Les interventions du redoutable polémiste (nous le sommes tous) restent généralement sans réplique, malheureusement, ses victimes n'éprouvant pas le besoin qu'on mesure davantage la justesse de la critique et c'est bien dommage, cela nous permettrait de rire encore un peu, car si le polémiste est intervenu, c'est évidemment parce que ce n'était pas drôle du tout. La formule : polémique = réplique (pamphlétaire (sans réplique)).
L'éléphant de porcelaine L'arpenteuse du racisme La brouillonnologue de la CGMM Notre critique et sa poésie
Les fulminations de Dominique Deslandres, de René Latourelle et de Robert Toupin contre le « Mythe contemporain Laflèche »

Polémiques II

Guy Laflèche,
Université de Montréal

La Liste de lectures

Argumentaire

      Ce sera long, mais je suppose que vous n'êtes pas pressé et que la question vous intéresse. En tout cas, voici la table de ce dossier pour que vous puissiez d'abord en prendre une vue d'ensemble.



I — État de la question

      Le cours Programme individuel de lectures (FRA 1004) existe depuis près de cinquante ans. Il est au coeur de la première année de baccalauréat en Lettres françaises de l'Université de Montréal. Sa création correspondait à la réaction générale en Occident, dans le domaine des études littéraires, contre l'enseignement des histoires littéraires nationales, énumérant dans l'ordre chronologique les notices biographiques des auteurs, le tout illustré d'extraits choisis de leurs grandes oeuvres.

      Le renouvellement, commencé vers le début du siècle, a conduit à mettre au coeur de l'enseignement la lecture personnelle des oeuvres, des oeuvres complètes. Fini le grand enseignement d'histoire littéraire de la tragédie classique française, par exemple, appuyée de quelques extraits d'Andromaque, de Phèdre et d'Athalie. La consigne est simple : commencez par lire ces trois pièces, trois autres de Corneille, puis trois de Molière, si possible une de Rotrou et une de Tristan l'Hermite. Ensuite, on vous parlera un peu sérieusement du théâtre classique français. Et si jamais on a un peu de temps de reste, alors on vous dira quelques mots de Molière, Corneille et Racine.

      Avec sa « Liste de lectures », le département des Études françaises de l'Université de Montréal est actuellement le dépositaire de cette tradition d'enseignement maintenant classique. Au début des années 1970, puis au milieu des années 1980, notre programme a fait l'objet de deux sévères réformes. La première a complètement réorganisé les horaires de cours et limité radicalement le nombre de cours obligatoires. La seconde a revu l'enseignement de deuxième année de baccalauréat en fonction de la première année.

      Dans les deux cas, le rôle et l'importance du Programme individuel de lectures a été précisé et renforcé, le cours devenant le centre de l'enseignement de première année et la base des enseignements de deuxième et de troisième années, c'est-à-dire respectivement des programmes de mineur et de majeur en Études françaises.

      Le contenu et la forme de la « Liste de lectures », le choix des textes au programme, leur répartition entre les genres, les périodes et les littératures (française, québécoise et des francophonies, comme aussi des grands textes des autres littératures) ont été souvent minutieusement mis à jour. Ils devraient l'être encore.

      Enfin, il est important de comprendre que ce cours est intégré à un ensemble concordant de dix-huit crédits : le Programme de lectures (6 crédits), les Études de textes (6 crédits), le cours d'Introduction aux études littéraires (3 crédits) et enfin le cours d'Histoire littéraire (3 crédits) sont tous articulés sur la « Liste de lectures ».

      Il faut également rappeler que la fonction de ce programme de lectures est de prendre une connaissance rapide et forcément superficielle de quatre-vingt (80) des plus grandes oeuvres littéraires d'expression française. Soixante-dix pour cent (70%) des étudiants ont compris cela. Ils considèrent que ce cours leur a été essentiel et que le nombre de quatre-vingt oeuvres au programme n'est pas trop élevé. Pour les autres, qui voudraient que l'on diminue « un peu » le nombre d'oeuvres au programme afin de pouvoir en faire une lecture plus « approfondie », il faut évidemment leur expliquer que non seulement ce n'est pas l'objectif du cours, mais que c'est illusoire : à partir du moment où il s'agit d'approfondir ses lectures, dans le cadre d'un cours, le nombre d'oeuvres sera toujours trop élevé, par définition. L'objectif du programme de lectures, c'est parfaitement clair, consiste à prendre une connaissance rapide, en une année, de l'ensemble du champ littéraire.

      L'objectif pédagogique du programme n'est pas à négliger. Il s'agit de faire comprendre en pratique qu'on ne saurait mener des études littéraires sans avoir acquis au préalable une culture littéraire. La lecture est une activité qui se contrôle, et qui doit être maîtrisée si l'on décide de faire des études de Lettres. Lire des oeuvres littéraires, c'est même un loisir et un plaisir qui ne saurait être étranger à aucun étudiant de Lettres !

