TdM RRR / Le Recueil des Récits de Rêve - Édition de Guy Laflèche TGdM

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Introduction Auteurs OEuvres Chronologie


Le songe d'Athalie
Situation Localisation Notes Variantes Références Bibliographie

Jean Racine (*), Athalie, tragédie, 1691

Acte 2, scène 5

Mathan


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600

      Grande reine, est-ce ici votre place ? (1).
Quel trouble vous agite, et quel effroi vous glace ?
Parmi vos ennemis que venez-vous chercher ?
De ce temple profane osez-vous approcher ?
Avez-vous dépouillé cette haine si vive...

Athalie

Prêtez-moi l'un et l'autre (2) une oreille attentive.
      Je ne veux point ici rappeler le passé,
Ni vous rendre raison du sang que j'ai versé.
Ce que j'ai fait, Abner, j'ai cru le devoir faire.
Je ne prends point pour juge un peuple téméraire.
Quoi que son insolence ait osé publier,
Le ciel même a pris soin de me justifier.
Sur d'éclatants succès ma puissance établie
A fait jusqu'aux deux mers (3) respecter Athalie.
Par moi Jérusalem goûte un calme profond.
Le Jourdain ne voit plus l'Arabe vagabond,
Ni l'altier Philistin, par d'éternels ravages,
Comme au temps de vos rois, désoler ses rivages;
Le Syrien me traite et de reine et de soeur.
Enfin de ma maison le perfide oppresseur,
Qui devait jusqu'à moi pousser sa barbarie,
Jéhu, le fier Jéhu, tremble dans Samarie (4).
De toutes parts pressé par un puissant voisin (5),
Que j'ai su soulever contre cet assassin,
Il me laisse en ces lieux souveraine maîtresse.
Je jouissais en paix du fruit de ma sagesse;
Mais un trouble importun vient, depuis quelques jours,
De mes prospérités interrompre le cours.
Un songe (me devrais-je inquiéter d'un songe ?)
Entretient dans mon coeur un chagrin qui le ronge.
Je l'évite partout, partout il me poursuit.
        C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit.
Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée,
Comme au jour de sa mort pompeusement parée.
Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté;
Même elle avait encor cet éclat emprunté
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage,
Pour réparer des ans l'irréparable outrage.
« Tremble, m'a-t-elle dit, fille digne de moi.
Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi.
Je te plains de tomber dans ses mains redoutables,
Ma fille ». En achevant ces mots épouvantables,
Son ombre vers mon lit a paru se baisser;
Et moi, je lui tendais les mains pour l'embrasser.
Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange
D'os et de chair meurtris, et traînés dans la fange,
Des lambeaux pleins de sang, et des membres affreux
Que des chiens dévorants se disputaient entre eux (6).

Abner

Grand Dieu !

Athalie

Dans ce désordre à mes yeux se présente
Un jeune enfant couvert d'une robe éclatante,
Tels qu'on voit des Hébreux les prêtres revêtus.
Sa vue a ranimé mes esprits abattus.
Mais lorsque revenant de mon trouble funeste,
J'admirais sa douceur, son air noble et modeste,
J'ai senti tout à coup un homicide acier,
Que le traître en mon sein a plongé tout entier.
De tant d'objets divers le bizarre assemblage
Peut-être du hasard vous paraît un ouvrage.
Moi-même quelque temps, honteuse de ma peur,
Je l'ai pris pour l'effet d'une sombre vapeur (7).
Mais de ce souvenir mon âme possédée
A deux fois en dormant revu la même idée (a) :
Deux fois mes tristes yeux se sont vu retracer
Ce même enfant toujours tout prêt à me percer.
Lasse enfin des horreurs dont j'étais poursuivie,
J'allais prier Baal de veiller sur ma vie,
Et chercher du repos au pied de ses autels.
Que ne peut la frayeur sur l'esprit des mortels ?
Dans le temple des Juifs un instinct m'a poussée,
Et d'apaiser leur Dieu j'ai conçu la pensée :
J'ai cru que des présents calmeraient son courroux,
Que ce Dieu, quel qu'il soit, en deviendrait plus doux.
Pontife de Baal, excusez ma faiblesse.
J'entre : le peuple fuit, le sacrifice cesse.
Le grand prêtre vers moi s'avance avec fureur.
Pendant qu'il me parlait, ô surprise ! ô terreur !
J'ai vu ce même enfant dont je suis menacée,
Tel qu'un songe effrayant l'a peint à ma pensée.
Je l'ai vu : son même air, son même habit de lin,
Sa démarche, ses yeux, et tous ses traits enfin.
C'est lui-même. Il marchait à côté du grand prêtre;
Mais bientôt à ma vue on l'a fait disparaître.
Voilà quel trouble ici m'oblige à m'arrêter,
Et sur quoi j'ai voulu tous deux vous consulter.
      Que présage, Mathan, ce prodige incroyable ?

