qu'elles ne sont pas trop catholiques !

      Il faut donc dénoncer Louis Cornellier pour se prêter à un règlement de compte à l'endroit de Michel Onfray à l'occasion du compte rendu d'un autre ouvrage où il n'a absolument rien à voir. C'est un procédé inacceptable que de s'en prendre à un auteur ou à un livre sous prétexte de parler d'un autre. Ainsi en est-il de la citation suivante produite hors contexte : « Un lieu commun, qui ne résiste pas à une analyse minimale, encore moins à la lecture des textes, fait d'Adolf Hitler un athée païen fasciné par les cultes nordiques, amateur d'un Wagner de casques à cornes, de Walhalla et de Walkyries aux poitrines opulentes, un antéchrist, l'antinomie très exacte du christianisme ». Cette phrase du Traité d'athéologie (p. 224) est une très juste transition entre deux exposés très simples. L'antisémitisme commun d'Hitler et de l'Église de Pie XII, des nazis et des catholiques, d'une part, et l'appui et la caution du Vatican aux politiques d'extermination des Juifs lors des mises en place et des réalisations progressives de la solution finale par le national-socialisme, d'autre part. Oui, en effet, si l'Église catholique de Pie XII n'a pas été capable de dénoncer ce Crime épouvantable, elle l'a forcément cautionné.

      Que Louis Cornellier ose nous parler du Concordat de 1933 comme une façon pour l'Église catholique de ne pas se mêler de politique... pour survivre ! je pense vraiment que cela fait dans l'humour blanc, tellement c'est odieux, devant le décompte de ceux qui n'ont pas survécu.

      Depuis toutes ces années où Louis Cornellier sévit au Devoir, je pense qu'il est juste de s'interroger. Après quelques années de neutralité, le chroniqueur s'est révélé pour ce qu'il est, un très simple et rare missionnaire du catholicisme. C'est son droit le plus strict, d'autant qu'il affiche clairement ses convictions religieuses. Mais on peut se plaindre de son prosélytisme. Surtout que les chances ne sont pas égales : quel est donc le chroniqueur du Devoir qui s'affiche comme moi athée ? Je n'en vois aucun. Peut-être parce que nous ne sommes pas, nous, prosélytes.

      En revanche, et c'est l'objet de mon intervention, Louis Cornellier n'a pas le droit d'utiliser sa chronique pour insulter sans raison et hors propos un homme comme Michel Onfray pour la simple raison qu'il ne partage pas ses idées. Il doit savoir que le temps des curés est révolu et que sa chronique n'est pas une chaire d'où il peut anathématiser.

Guy Laflèche, Laval


Appendice

      Dès le lendemain de la parution de la chronique incriminée, j'ai adressé une première version de ce texte d'opinion au journal le Devoir, qui ne l'a pas publié. La direction n'est pas entrée en contact avec moi à ce sujet, laissant son chroniqueur manier l'insulte en toute impunité. La première version de mon texte se terminait en effet ainsi (dernière phrase devenue obsolète par la non-publication même) : « Louis Cornellier doit savoir qu'il ne peut anathématiser... impunément. En l'occurrence, je ne demande pas d'explications, mais de très simples excuses ». En fait, oui, il peut insulter impunément Michel Onfray. Le catholique prosélyte du Devoir n'a donc ni d'explications à donner, ni d'excuses à présenter et, comme au bon vieux temps, il peut être assuré d'une parfaite impunité : le Devoir est là pour le couvrir. D'où le refus de ma réaction critique qui paraît ici pour la première fois, en octobre 2007.

Date: Mon, 22 Jan 2007 17:38:09 -0500
Subject: Commentaire et analyse d'un lecteur pour la page IDEES
To: redaction@ledevoir.com

      Madame, monsieur,

      Voici ci-dessous, un texte critique que j'aimerais voir paraître dans votre page «Idée».

      Merci, j'espère, d'avance,

Guy Laflèche, Laval


Document

      Voici maintenant, puisque l'espace ici n'est pas compté, le texte complet de Louis Cornellier. On y verra la gratuité de ses insultes, surtout si l'on se reporte au texte ci-dessus qui montre que les idées attribuées à Michel Onfray par le chroniqueur sont incorrectement présentées et citées hors contexte. Tel n'est pas mon cas. Voici le contexte des insultes de Cornellier à l'endroit d'Onfray.

Hitler et le christianisme

par Louis Cornellier

Le Devoir, 20-21 janvier 2007, p. F6.