      Cet état de la question débouche sur la crise actuelle, celle de la Contre-Réforme. Comme on va le voir, le programme de lectures du département de Lettres françaises de l'Université de Montréal doit être protégé, précisément parce que l'objectif des responsables actuels du département n'est pas d'améliorer le programme d'études pour le rendre plus efficace et plus rigoureux, objectif de toute réforme, mais bien de « changer de programme ». Leur objectif est l'abolition du Programme individuel de lectures. Dès lors, il ne s'agit plus de réforme, évidemment, mais bien de changement du programme, puisque le programme de lectures en est le coeur.

      Changer le programme d'enseignement en abolissant le cours qui en est le coeur ? Pourquoi pas ? Mais il faut pour cela des raisons d'abandonner l'ancien programme qui doit alors se mériter des critiques précises; il faut aussi des arguments militant pour un nouveau programme. Autrement, nous sommes en face d'irresponsables apprentis sorciers, des autorités absolument incapables d'évaluer correctement les forces et les qualités d'un programme qui a fait depuis longtemps ses preuves et d'un Comité des études au service d'intérêts à courtes vues. Il ne s'agit pas là de procès d'intention, mais bien de constatations et d'observations objectives, pour bien dire d'accusations dont les Réformateurs doivent pouvoir se défendre si elles sont injustes.

      En voici donc l'argumentaire.

      « Argumentaire ». Bien entendu, mon objectif est critique, voire polémique. Il s'agit de mettre en ordre les arguments qui militent pour le maintien du Programme individuel de lectures tel qu'il existe actuellement, le cours FRA 1004. Mais au niveau où je situe le débat, il est hors de question de manipuler les faits et les idées, comme le font allègrement les Réformateurs qui se sont opposés à ma consultation avec une réaction de défense indigne d'intellectuels, d'autant qu'ils constituent l'« écrasante majorité ». Bien au contraire, il faut examiner soigneusement les arguments des opposants et les inviter à s'exprimer le mieux possible, les plus nombreux possible, de manière claire et précise.

      Il est vrai qu'il est bien peu probable qu'on puisse renverser la situation car ce sont eux, les Réformateurs, qui ont déjà voté l'abolition du cours sans écouter personne...

II — Les arguties

      Voici d'abord les prétendus arguments donnés en faveur de l'abolition du Programme individuel de lectures (FRA 1004). On prendra tout le temps qu'il faut pour montrer qu'il s'agit de tristes arguties.

      À remarquer que ni l'adjoint aux études de baccalauréat ni le Comité des études responsable du programme n'ont jamais produit le moindre texte d'analyse, ils n'ont jamais mis par écrit aucune critique du programme actuel, ni bien entendu aucune analyse de sa pièce maîtresse qu'est le Programme individuel de lectures.

      Le « Document de travail sur la Réforme du baccalauréat spécialisé en études françaises », présenté par le Comité pour la journée d'études du 19 avril dernier (où la question de la Liste de lectures a été assez systématiquement évitée), comprend, en tout et pour tout, une présentation générale d'une page sur les cours obligatoires, dont l'alinéa suivant porte sur l'abolition du Programme individuel de lectures :

      « Le FRA 1004 (Liste de lectures, 6 crédits) est supprimé; cependant, cette suppression n'affectera en rien l'obligation faite aux étudiants de lire une soixantaine d'oeuvres en première année et une trentaine d'autres en deuxième année, car une quinzaine d'oeuvres seraient de chacun des quatre (4) cours obligatoires de première année; et il en serait de même pour deux (2) autres cours obligatoires en deuxième année. Les modalités pratiques présidant au choix des oeuvres dans chacun des cours restent à préciser, mais il est évident que les titulaires des six cours concernés seraient appelés à se concerter pour que cette « Liste de lectures », divisée en six modules de 15 oeuvres, respecte l'équilibre entre les époques, les genres, les domaines français, québécois, francophone et étranger ».

Cette proposition ne découle d'aucune analyse ni d'aucune critique du cours qu'elle abolit. Elle implique des données qui ne sont pas soutenables. On est en pleine rhétorique, comme on va le voir tout de suite : l'abolition du Programme individuel de lectures de six crédits n'abolit pas du tout la « Liste de lectures »...

      Voilà. Nous n'avons rien d'autre que ces dix lignes du comité sur le sujet qui nous occupe. J'en suis réduit aux courtes et brèves interventions à vif en assemblée à ce sujet précis de la Liste de lectures, généralement noyées dans des exposés fleuves de l'adjoint, exposés destinés à limiter le temps de parole des opposants. Pour le reste, nous avons la lettre du directeur tentant d'expliquer après coup le mauvais coup.

A — Arguments rhétoriques

1. Une réforme inconnue et invisible

      Il faut envisager l'abolition du Programme individuel de lectures (le cours FRA 1004) dans le cadre général de la Réforme (majuscule) du programme.