Mathan

Ce songe et ce rapport, tout me semble effroyable.

Athalie

Mais cet enfant fatal, Abner, vous l'avez vu :
Quel est-il ? De quel sang ? Et de quelle tribu ?

Abner

Deux enfants à l'autel prêtaient leur ministère.
L'un est fils de Joad, Josabet est sa mère.
L'autre m'est inconnu.

Mathan

Pourquoi délibérer ?
De tous les deux, madame, il se faut assurer.
Vous savez pour Joad mes égards, mes mesures;
Que je ne cherche point à venger mes injures,
Que la seule équité règne en tous mes avis;
Mais lui-même après tout, fût-ce son propre fils,
Voudrait-il un moment laisser vivre un coupable ?

Abner

De quel crime un enfant peut-il être capable ?

Mathan

Le ciel nous le fait voir un poignard à la main :
Le ciel est juste et sage, et ne fait rien en vain.
Que cherchez-vous de plus ?

Abner

Mais, sur la foi d'un songe,
Dans le sang d'un enfant voulez-vous qu'on se plonge ?
Vous ne savez encor de quel père il est né,
Quel il est.

Mathan

On le craint, tout est examiné.
À d'illustres parents s'il doit son origine,
La splendeur de son sort doit hâter sa ruine.
Dans le vulgaire obscur si le sort l'a placé,
Qu'importe qu'au hasard un sang vil soit versé ?
Est-ce aux rois à garder cette lente justice ?
Leur sûreté souvent dépend d'un prompt supplice.
N'allons point les gêner d'un soin embarrassant.
Dès qu'on leur est suspect, on n'est plus innocent.

Abner

Hé quoi, Mathan ? D'un prêtre est-ce là le langage ?
Moi, nourri dans la guerre aux horreurs du carnage,
Des vengeances des rois ministre rigoureux,
C'est moi qui prête ici ma voix au malheureux;
Et vous, qui lui devez des entrailles de père,
Vous, ministre de paix dans les temps de colère,
Couvrant d'un zèle faux votre ressentiment,
Le sang à votre gré coule trop lentement ?
      Vous m'avez commandé de vous parler sans feinte,
Madame : quel est donc ce grand sujet de crainte ?
Un songe, un faible enfant que votre oeil prévenu
Peut-être sans raison croit avoir reconnu.

Athalie

Je le veux croire, Abner; je puis m'être trompée.
Peut-être un songe vain m'a trop préoccupée.
Hé bien ! Il faut revoir cet enfant de plus près;
Il en faut à loisir examiner les traits.
Qu'on les fasse tous deux paraître en ma présence.

Abner

Je crains...

Athalie

      Manquerait-on pour moi de complaisance ?
De ce refus bizarre où seraient les raisons ?
Il pourrait me jeter en d'étranges soupçons.
Que Josabet, vous dis-je, ou Joad les amène.
Je puis, quand je voudrai, parler en souveraine.
Vos prêtres, je veux bien, Abner, vous l'avouer,
Des bontés d'Athalie ont lieu de se louer.
Je sais sur ma conduite et contre ma puissance
Jusqu'où de leurs discours ils portent la licence.
Ils vivent cependant, et leur temple est debout.
Mais je sens que bientôt ma douceur est à bout.
Que Joad mette un frein à son zèle sauvage,
Et ne m'irrite point par un second outrage.
Allez.