      Dans son Traité d'athéologie (Grasset, 2005), le philosophe Michel Onfray affirme, entre autres âneries qu'Hitler était attaché au christianisme et à l'Église catholique, qu'il était chrétien et n'a jamais abjuré sa foi et qu'il aimait le Jésus colérique chassant les marchands du temple [Ce n'est pas vrai : jamais Michel Onfray n'a fait de telles affirmations]. Onfray conclut donc aux « compatibilités christianisme-nazisme » et écrit « Un lieu commun, qui ne résiste pas à une analyse minimale, encore moins à la lecture des textes, fait d'Adolf Hitler un athée païen fasciné par les cultes nordiques, amateur d'un Wagner de casques à cornes, de Walhalla et de Walkyries aux poitrines opulentes, un antéchrist, l'antinomie très exacte du christianisme » [La citation est faite hors contexte, de sorte qu'on ne saurait en comprendre la portée, le sens et l'extrême justesse : je l'ai expliqué plus haut].

      « La lecture des textes » dont parle Onfray, la théologienne Kathleen Harvill-Burton l'a faite. Ses conclusions, colligées dans le Nazisme comme religion : quatre théologiens déchiffrent le code religieux nazi (1932-1945), sont pourtant à l'exact opposé de celles du philosophe tonitruant. Issu d'une recherche doctorale réalisée à l'Université Lavai sous la supervision de Jean Richard, cet essai, qui se situe « aux frontières de l'histoire religieuse et de la théologie », démontre brillamment que le nazisme n'était pas qu'un régime politique, mais « une vision du monde fondée sur une mystique » visant à détruire la foi chrétienne pour la remplacer « par l'idéologie nazie et la foi germanique ».

      Hitler et Alfred Rosenberg, l'idéologue du nazisme, étaient particulièrement retors. Leur machine de guerre idéologique et spirituelle a, semble-t-il, confondu Onfray, le philosophe qui tire plus vite que son ombre. Le vingt-quatrième point du programme national-socialiste, présenté par Hitler en 1920, met en avant, en effet, « le christianisme positif ». Aussi, si l'on s'en tient à cet élément, en négligeant « la lecture des textes », on peut en conclure que nazisme et christianisme font bon ménage. C'est une erreur grave, qui fut mortifère.

      Dans Le Mythe du XXe siècle, livre publié en 1930 pour préciser les fondements de l'idéologie nazie et fortement appuyé par Hitler, Rosenberg développe l'idée du « christianisme positif ». Attaquant « viscéralement l'Église catholique », le contenu de cet ouvrage affirme d'abord que « Dieu a choisi le peuple germanique pour incarner sa providence au XXe siècle » et rejette violemment « l'idée d'un peuple Juif élu » et « la doctrine de l'universalité du salut par le Christ » défendue par l'Église de Rome.

      II faut en finir, selon Rosenberg, avec le christianisme négatif d'un Paul de Tarse, qui entraîne « la destruction des valeurs raciales », puisque « le concept de race nordique élue pour son sang noble et organiquement supérieur meurt sous la notion de salut universel avancée par Paul et reprise par l'Église romaine ». Pour l'idéologue nazi, les concepts d'enfer et de vie après la mort détruisent « le libre esprit nordique ». Au sujet du péché originel, il écrit : « En revanche, la certitude d'être un pécheur est une attitude de bâtard [...] ».

      Dans le christianisme positif, Jésus n'est plus Juif, mais a plutôt du sang nordique, et les doctrines de la Trinité et du Saint-Esprit sont condamnées pour abstraction, parce qu'elles « n'ont aucun rapport avec une existence organique ». Hitler, dans ses entretiens avec Rauschning, ne dira pas autre chose : « Avec ces Confessions, que ce soit celle-ci ou celle-là, c'est la même chose. Elles n'ont aucun avenir. Certainement pas pour les Allemands. [...] Qu'importe que ce soit l'Ancien ou le Nouveau Testament [...] c'est la même imposture juive. [...] On est soit chrétien, soit Allemand [...] Nous ne voulons pas d'hommes qui ne cessent de jeter un regard oblique vers l'au-delà ».

      André Frossard, plus perspicace gu'Onfray, soulignait, dans le Crime contre l'humanité (Robert Laffont, 1987), la totale incompatibilité entre le nazisme et le monothéisme : « Il lui fallait abolir chez tout être humain, à commencer naturellement par le Juif, cette "image de Dieu" qui ridiculisait sa propre imagerie de foire au muscle et sa philosophie de tête de mort. [...] À travers le Juif, premier annonciateur de la Révélation, c'est l'idée même de Dieu que le nazisme cherchait à bannir de la terre ».