      Faux. L'inversion d'un raisonnement n'est jamais un argument. Le Comité des études s'est d'ailleurs fait une spécialité de ces sophismes depuis le début de ses travaux : il prétend mener une réforme alors que non seulement il n'a aucun argument militant en faveur d'une telle réforme (c'est-à-dire une analyse précise des forces et des faiblesses du programme actuel), mais il prétend qu'une réforme est « en cours », alors qu'aucune proposition de programme n'est encore mise en place. Pire : le Comité a fait voter des principes généraux sous le nom d'« orientations » sans aucun contenu correspondant. Pire que tout : il a même fait voter... un nombre maximal de cours obligatoires avant qu'aucune liste de cours obligatoires ne soit présentée. Du strict point de vue logique, tout cela est proprement inacceptable.

      La preuve ? Le Programme individuel de lectures, comme je l'ai fait remarquer, n'est pas un « cours » ! — Pensez-y bien : l'adjoint nous a tranquillement servi l'argument qu'on devait abolir notre programme de lectures de six crédits, car on avait décidé d'abolir tous les cours de six crédits ! Plouf...

      Il faut arrêter d'inverser les raisonnements et exiger un peu de bon sens. Actuellement, il n'y a aucun projet de réforme du programme qui soit en place. On a bien « voté » un cadre de programme, dont les blocs de cours obligatoires ne présentent qu'une seule et unique originalité, la suppression du Programme individuel de lectures (FRA 1004) et la conséquente réduction à trois crédits du cours d'Études de textes (FRA 1012). Bref, comme on le voit, le projet de programme qui ne réalise qu'une chose pour l'instant, l'abolition du programme de lectures — sans justification aucune —, est précisément la justification de son abolition...

      Tristes sophismes.

2. Une abolition qui n'abolirait rien

      La liste de lectures n'est pas abolie : elle se retrouvera intacte dans le cadre des autres cours.

      Impossible. La Liste de lectures, correspondant aux 80 oeuvres du Programme individuel de lectures, se trouve dans le programme actuel des cours au coeur d'un ensemble totalisant 18 crédits. Mathématiques : le programme disparaît (6 crédits en moins) et le cours d'études de textes est ramené de six à trois crédits (donc 3 autres crédits en moins). Si on soustrait neuf crédits d'appui à la Liste de lectures, on ne peut évidemment les récupérer nulle part. Pédagogie : aucun cours isolé ne peut comprendre plus de 8 à 10 oeuvres de lecture obligatoire, à moins justement que le cours ne soit appuyé par la Programme de lectures. Quatre cours obligatoires de première année ne pourront jamais réussir à se partager la lecture de soixantes oeuvres, cela est évidemment illusoire. Or, il est encore plus illusoire que deux cours obligatoires de deuxième année comprennent la lecture des autres oeuvres de la Liste de lectures à cause du programme de lectures des ouvrages critiques qui en constitue le coeur (FRA 2000 et 2001).

      En tout cas la proposition du comité est une vue de l'esprit qu'on prend bien soin de ne pas exposer dans la pratique (que viendrait faire la lecture de quinze oeuvres dans des cours d'introduction aux études littéraires ou d'histoire littéraire ? comment ces débris de la Liste de lectures seront-ils intégrés aux cours ? comment les ouvrages seront-ils répartis entre les cours ? comment les lectures seront-elles évaluées ?). Logique : quand on abolit un Programme individuels de lectures de six crédits, il faut avoir le courage et aussi un peu le bon sens élémentaire de le dire sans jouer au plus fin. Je ne vois pas de raison de plaider que la suppression du Programme de lectures ne correspond pas à l'abolition de la Liste de lectures... Sauf si l'on voulait tenter de cacher ce que l'on veut faire.

      Ce n'est évidemment pas là un argument.

      La preuve en est la situation où se trouvent nos Réformateurs ! Tout se passe comme s'ils voulaient nous faire rire un peu. La Liste de lectures est un instrument de travail qui sert à encadrer le Programme individuel de lectures. C'est simple, clair et net. Prétendre supprimer le programme de lectures mais pas sa Liste a quelque chose de comique, voire de pathétique. On imagine tous ces personnages du Comité des études qui s'écrient : c'est l'abolition du peigne, mais pas de ses dents — que l'on peut maintenant répartir entre plusieurs de ses poches ! Comme la liste de lectures qu'on retrouvera maintenant par petits bouts dans tous ses cours. Roulement de grosse caisse et éclat de rire général. On se croirait vraiment sur la piste d'un cirque intellectuel...

B — Les arguties proprement dites

3. Augmenter la « clientèle » étudiante

      La « clientèle » étudiante. Le fameux Programme individuel de lectures est trop difficile. Il fait fuir les étudiants vers les autres universités de la région de Montréal et est responsable de nombreux abandons.

      On commence à poser franchement les bonnes questions.

      Avant de considérer l'argument, il faut se demander si les affirmations qu'il contient sont vraies. Le « choix » de l'université en fonction de la « difficulté » du Programme individuel de lectures.

