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Profession, professeur : un cours enregistré du professeur Guy Laflèche

[Prolégomènes à une]
Histoire des formes du roman québécois
(1976)

      Profession : professeur. J'ai fait un très beau métier. J'ai été professeur à l'Université de Montréal durant près de quarante ans (1973-2011). Pour le grand public, un « professeur » est un enseignant, et c'est bien vrai. Mais il faut en distinguer trois catégories, d'abord l'instituteur, le maître ou la maîtresse d'école qui enseigne à des élèves, ensuite le professeur ou l'enseignant qui enseigne au collège à des collégiens (les tautologies ont le mérite de la clarté) et enfin ceux qui enseignent à l'université à des étudiants. La caractéristique principale des professeurs d'université, c'est qu'ils sont des enseignants et des chercheurs. En général ou en principe, la moitié de leur temps est consacrée à l'enseignement, l'autre à la recherche. Non, non : ce n'est pas du tout mathématique, c'est dialectique. D'abord tous les professeurs n'accordent pas autant de temps à la recherche et à l'enseignement, ensuite chaque professeur, tout au long de sa carrière, accorde une proportion variable de son temps à ses deux activités : en début de carrière, par exemple, presque tout le temps d'un professeur peut être investi dans son enseignement, tandis qu'en fin de carrière, ce pourra être l'inverse. Mais je viens de dire que ces deux activités étaient en rapport dialectique. Bien sûr, un professeur donne parfois un cours de « service » : il enseignera, par exemple, l'introduction aux diverses formes de l'étude stylistique du texte littéraire. S'il le fait dans une perspective essentiellement historique, il enseignera ce que tout le monde sait dans son domaine et ce que ses étudiants doivent apprendre. Dans ce cas exceptionnel, le professeur est un enseignant comme le serait le professeur de collège, s'il devait donner ce cours. Si c'est exceptionnel, c'est parce que le professeur enseigne les résultats de ses recherches et que cet enseignement est de lui-même une activité de recherche. Cela signifie que la matière de son enseignement est nouvelle, inédite et qu'elle se développera encore année après année au cours de son enseignement, grâce à cet enseignement. On peut comprendre alors de quel beau métier il s'agit. Je dis bien « métier », car dans le cas des instituteurs de la petite école et des professeurs du collège, leur travail correspond vraiment à une vocation. Ils doivent y mettre beaucoup de talent, d'énergie et, surtout, beaucoup de cet art de l'expérience, la pédagogie, qui s'exerce avec une totale abnégation : répéter, corriger, répéter encore et encore corriger, puis trouver toutes sortes de façons ingénieuses d'être « intéressants » en classe. À l'université, le professeur doit évidemment tenter d'être bon pédagogue, mais serait-il le plus grand pédagogue de son université, s'il n'est pas aussi un chercheur efficace et doué, il ne fera pas correctement son métier. L'enseignement n'est plus ici une question de vocation, mais simplement une des deux parties du métier. Sans la recherche et ses résultats, il n'y a pas d'enseignement universitaire valable.

      En voici donc une illustration. Elle est modeste parce qu'elle est datée du tout début de mon enseignement. Elle est donc doublement datée : c'est l'un des premiers cours que j'ai mis en place et dans un domaine que j'allais explorer durant de nombreuses années, l'étude narrative, de sorte qu'aujourd'hui, je saurais le refaire de manière plus efficace. Mes analyses seraient plus approfondies, plus développée et surtout plus convaincantes, mes conclusions plus évidentes, tout simplement parce que, grâce à ce cours, j'ai développé au fil des ans rien de moins qu'une « grammaire narrative » que j'ai appliquée à de très nombreux corpus, comme le roman policier, le roman expérimental (le nouveau roman, les romans de l'Oulipo et ceux de la Beat Generation) et au songe et au récit de rêve à travers les âges. Si j'avais l'occasion de reprendre mon Histoire des formes du roman québécois, il est clair qu'elle profiterait de la recherche qui en est née, sans pourtant rien y changer de fondamental. En fait, tous ceux qui connaissent mon enseignement et mes recherches, dans le domaine des études narratives, avec un peu de métier et de travail, pourraient facilement mettre à jour ce cours pourtant daté : 1976. La cause en est qu'il s'agit d'un travail scientifique qui n'a rien à voir avec les humeurs des « critiques littéraires ».