Des résistants

      Les catholiques et les protestants, pourtant, ont tardé à le comprendre et à réagir, autant dans l'Allemagne hitlérienne que dans la France pétainiste. En Allemagne, il y eut le concordat de 1933 par lequel l'Église catholique s'engageait, pour survivre croyait-elle, à ne pas se mêler de politique. Du côté protestant, certains cherchèrent aussi à temporiser, alors que d'autres, les chrétiens allemands, flirtèrent ouvertement avec le christianisme positif. En France, sous Pétain, la hiérarchie catholique prône le respect du pouvoir établi et les dirigeants protestants se tiennent plutôt tranquilles.

      Mais il y eut, dans ces deux pays, des résistants, des croyants dont la voix prophétique a combattu le néopaganisme nazi, d'abord sur le plan spirituel, mais aussi sur le plan politique puisque, dans ce cas, l'un n'allait pas sans l'autre. Pourquoi les qualifier de « prophètes » ? Kathleen Harvill-Burton répond : « Ces théologiens ont combattu le nazisme sur le plan spirituel et n'ont jamais transigé avec leurs convictions, même devant la menace d'exclusion de la part de leur propre Église. La position néopaïenne et antichrétienne du national-socialisme a provoqué leur action dès le début et jusqu'à la fin de la guerre ».

      Ces héros de la résistance spirituelle au nazisme, ce furent, en Allemagne, Paul Tillich et Karl Barth. Le premier, selon l'historien Bernard Reymond, s'est battu pour rappeler « que le prophétisme de la croix ne saurait s'incliner devant l'idolâtrie politique et raciale dont la croix gammée était le symbole ». Le second, dans une perspective christocentrique selon laquelle il ne peut « y avoir d'autre manifestation de Dieu dans l'histoire que celle qui est en Jésus-Christ », a décrété que « l'antisémitisme est un péché contre le Saint-Esprit ». En France, ce furent les jésuites Pierre Chaillet, fondateur du journal clandestin Témoignage chrétien, et son collègue Gaston Fessard. Leur combat, déplore Harvill-Burton, reste méconnu. Aussi, elle a voulu leur rendre hommage en analysant avec brio et sensibilité leur oeuvre prophétique.

      On ne saurait nier que, en ces temps troubles, l'Église-institution a souvent manqué, par naïveté, lâcheté ou opportunisme, à son devoir. L'honneur du christianisme, alors, fut porté par des résistants qui savaient, en leur conscience, que leur seule boussole était le Dieu fait homme de la croix et qu'il exigeait de combattre le démon nazi.

Petite note appendiciaire

      Toute la seconde partie de cette chronique est un résumé tendancieux de la thèse de Kathleen Harvill-Burton, s'agissant de remplacer les Églises chrétiennes par quatre pauvres chrétiens... Et sa conclusion, sur la boussole du Dieu fait homme de la croix, ce n'est pas un discours d'un autre âge ? Et ce démon nazi béni par Pie XII et le saint Esprit ? Là, je m'amuse à citer Michel Onfray, par opposition à notre croyant. Et d'ajouter : j'ai pour règle de laisser toujours croire les croyants, sauf lorsqu'ils donnent dans le prosélytisme. Alors la consigne est simple : Louis Cornellier doit prêcher dans son journal paroissial, aux croyants, pas pour nous dans le Devoir.

 


 

Texte d'opinion adressé au Devoir

Ce texte d'opinion refusé a été adressé au journal le 12 novembre 2017. Je l'ai développé en un bref article critique qui a paru sur le journal citoyen AgoraVox le 23 novembre suivant. On le trouvera à l'adresse suivante :

agoravox.fr > tribune libre > bobards

Les bobards de Louis Cornellier

      Ce titre est certes insultant, et surtout vulgaire, mais il n'est pas de moi. Je veux dénoncer l'article de Louis Cornellier paru dans le Devoir, le 5 septembre 2017, qui s'intitule « Les bobards de Michel Onfray ».

      L'introduction de son article reprend les grandes lignes d'un autre article de lui, tout aussi insultant, dénonçant les « âneries » du philosophe « tonitruant », et peu « perspicace », Michel Onfray. L'article s'intitulait « Hitler et le christianisme » (21 janvier 2007). En dix ans, de 2007 à 2017, le critique des essais au Devoir persiste et signe.

