Les interventions du redoutable polémiste (nous le sommes tous) restent généralement sans réplique, malheureusement, ses victimes n'éprouvant pas le besoin qu'on mesure davantage la justesse de la critique et c'est bien dommage, cela nous permettrait de rire encore un peu, car si le polémiste est intervenu, c'est évidemment parce que ce n'était pas drôle du tout. La formule : polémique = réplique (pamphlétaire (sans réplique)).
L'éléphant de porcelaine L'arpenteuse du racisme La brouillonnologue de la CGMM Notre critique et sa poésie
Les fulminations de Dominique Deslandres, de René Latourelle et de Robert Toupin contre le « Mythe contemporain Laflèche »

Polémiques II

Guy Laflèche,
professeur retraité,
Université de Montréal

F F M M    2 0 1 3    2 0 1 4    2 0 1 5...  et
2 0 1 6  !

Table

Introduction

Le festival des films du monde de Montréal (FFMM)
« Grandeur et misères d'un événement ambitieux »

      Non seulement je reprends le titre de Marc-André Lussier, mais je vais aussi reprendre, de mon point de vue, les grandes lignes de l'analyse qu'il a fait paraître sous ce titre dans la Presse, trois ans après le début de l'histoire qui commence ici, le 19 août 2016, à la veille de l'ouverture de la 40e édition du FFMM. On en retrouvera facilement le texte dans les archives du journal lapresse.ca, mais je voudrais que les lecteurs pressés (comme on l'est souvent) connaissent les conclusions de son analyse avant de feuilleter les sections qui suivent et qui se sont accumulées au fil des ans, parce que si sa remarquable synthèse avait été connue dès le départ (ou mieux connue, car l'auteur a dû exprimer déjà ces idées), jamais la triste histoire qui va se dérouler durant plus de trois ans n'aurait eu lieu.

      En effet, il est bon de savoir précisément tout de suite ce que tout le monde va s'acharner à ignorer, l'évidence. On appelle cela la « réalité ». Comme on va le voir au fil des pages qui suivent, j'ai été souvent très proche de la vérité, mais Marc-André Lussier va l'exprimer, lui, avec une compétence que je n'ai évidemment pas. Dans ce texte d'une remarquable lucidité, il pratique la logique implacable de la plus grande simplicité, directement, sans concession, mais avec la force de l'honnêteté que peut donner une grande expérience critique de la chose cinématographique, de ses festivals dans le cas qui nous occupe. Au cours des trois années durant lesquelles j'ai suivi pas à pas les aléas du FFMM, jamais il ne m'aura été donné de lire une analyse aussi pertinente. J'ai plutôt lu mille sottises, comme on va le voir tout de suite après cette introduction.

      Tout va se résumer pour finir en une simple question : veut-on garder le festival que l'on a ici, à Montréal, et qui s'appelle le FFMM, sachant qu'il n'y en a pas d'autre possible ? Or, pour répondre à la question, pour simplement la comprendre, il faut savoir non seulement ce qu'à été le FFMM, mais comment et pourquoi il est devenu ce qu'il est, précisément parce qu'il ne pouvait en être autrement.

      Ce que le FFMM a été, tout le monde le sait très bien, puisque de nombreux nostalgiques qui le décrient voudraient qu'il le redevienne ! Cela s'est passé au cinéma Le Parisien. Serge Losique, en 1977, met en place un événement cinématographique d'une envergure mondiale qui va se développer sans cesse, de 1980 à 2000, avec des audiences considérables où l'enthousiasme du public est démultiplié par des événements médiatiques souvent percutants, les polémiques des journalistes de la critique cinématographique (sur la programmation ou le choix des films, la constitution des jurys et l'attribution des prix, etc.), comme sur la venue à Montréal de grands acteurs, réalisateurs et producteurs qui vont marquer le cinéma du XXe siècle. Marc-André Lussier explique fort bien comment ce miracle a été possible : le FFMM est le premier festival généraliste, de type européen, en Amérique. Il profite d'une comparaison avantageuse avec les festival de Cannes et de Berlin, il ne fait pas ombrage au seul festival spécialisé alors à Montréal, celui qui deviendra le Festival du Nouveau cinéma, qui mise sur les films expérimentaux pour les cinéphile d'avant-garde (il se déroule d'ailleurs au cinéma qui lui convient, L'Élysée). Mais le succès du FFMM vient également avec la dynamique du festival lui-même, qui parfait son organisation chaque année, d'abord pour qu'on cesse de se battre pour entrer dans les salles (!), ensuite avec sa télévision et son journal quotidien qui popularisent ses entrevues et conférences de presse.