Les difficultés du programme de lectures

      Commençons par la difficulté du cours qui ne fait pas de doute. Il est évident qu'il faut de la discipline pour organiser sur une année la lecture de quatre-vingt oeuvres. C'est une évidente question d'ordre et de travail. Pourtant, à prendre globalement l'expérience, on comprend vite que c'est surtout une question d'organisation de son temps et que là réside surtout la difficulté, puisque moins d'un mois de retard ne pardonnera pas. Qu'il s'en suive des abandons, c'est assez naturel, mais il faudrait pouvoir les quantifier : combien d'étudiants pourraient suivre l'Atelier de lectures sans pouvoir réaliser le Programme de lectures ? bien peu, certainement : on échoue sa première année de baccalauréat, non pas ce programme. Évidemment, pour le nouvel étudiant qui a très peu lu avant d'entrer au département, c'est apparemment un énorme défi. Mais située dans le contexte des cours de la première année et dans l'ensemble du programme du baccalauréat, il s'agit en réalité d'une expérience tout à fait à la portée d'étudiants qui veulent précisément s'en donner la compétence.

Un programme classique, un atout pour l'Université de Montréal

      Justement, voilà en fait une bonne raison de s'inscrire au programme « classique » du département des Études françaises, un programme qui a fait ses preuves depuis près d'un demi-siècle. Il faut d'ailleurs étudier comment les université McGill de Montréal et Laval de Québec seraient en train de se l'approprier, ce dont jamais le Comité des études n'a fait état (ignorance ? incompétence ? stratégie ?). Mais il faut également voir l'aspect inverse de la question. Qui donc a dit que les étudiants s'inscrivaient majoritairement en Lettres à l'Université du Québec à Montréal et, moins nombreux, à McGill et à Concordia, aussi de Montréal, parce que le Programme de lectures de notre département les faisait fuir ? Personnellement, fort de mon expérience, je demande maintenant une enquête sérieuse, un sondage, voire une consultation ! Je dirai qu'il y a là beaucoup de suffisance de la part de professeurs de l'Université de Montréal, mais aussi beaucoup de méconnaissance des forces et des attraits des autres universités en ce domaine. Non, les étudiants ne vont pas majoritairement à l'UQAM, par exemple, parce que c'est plus facile, cette université ne connaissant pas le « grand défi » de la « fameuse » Liste de lectures ! C'est là un triste point de vue d'administrateurs, évidemment, probablement gérant des espaces de bureaux et salles de cours, qui se demandent comment prendre à l'UQAM sa « clientèle »...

Les atouts des autres universités

      La vérité est que l'Université du Québec à Montréal, comme les autres départements de Lettres de la région de Montréal, présentent aux étudiants d'autres défis et d'autres attraits. On peut penser en particulier au programme en théâtre de l'UQAM, avec ses trois profils, à ses très nombreux cours de composition et de rédaction, souvent spécialisés, comme aussi à l'accent qui est mis sur les théories critiques (notamment dans la préparation aux études supérieures), et, tout bonnement, à sa masse étudiante critique.

      D'ailleurs, si l'administration était avisée, elle ne toucherait certainement pas au programme de lectures, qui est manifestement un attrait pour de nombreux et très bons étudiants, avant d'avoir mis en place un programme ou une orientation ne comprenant pas le Programme individuel de lectures, afin de voir quel sera son succès. Justement, s'il risque de n'en avoir aucun, c'est évidemment le sort qui attend le nouveau programme s'il était adopté.

La Contre-Réforme

      Réformer, c'est forcément améliorer. On ne réalise pas cela en tentant de voler les atouts des autres, car ils sont déjà dans leurs jeux. On commence par étudier les forces et les faiblesses du sien. Je dirais que la principale faiblesse du programme des Études françaises de l'Université de Montréal est d'ignorer de plus en plus ses forces depuis plus d'une décennie maintenant. Il s'agit essentiellement de l'accent mis sur les études textuelles, de la perspective rigoureusement historique amenant les étudiants à prendre connaissance systématiquement de toutes les périodes et de tous les domaines des littératures d'expression française et enfin de la très grandes diversités de ses approches critiques. De ce point de vue, les responsables du Comité des études ne cherchent pas à améliorer le programme en renforçant ses qualités, mais à le rendre plus attrayant. C'est précisément ce qui définit la Contre-Réforme. Or, la meilleure façon à leurs yeux de rendre un programme d'études plus « attrayant », pour les « clientèles étudiantes », est bien de le rendre plus facile. D'où la soustraction préliminaire du Programme individuel de lectures jugé rébarbatif et difficile.

4. « Le monde a changé »

      Je ne sais comment rendre le plus objectivement possible cet « argument » de nos Réformateurs. Évidemment, si l'on doit réformer un programme, c'est qu'on veut l'améliorer et, notamment, le mettre à jour. Cela s'est fait périodiquement et je dirais année après année. L'enseignement des professeurs n'a cessé d'évoluer, les contenus des cours de se transformer, sans compter l'apport de nouveaux professeurs et de professeurs invités.

      Tout ce qui est « ancien » doit être « mis au goût du jour », dans l'esprit de nos Réformateurs. Leur argument : « le monde a changé » !