      Il signe beaucoup d'insultes. Elles sont gratuites. J'ai pris tout mon temps, notamment pour lire Décadence, vie et mort du judéo-christianisme (2017), que le chroniqueur n'a jamais eu entre les mains, car il l'intitule du titre de la bande annonce, vue sur l'internet, Décadence, de Jésus à Ben Laden, vie et mort de l'Occident. On va bientôt comprendre qu'il ne connaît rien du livre.

      Dénoncer un livre sous couvert de faire le compte rendu d'un autre ouvrage, c'était déjà le cas de l'article de 2007, où Louis Cornellier « utilisait » la thèse de doctorat de Kathleen Harvill-Burton pour dénigrer le Traité d'athéologie. Cet ouvrage a près de 400 pages. Exactement et précisément sept pages portent sur le christianisme d'Hitler, minutieusement cité de Mein Kampf. Or, Harvill-Burton et Onfray disent exactement la même chose : Hitler s'est servi des Églises, notamment de l'Église catholique, pour asseoir son pouvoir, et il a pour cela bâillonné le Vatican avec un Concordat (dès 1933), pour tenter ensuite de nazifier le christianisme en Allemagne et le catholicisme géré de Rome par le Vatican. Et cela n'a pas été difficile, étant donné que l'Église de Pie XII a rejeté radicalement l'enseignement critique de Pie XI, passant allègrement de l'antijudaïsme séculaire à l'antisémitisme, à la faveur d'un anticommunisme primaire. On ne peut donc pas utiliser Harvill-Burton pour dénoncer Onfray.

      Mais il y a malheureusement pire : faire l'éloge d'une minable petite bluette pour dénoncer une somme considérable, sans en dire un seul mot, cela me paraît profondément immoral. Mais c'est d'abord absurde, illogique et inqualifiable du strict point de vue intellectuel : il est impossible de rendre compte d'un pamphlet contre Décadence sans tenir compte du livre en question.

      Il s'agit d'un tout petit ouvrage de Jean-Marie Salamito intitulé Monsieur Onfray au pays des mythes : réponses sur Jésus et le christianisme. Le tiers du pamphlet, son premier chapitre (p. 13-40) porte sur la première section du premier chapitre du livre d'Onfray, soit 18 pages sur un ouvrage qui en compte 650. Et Louis Cornellier de citer la conclusion, c'est-à-dire l'affirmation que l'auteur a répété trente fois dans son chapitre (et qu'il reprendra encore cinq fois par la suite, après cette « dernière fois) » : « il faut le dire une dernière fois, c'est la théorie de la non-existence de Jésus qui est un mythe » (p. 40), conclusion que L. Cornellier reprend à son compte : « Depuis des années, Onfray va répétant que Jésus de Nazareth n'a jamais existé ». Or, ce n'est pas vrai. Jamais nulle part Michel Onfray n'a nié l'existence de Jésus, puisque le Traité et Décadence reposent en entier sur ce Jésus, la personne dont on a fait un personnage et un tel personnage tel que la personne de Jésus nous est totalement inconnue. Pourtant, en ouvrant ainsi son chapitre, Jean-Marie Salamito fait la preuve qu'il n'a rien compris : « Voici sans doute l'affirmation la plus tonitruante de Décadence : Jésus de Nazareth n'aurait jamais existé » ! (p. 13). Une telle affirmation, répétée page après page, est risible, tant elle est stupide.

      En quoi consiste donc le pamphlet apologétique de J.-M. Salamito ? L'auteur contredit page après page les premiers chapitres du livre de Michel Onfray. Mais jamais, il n'apporte le moindre fait historique ou le moindre raisonnement propre à étayer ses affirmations. Bien au contraire, il ne sert à ses lecteurs que de risibles arguments d'autorité, dont on trouvera des exemples à toutes, toutes, absolument toutes les pages : le « consensus scientifique », admis par « toute personne cultivée », les « historiens », « tous les spécialistes », « comme l'écrit l'un de ses meilleurs biographes », « un grand savant américain » (parmi deux dizaines de noms distribués à titre d'arguments tout au long du petit livre)... « la vérité historique, c'est que... ». C'est un peu court.

      Jésus de Nazareth a bel et bien existé, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. La tradition orale de la secte qu'il a fondée s'est développée et a été petit à petit enregistrée sur deux siècles. Ce sont les Évangiles. Ces sectaires nous ont tracé une légende qui concerne uniquement son enseignement et la toute fin de sa vie, soit son arrestation, sa condamnation et son exécution. Dire que Jésus n'a aucune existence historique, c'est la moindre des choses.

      Mais loin de moi l'idée de détourner les lecteurs du livre de Jean-Marie Salamito : même ceux qui ne liront pas Décadence ne manqueront pas de s'en amuser.