      Mais la plus importante partie de l'analyse de Marc-André Lussier, et qu'on ne lira évidemment nulle part sous ma plume, tient à sa connaissance de l'industrie cinématographique. La « grandeur », puis les « misères » du FFMM qui vont suivre, tiennent tout simplement aux règles de la distribution des films. Elles ont d'abord été extrêmement favorables au festival qui voyait aussi bien les distributeurs que les producteurs, voire les réalisateurs, à son service. On se battait peut-être pour voir les films, mais on se battait aussi pour les présenter au FFMM. Je cite le spécialiste : « de premiers signes inquiétants sont apparus à la fin des années 90; des films français attendus des cinéphiles se sont alors mis à passer par-dessus nos têtes — avec les stars qui les accompagnaient — pour aboutir directement dans la Ville Reine ». Et Marc-André Lussier d'expliquer le succès du TIFF de Toronto, en plus de rendre justice à ce festival qui va précisément devenir en partie ce que le FFMM a été, grâce aux grandes capitales du cinéma européen et, surtout, à Hollywood. Mes analyses ne rendent pas justice aux qualités du TIFF, pour s'en tenir simplement à son « importance »... dont on peut se passer ! (lorsqu'on a le FFMM).

      En effet, il faut bien dire que le TIFF devient « en partie » ce qu'était le FFMM dans ses belles années. Pourquoi ? Parce que le festival de Montréal a gardé ce qu'il avait de plus précieux et que l'industrie cinématographique, et j'ajouterais méchamment ce que « les gens du milieu », n'ont jamais pu lui enlever et qu'il doit à Serge Losique : la ferveur populaire des Montréalais pour le cinéma et notamment pour son FFMM, le FFM de Montréal. Si Marc-André Lussier concède à ses collègues en critique cinématographique que le FFMM a pu avoir du mal à se « renouveler », son analyse montre précisément que ce n'est pas vrai. Bien au contraire, le festival de Montréal a réussi à prendre une double orientation qui fait aujourd'hui toute sa force : d'abord il a mis l'accent sur le cinéma émergent, notamment avec son concours des premières oeuvres, ensuite sur le cinéma des pays émergents en les regroupant parmi les films du monde entier, ce qui attire en salle un large public populaire. « Nos concitoyens issus des communautés culturelles, heureux de pouvoir voir des oeuvres venues de leur pays d'origine, célèbrent aussi ce festival qui, dans les faits, a toujours fièrement porté son nom ».

      Question : est-ce que les journalistes, les fonctionnaires et les politiciens, voire les « gens du milieu », ne pourraient pas comprendre la question ? Sur cette question, je crois que grâce à Marc-André Lussier on pourra mieux juger du déroulement d'une histoire vraiment de plus en plus triste menée par des personnages qui n'auront rien compris. L'intrigue commence par la question d'O. Tremblay, « Financer ou pas un FFM en déclin ? », et la réponse négative qu'elle souhaitait est venue finalement de la SODEC de Monique Simard !


Référence
Marc-André Lussier, « FFM : grandeur et misères d'un événement ambitieux », la Presse, 19 août 2016.


Table

Deux ou trois portraits