      Cela ne s'applique nullement au Programme individuel de lectures. Bien au contraire. La liste de lectures accueille souvent de nouveaux auteurs et elle a périodiquement été réorganisée. Or, sa force tient précisément à ce que sa formule a fait ses preuves, au fil des décennies, s'agissant d'une liste ouverte où l'étudiant original peut inclure facilement les oeuvres de littératures en perpétuel mouvement.

5. Évaluation « ingérable »

      Alors ? D'abord c'est faux et ensuite on n'abolit évidemment pas un cours ou un programme de lectures parce que les étudiants sont insatisfaits de son mode d'évaluation. On change les formes d'évaluation.

      Cet argument consistait tout simplement, de la part des professeurs, à exploiter le mécontentement personnel inévitable de nombreux et même d'une majorité d'étudiants face à ce cours, comme de n'importe quel autre. Rétrospectivement, on comprend maintenant que l'on peut faire disparaître à peu près n'importe quel cours avec un tel argument.

      Or, c'était un des premiers objectifs de ma consultation que d'évaluer ce « mécontentement », en le prenant pour acquis. Non seulement les résultats prouvent hors de tout doute que l'argument ne tient pas, mais il montre surtout que le travail du Comité des études n'est pas encore commencé à ce sujet.

      Le cours doit être maintenu dans sa formule actuelle. En revanche, ses modes d'évaluation doivent être étudiés, revus, améliorés et surtout ils doivent être tout à la fois allégés et diversifiés. Il s'agit là d'un voeu très fréquemment exprimé dans les commentaires accompagnant la consultation. Malheureusement, le Comité des études aura perdu plus d'une année avant de se mettre sérieusement au travail sur ce point essentiel.

6. Lectures superficielles

      Comme je l'ai expliqué en introduction, l'objectif du programme est de prendre une vue d'ensemble d'un vaste corpus d'oeuvres littéraires. On ne peut pas, évidemment, objecter qu'il s'agit là de lectures « superficielles » inutiles, voire dommageables, faites trop vite et sans profit, dont l'étudiant finalement ne retire rien. Et on peut encore moins, sur sa lancée, ajouter qu'il faut plutôt « encadrer » les étudiants, pour leur permettre de faire des lectures profitables...

      En effet, il y a là une pétition de principe : un programme de lectures est un mauvais cours, car c'est un programme de lectures. On ne répétera jamais assez qu'une première lecture est forcément superficielle et il est souvent nécessaire d'en faire plusieurs, ne serait-ce que pour pouvoir ensuite choisir en connaissance de cause les oeuvres qu'on voudra approfondir, notamment dans les choix de ses cours.

      Il y a là également beaucoup de paternalisme s'appuyant d'ailleurs sur le désir de plusieurs étudiants en quête de sécurité intellectuelle. Pourtant, un des objectifs majeurs du Programme INDIVIDUEL de lectures, c'est précisément de n'être pas dirigé autrement que par le cadre des oeuvres à choisir. C'est tout le contraire de la lecture dirigée menée dans tous les autres cours. Il est simplement demandé à chaque étudiant de lire tout seul, pour lui-même et à sa guise, quatre-vingt des grandes oeuvres des littératures d'expression française.

      J'ai dit en réplique à l'argument 3 que la plus grande difficulté du programme était tout bonnement celle du travail, de l'ordre et de la discipline, pour mener son programme sur l'année universitaire. En fait, on trouve là, finalement, le plaisir de lire si on ne l'avait pas au départ. Mais le véritable défi est intellectuel et se trouve surtout devant les oeuvres qui paraîtront difficiles, inabordables, inépuisables ou rébarbatives : alors qu'on voudrait tout savoir, comprendre et évaluer rapidement et surtout sûrement, il faut mettre beaucoup de temps à accepter que non seulement ce n'est pas toujours possible, mais que ce n'est pas non plus souvent souhaitable. Il faut combien de temps pour savoir qu'il est naturel d'aborder une oeuvre avec le sentiment de ne pas savoir aller à l'essentiel, et même de n'avoir « rien compris » ? C'est pourtant le fait des grandes oeuvres littéraires, des plus grandes. Accepter le sentiment d'insécurité qui en résulte fait partie de l'apprentissage.

      En tout cas, l'idée ne tient pas qui voudrait qu'on ne saurait laisser les étudiants seuls face à leurs angoisses et que le rôle d'un bon programme universitaire est de les materner.

III — Les arguments

      Ce sera incomparablement plus bref d'exposer les nombreux arguments qui militent en faveur du maintien du Programme individuel de lectures. La cause en est qu'il ne s'agit pas d'arguties, qu'ils sont clairs et nets et qu'ils ne souffrent pas de contradiction. Si tel n'était pas le cas, il y a longtemps que le Comité des études aurait répondu précisément pour contrer ces idées. Au lieu de cela, la direction du département, le responsables et les membres du Comité des études de même que les représentants étudiants jouent au plus fin, c'est-à-dire aux votes majoritaires. Commençons donc par la rhétorique.

A — Arguments rhétoriques

1. Démocratie et droit de parole

      En démocratie la majorité peut décider tout ce qu'elle veut. Elle ne saurait faire taire la critique ou l'opposition. Il ne faudrait tout de même pas confondre démocratie et dictature du prolétariat (intellectuel).