      Je présente oralement ce travail en tête des émissions sous le titre « Situation, contexte, date : 1976 » où je développe ce qu'on vient de lire pour situer le cours dans mon enseignement et ma recherche. Si l'on voulait profiter aujourd'hui de cet enseignement, il y a trois conditions à réaliser. La première est de lire les dix romans sur lesquels s'appuie le cours (ce qu'on peut faire au fur et à mesure qu'on le suit); la seconde est d'ouvrir le cahier (qu'on trouve ci-dessous en version pdf); et la troisième est d'écouter activement les émissions du cours. « Activement », cela veut dire avec une lecture récente des dix romans et en ayant le cahier en main ou à l'écran. Et comme je l'ai souvent répété, on n'écoute qu'une fois chaque émission, on ne revient pas en arrière en cours de diffusion et, bien entendu, si l'on veut assimiler la matière du cours, il faut prendre des notes tout au long de son écoute pour produire un plan ou un résumé du cours avant l'écoute de l'émission suivante. Il s'agit d'un cours universitaire et non de conférences destinées au grand public. Plus encore : ces diverses leçons n'ont justement rien à voir avec les impératifs de la conférence ou des émissions radiophoniques. Ces cours n'ont pas été rédigés (1) avant d'être donnés, je n'ai au moment de l'enregistrement, exactement comme dans ma classe, aucun texte à lire; c'est à partir d'un plan plus ou moins détaillés selon ses parties, que j'improvise mon exposé. Par conséquent, les lapsus, les petits bafouillages, les contradictions apparentes de détail, les répétitions involontaires et les petites fautes de toutes sortes font intrinsèquement partie de l'enseignement. L'étudiant universitaire me corrigera sans peine et n'en sera pas moins attentif et d'autant plus actif. Il sait que nous ne sommes pas à la petite école, ni au collège. Encore moins à la radio ou à la télévision.

      Bref, dans mon esprit, un cours universitaire est, par définition, brouillon : aux étudiants de le mettre au propre. Les plus doués et les plus chanceux en feront des mémoires, des thèses ou d'autres avancés de la recherche.

      Avec les dix romans qu'on trouvera facilement en librairie et qu'on pourra annoter lors de sa lecture, les deux autres instruments sont les suivants.

Le cahier

Cahier

—— Ouvrez le fichier, puis enregistrez-le (Fichier > Enregistrer sous...) sur votre ordinateur. Votre programme de lecture des fichiers -.pdf, même s'il n'est pas de niveau professionnel pourra l'ouvrir.

Les émissions

Situation, contexte, date : 1976

  1. Présentation
  2. Bibliographie du roman québécois
  3. La narratologie : l'histoire
  4. La narratologie : le récit
  5. Le modèle théorique du texte romanesque
  6. Histoire de la critique d'Angéline de Montbrun
  7. Angéline de Montbrun : le récit ambigu I
  8. Angéline de Montbrun : le récit ambigu II
  9. Maria Chapdelaine : le récit indéterminé
  10. Un homme et son péché : le récit simpliste
  11. Trente arpents : le récit réaliste I
  12. Trente arpents : le récit réaliste II
  13. Trente arpents : le récit réaliste III
  14. Bonheur d'occasion : le récit larmoyant I
  15. Bonheur d'occasion : le récit larmoyant II
  16. Les lectures mythiques du roman québécois
  17. Poussière sur la ville : le récit ambivalent I
  18. Poussière sur la ville : le récit ambivalent II
  19. Le Libraire : le récit ironique
  20. Prochain Épisode : le récit récité
  21. Une saison dans la vie d'Emmanuel : le récit sarcastique
  22. L'Avalée des avalés : le récit tout court I
  23. L'Avalée des avalés : le récit tout court II
  24. Conclusion

 


(1) En revanche, plusieurs des parties de ce cours ont donné lieu à des publications ultérieures. Les tout premiers chapitres vont correspondre à mon pamphlet paru dès l'année suivante, en 1977, le Petit Manuel des études littéraires, avant de se spécialiser petit à petit en une Grammaire narrative. Tandis que j'ai développé les émissions sur Trente arpents et Bonheur d'occasion en deux articles qui ont tenu compte de toutes les publications sur les deux romans à ce moment, ce qui est évident dans le second cas, puisque j'ai analysé mot à mot tout ce qui avait été publié à ce « sujet » tout au long de l'article (ce sont ses notes infrapaginales), article repris dans le premier volume de mes Polémiques (Singulier, vol. 1, 1992, p. 205-235).


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