 

Le petit Jésus de Louis Cornellier

      Ce texte d'opinion, un « Devoir de Sciences religieuses », a été proposé au Devoir le 6 février 2018. Refusé, je l'ai adressé au journal citoyen AgoraVox qui l'a publié aussitôt, le 20 février.

AgoraVox.fr > Tribune libre >> recherche : Guillemin + Jésus

      On trouvera donc sur AgoraVox mon analyse critique et ma dénonciation de la dernière turpitude du chroniqueur Louis cornellier. C'est la veille de Noël qu'il a servi aux lecteurs du Devoir un supposé « Devoir de philo », sous la rubrique des célèbres « Devoir du Devoir ». Je me suis mis en frais d'écrire une réplique, un « Devoir de sciences religieuses ». On lira le texte sur AgoraVox.

      Il en découle une série de très graves accusations que je vais me contenter d'énumérer ici, la démonstration s'en trouvant dans mon article.

1) Intolérance. Louis Cornellier profite de ce texte pour dénoncer à nouveau Michel Onfray, sans aucune raison. Le philosophe n'a évidemment rien à faire dans un compte rendu de l'Affaire Jésus d'Henri Guillemin (1982), qui est donné comme sujet de ce texte. Manifestement, Louis Cornellier ne peut pas supporter les idées d'un athée qu'il se croit religieusement tenu de dénoncer. Or, on l'a lu dans les deux textes ci-dessus, jamais Louis Cornellier n'a rendu compte d'aucun livre de Michel Onfray. Il l'a toutefois dénoncé malhonnêtement par ouvrages interposés, la thèse de doctorat de l'étudiante Kathleen Harvill-Burton et la bluette de Jean-Marie Salamito. Il s'agit là d'une inqualifiable malhonnêteté intellectuelle.

2) Fausse citation. Louis Cornellier pique une phrase du livre du professeur Guillemin et en change le sujet. Le sujet devient « Michel Onfray » ! Cela se fait à l'aide d'un très malhonnête glissement de sens. Onfray serait un « mythiste » et le professeur Guillemin aurait étudié de très près cette thèse « mythiste » pour écrire qu'« aucun historien, à quelque courant de pensée qu'il appartienne, ne saurait désormais s'y rallier ». Jamais Guillemin n'a parlé de quelque thèse « mythiste » que ce soit. Ce sont les négateurs de l'existence de Jésus qu'il dénonce ainsi, nommément Paul-Louis Couchoud et Prosper Alfaric. Un tel amalgame visant sans raison Michel Onfray est malveillant, indigne et immoral, puisqu'il s'agit de détourner une « citation » pour dénigrer un philosophe qu'on abhorre. Et l'intolérant d'ajouter l'injure : « laissons les sceptiques à leur lubie ».

3) Fausse information. L'amalgame du philosophe Michel Onfray et des négateurs se fait à la faveur d'un mot pris à Wikipédia sur l'internet, « mythiste », un mot sorti de l'usage depuis un siècle et que l'article de Wikipédia applique intempestivement aux négateurs, ceux qui nient l'existence de Jésus. Tel n'est évidemment pas le cas de Michel Onfray, ni directement, ni indirectement. Jamais il n'a nié l'existence de Jésus de Nazaret, fils de Joseph et de Marie, et d'aucune manière il a proposé une lecture d'ordre mythologique des Évangiles. Certes, Louis Cornellier peut de bonne foi avoir été trompé par l'article de Wikipédia, article lu sans distance critique aucune, mais depuis plus d'un mois que le chroniqueur connaît mon analyse critique, il sait avoir été ou s'être trompé. Dès lors, il sait qu'il a trompé ses lecteurs, les lecteurs du Devoir (tout comme la rédaction du journal le sait, bien entendu). Mais comme tout lui est permis depuis le début pour dénigrer Michel Onfray, pour la toute simple raison qu'il est athée, il ne se corrigera évidemment jamais.

      Enfin, il est clair que le Devoir abrite un chroniqueur d'une foncière malhonnêteté dès qu'il est question de religion, puisqu'il profite de son statut de chroniqueur pour se livrer à la propagande religieuse, au prosélytisme, et au dénigrement gratuit de ceux qui ne pensent pas comme lui, ce qui est clair pour l'athée Michel Onfray. Le Devoir couvre donc l'intolérance, la malhonnêteté et la désinformation.

      On a la preuve indéniable de tout cela dans mon article refusé par le journal et qu'on trouve sur AgoraVox.

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Guy Laflèche
25 février 2018


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