      On m'accuse de manquer d'éthique en ne respectant pas les décisions de la majorité. À quoi je réponds, évidemment, d'abord que la majorité et ses décisions n'ont droit à aucun respect intellectuel si elles ne sont pas justes et surtout justifiées. La majorité, c'est la force brute, ce n'est donc pas une justification. Mais ensuite je réponds surtout que ce n'est vraiment pas mon problème, étant tout seul contre la majorité. Et je rigole.

      Vous avez compris, je suppose. Opposer la démocratie au droit de parole est l'action la plus antidémocratique qui soit. Dans le cas d'intellectuels, c'est même profondément immoral et totalement irresponsable.

2. Démocratie et procédure démocratique

      Les directions, responsables et membres de Comité universitaires ont le devoir d'agir dans la plus grande transparence. En particulier on ne saurait soumettre propositions sur propositions à la sauvette, sans que ces propositions ne soient appuyées de textes justificatifs. On appelle cela des analyse de la situation, des états de la question et des plaidoyers.

      Est-on encore dans la rhétorique ? Oui, car l'action d'« animateurs » constituant petit à petit des « consensus de corridors » entre membres de comités, amis, autres collègues, représentants étudiants et de proche en proche une vaste majorité, tout cela conduisant à l'adoption de propositions, impliquant elles-mêmes d'autres propositions, n'est évidemment pas une procédure adéquate pour prendre des décisions éclairées. Sauf que ce n'est pas la procédure qui m'importe, mais ses résultats. Dénoncer la procédure (qu'on peut appeler, par exemple, dans certains cas, de la « manigance », de la « manipulation » ou de la « stratégie », au choix) est donc de l'ordre de la rhétorique. Nous n'avons pas de raison de nous priver de l'argument, mais il faut reconnaître qu'il n'est pas catégorique.

      En revanche, indépendamment des résultats, on peut également dénoncer la procédure. Le mieux dans ce cas est de militer pour que je sois directeur du département des Études françaises, adjoint au baccalauréat ou du moins membre du Comité des études. Dans chacun de ces trois cas, on se serait de moins en moins retrouvé dans la situation loufoque d'une majorité d'intellectuels qui a tort. Ce qui est bien triste.

B —  Arguments catégoriques

3. Arguments culturels.

      La nécessité de prendre possession personnellement d'un corpus textuel. La culture littéraire.

      Les études de Lettres reposent sur la connaissances des textes. Jusqu'à la fin du XIXe siècle l'enseignement institutionnalisé de la littérature reposait largement sur l'histoire littéraire et une connaissance de seconde main des oeuvres à partir d'extraits choisis. Depuis la seconde moitié du XXe siècle, cette tendance est revenue sous une forme retorse que je peux illustrer de l'anecdote suivante. Je rencontre un étudiant qui veut entreprendre une maîtrise (il ne s'agit pas d'un étudiant qui a suivi notre programme de lectures, on va le voir !). Je lui parle de Rabelais et sa réaction me stupéfait : « Ah oui, Rabelais, me dit-il, Bakhtine en parle ». Évidemment, inutile, totalement inutile de lire les ouvrages de Mikhaïl Bakhtine si l'on ne connaît pas déjà assez bien l'oeuvre de Rabelais, mais le plus extraordinaire est que des études de Lettres puissent permettre de lire Bakhtine sans Rabelais.

      Il faut donc connaître la structure de la « Liste de lectures » à partir de laquelle l'étudiant établit son programme individuel de lectures et on fera bien d'en prendre connaissance maintenant, si ce n'est déjà fait :

Guide de lecture : FRA 1012 — FRA 1004

      En effet, il importe de savoir qu'elle établit simplement le cadre d'un choix ouvert. Il faut choisir les oeuvres de son programme entre les diverses périodes des littératures d'expression françaises, depuis le Moyen Âge jusqu'aux littératures modernes de France, du Québec et de la Francophonie, de telle manière que les divers genres littéraires soient tous représentés. La liste est ouverte. D'une part elle n'est pas restrictive, l'étudiant pouvant inscrire des auteurs et des oeuvres qui n'y figurent pas; d'autre part elle comprend aussi de grandes oeuvres des littératures anciennes et étrangères. La Liste de lectures n'est pas un carcan, mais un cadre permettant d'établir un programme de lectures à sa mesure.

      Le résultat net est l'acquisition d'une culture littéraire préalable aux études de Lettres. Ce serait long, très long d'ordonner les arguments que l'on trouve exprimés dans les commentaires proposés en réponse à ma consultation.

      1) Apprentissage de la lecture rapide. Toute oeuvre, surtout s'il s'agit d'une première lecture d'exploration, ne mérite pas une lecture attentive de l'ordre du mot à mot.

      2) Expérience de la mise en place et de la réalisation d'un vaste programme de lectures. Aucun cours universitaire sérieux de deuxième et de troisième années de baccalauréat ne saurait être profitable sans cette réalisation préalable. Lire rapidement, pour préparer un cours, une vingtaine d'oeuvres, pour pouvoir en approfondir vraiment deux ou trois directement pertinentes, cela ne se fait pas sans apprentissage préalable.

      3) Appropriation personnelle des oeuvres représentatives du domaine des littératures d'expression française. Le programme INDIVIDUEL de lectures s'oppose radicalement aux « lectures dirigées » qu'on trouve dans tous les cours spécialisés de deuxième et troisième années du baccalauréat. Évidemment, l'étudiant n'est pas totalement laissé à lui-même, comme on dit, son expérience étant encadré par douze heures de cours (atelier d'études de textes, cours d'introduction aux études littéraires et cours d'histoire littéraire). En revanche, c'est à partir de ces cours très généraux qu'il doit personnellement mettre en place ses dossiers de lectures. Bien entendu, on suppose qu'il ne lira pas Phèdre, la Princesse de Clèves, Candide ou Voyage au bout de la nuit sans ouvrir quelques encyclopédies et manuels d'histoire littéraire, mais cela est bien secondaire par rapport à l'expérience de lecture, dont on demande seulement qu'il garde trace. C'est le dossier ou la fiche de lecture.

4. Arguments pédagogiques.

      Par définition, la lecture d'une oeuvre précède son analyse littéraire. Pas d'études de Lettres sans connaissance personnelle immédiate des textes. Aussi le Programme individuel de lectures est-il au coeur de la première année de baccalauréat comme le Programme de lectures critiques est au coeur de la seconde année.

      On sait que le programme de lectures se trouve dans un ensemble de cours totalisant 18 crédits. L'objectif intellectuel qui constitue l'argument précédent est également une très pragmatique expérience : des lectures, des dossiers de lectures, des rayons de bibliothèque. La réalisation du Programme individuel de lectures exige de l'ordre et de la régularité, de la discipline et du travail, tous les étudiants ayant réalisé l'expérience le diront. Paradoxalement, l'expérience devient vite enrichissante, par la force des choses, et ce « travail » (bien réel) apparaît vite pour ce qu'il est en réalité — un loisir ! Eh oui. Tout le monde n'a pas la chance de devoir trouver le temps de lire quatre-vingt oeuvres littéraires en une année dans un programme raisonné. On peut croire, étant donné le résultat de la consultation, que dans plus de 70% des cas, ce plaisir d'une année devient une passion pour toute la vie.

5. Arguments intellectuels.

      Il y a certes plusieurs façons d'aborder les études de Lettres. Longtemps, le droit et la rhétorique, avec l'histoire littéraire, ont constitué la voie royale. On peut y venir aussi par le biais de la linguistique, de la grammaire, de la philosophie et de plusieurs des sciences de l'homme. Mais lorsqu'on s'y mettra vraiment, la lecture des oeuvres en est forcément la base.

      On imagine assez mal l'étudiant de Lettres déclarant candidement à son professeur qu'il n'aime pas lire (plaisanterie connue au département des Études françaises de Montréal). En revanche, il serait assez invraisemblable que ses études au département ne lui donne pas au moins le goût de lire, la passion de la lecture. N'est-ce pas la moindre des choses ?

      Du strict point de vue de la logique, on voudrait que l'étudiant qui entreprend des études de Lettres soit déjà un lecteur passionné, de ceux qui manquent toujours de temps pour lire et relire. Non seulement tel n'est pas le cas, mais il faut tout de même admettre qu'on n'entreprend pas pour rien des études universitaires en Lettres et qu'il est réconfortant d'apprendre que le plaisir et la passion de la lecture sont venus avec notre enseignement. Dans la très grande majorité des cas, nos étudiants ne le doivent qu'à eux mêmes, et un peu aux quatre-vingt auteurs qu'ils ont eu l'occasion de fréquenter très souvent pour la première fois.

6. Arguments émotifs.

      La sensibilité littéraire relève de la plus haute objectivité. C'est la fréquentation des oeuvres qui forme le goût et pour bien dire la compétence d'un littéraire.

      En effet, aucun professeur ne préside à la réalisation du programme de lectures. Il est individuel. Il s'agit de six crédits qui ne correspondent à aucune présence en classe, aucune heure de « cours ». Les enseignants, ce sont alors quatre-vingt auteurs, parmi les plus grands des littératures d'expression françaises, de Rabelais à Ferron en passant par Racine.

      Et on voudrait tuer cette expérience sentimentale unique pour la remplacer par l'enseignement rationnel « approfondi » de deux professeurs présidant forcément à quelques lectures dirigées ? Si l'on n'a manifestement pas bien réfléchi à cet encadrement policier de la pensée, il est encore plus évident qu'on n'a jamais compris l'impact émotif du Programme individuel de lectures qui est souvent à l'origine de la sensibilité littéraire de nos étudiants.

IV — Les améliorations souhaitées

      Actuellement, la mise à jour du programme des cours du département des Études françaises ne devrait pas toucher le Programme individuel de lectures (soit le cours FRA 1004). En revanche, il ne fait pas de doute qu'on doit d'urgence revoir ses modes d'évaluation.

1. Abolition des fiches. Élaboration de dossiers de lectures.

      Le nom et l'idée de « fiche » contrevient manifestement aux principes fondamentaux d'un programme de lectures, puisque cela contrevient à la « lecture ».

      Bien au contraire, l'étudiant doit être invité à mettre en place, tout au long de son programme, des dossiers de lectures personnels. Il doit s'agir, évidemment, de stimuler la lecture active, celle qui se fait crayon à la main, pour prendre note des diverses questions que soulève l'oeuvre, de ses réactions de première lecture (points forts et critiques de ce premier contact) et, bien entendu, d'un résumé ou d'un sommaire de l'oeuvre qui garde trace de ce contact initial d'autant plus précieux qu'il ne se renouvellera jamais, évidemment.

2. Évaluation uniformisée, multiple et périodique

      Il apparaît clairement des commentaires des étudiants qu'on doit revoir les mécanismes d'évaluation des « fiches », comme de l'examen oral qui l'accompagne. Trop souvent les professeurs donnent l'impression de ne jeter qu'un rapide coup d'oeil aux « fiches » de lectures, alors que ce professeur, un seul, contrôle à lui seul la note d'un étudiant pour la somme de 12 crédits.

      Il faudrait donc étudier les mesures suivantes.

      Que les évaluations des 12 crédits en question soient au nombre de quatre. Deux professeurs devraient donner le FRA 1012, à raison d'une séance sur deux durant toute l'année. Le cours FRA 1004 devrait par ailleurs être évalué par deux autres professeurs évaluant chacun deux fois (à mi-session et en fin de session) chacun des deux trimestres du Programme individuel de lectures, sur la base d'une évaluation rigoureuse des dossiers de lectures avant et après deux examens oraux (l'étudiant présente ses dossiers de lectures personnels, le professeurs examine les dossiers et, finalement, une semaine plus tard environ, il interroge l'étudiant sur les dossiers dont il a pris connaissance).

      Jamais un programme de lectures ne pourra être évalué parfaitement bien à son mérite, s'agissant d'une expérience personnelle. Aussi serait-il juste que les étudiants dont la moyenne se trouve en dessous de la note « C+ » (et tous ceux qui en feraient la demande) soient systématiquement réévalués sur la base de leur progrès tout au long de l'année par les quatre professeurs ayant présidé à leurs évaluations périodiques.

3. Soutien et promotion

      Par ailleurs, il est reconnu que l'entrée à l'université peut être fort stressante durant les toutes premières semaines, ce qui peut conduire à des abandons inopinés non justifiés. Or, le Programme de lectures, par définition, est plus stressant encore, laissant l'étudiant à lui-même dans une période où il ne doit surtout pas prendre de retard, particulièrement s'il n'a pas eu la chance rare de prendre un peu d'avance au cours de l'été qui précède la rentrée.

      On pourrait imaginer des moyens simples de les aider. La production d'un vidéo d'introduction au programme de lectures, qui en ferait également la promotion dans les collèges, et surtout la mise en place d'un site internet présentant simplement les étapes du travail et pondérant les échanges entre les étudiants et un responsable du programme. — Car peut-être bien que quelques étudiants doivent apprendre à débrancher leur téléviseur et leur ordinateur pour ouvrir plus souvent et plus longtemps leurs livres ? On peut leur expliquer cela dans un programme vidéo et dans un fichier internet !

4. Revoir encore et encore le Guide de lecture

      Assez récemment, il y a quatre ans, on a revu le contenu du Guide servant à l'établissement de la Liste de lectures et la répartition des ouvrages entre les genres, les périodes et les littératures. Pourtant, son contenu doit être revu plus souvent et plus radicalement.

      Je me souviens que mes propositions de révisions, la dernière fois, ne sont même pas parvenues au comité ! Mais puisque j'en suis aux notes autobiographiques, je dirai que j'ai eu l'occasion de protester en deux sens bien différents. Au début, notre Liste de lectures ne comprenait aucune oeuvre de Sade et j'ai dû insister pour qu'on y ajoute Justine. Pire encore, « Le Petit Chaperon rouge » manquait aussi ! Vous vous rendez compte ? Actuellement encore, le roman policier n'y est pas représenté : il y a quelque chose de curieux à ce que ni Simenon ni Claude Aveline ne figure dans un répertoire des oeuvres essentielles d'expression française. Et la bande dessinée ?

      Voici enfin une proposition de réforme constructive !

      D'accord. Passons de quatre-vingt à quatre-vingt-cinq oeuvres, en ajoutant la lecture de cinq des plus grands albums de bandes dessinées choisies dans un répertoire d'une douzaine. Évidemment, Tintin, Astérix et Achille Talon sont tout de suite en liste, pour ceux qui n'en ont jamais lu. Ensuite, je propose Claire Bretecher. Je vous laisse un peu de temps pour choisir les huit autres albums.

      Guy Laflèche,
      15 et 31 juillet 2004


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