[...]

Acte 5, scène 5

[Lorsque Joad lui dévoile enfin l'enfant qu'il a sauvé de ses crimes, Athalie a ce cri :]

Athalie

1728


Ta fourbe à cet enfant, traitre, sera funeste.
D'un fantôme odieux, soldats, délivrez-moi.

[Son appel est vain : Athalie est tombée dans le piège et ses soldats ne peuvent la défendre.]

Acte 5, scène 6

Ismaël, à joad

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1785




1790







1795
Seigneur, le temple est libre et n'a plus d'ennemis.
L'étranger est en fuite, et le Juif est soumis.
Comme le vent dans l'air dissipe la fumée,
La voix du tout-puissant a chassé cette armée.
Nos lévites, du haut de nos sacrés parvis,
D'Okosias au peuple ont annoncé le fils,
Ont conté son enfance au glaive dérobée,
Et la fille d'Achab dans le piège tombée.
[...]
Mathan est égorgé.

Athalie

Dieu des Juifs, tu l'emportes !
Oui, c'est Joas, je cherche en vain à me tromper.
Je reconnais l'endroit où je le fis frapper;
Je vois d'Okosias et le port et le geste :
Tout me retrace enfin un sang que je déteste.
David, David triomphe; Achab seul est détruit.
Impitoyable Dieu, toi seul as tout conduit.
C'est toi qui me flattant d'une vengeance aisée,
M'as vingt fois en un jour à moi-même opposée,
Tantôt pour un enfant excitant mes remords,
Tantôt m'éblouissant de tes riches trésors,
Que j'ai craint de livrer aux flammes, au pillage.
Qu'il règne donc ce fils, ton soin et ton ouvrage;
Et que pour signaler son empire nouveau,
On lui fasse en mon sein enfoncer le couteau.
Voici ce qu'en mourant lui souhaite sa mère :
Que dis-je, souhaiter ? Je me flatte, j'espère
Qu'indocile à ton joug, fatigué de ta loi,
Fidèle au sang d'Achab, qu'il a reçu de moi,
Conforme à son aïeul, à son père semblable,
On verra de David l'héritier détestable
Abolir tes honneurs, profaner ton autel,
Et venger Athalie, Achab et Jézabel.

Joad

Qu'à l'instant hors du temple elle soit emmenée
Et que la sainteté n'en soit point profanée.
Allez, sacrés vengeurs de vos princes meurtris,
De leur sang par sa mort faire cesser les cris.
Si quelque audacieux embrasse sa querelle,
Qu'à la fureur du glaive on le livre avec elle.

Acte 5, scène 7

Joad, aux lévites

[...]

Hé bien ? De cette impie a-t-on puni l'audace ?

Acte 5, scène 8 (dernière scène)

Un lévite


1810







1815
Le fer a de sa vie expié les horreurs.
Jérusalem, longtemps en proie à ses fureurs,
De son joug odieux à la fin soulagée,
Avec joie en son sang la regarde plongée.

Joad

Par cette fin terrible, et due à ses forfaits,
Apprenez, roi des Juifs, et n'oubliez jamais
Que les rois dans le ciel ont un juge sévère,
L'innocence un vengeur, et l'orphelin un père.


Notes

(*) L'oeuvre de Racine compte un second songe, celui d'Assuérus dans Esther, de sorte que la puissance du songe occupe une place essentielle dans ses deux dernières tragédies, ses tragédies chrétiennes, alors que l'onirisme était absent de son théâtre jusque-là.

      Toutefois, le songe d'Assuérus n'est jamais rapporté, coup de génie qui en décuple la puissance. Avant d'être « interprété » (acte 3, scène 2), il est seulement évoqué, et de seconde main, par Hydaspe officier et confident du roi (acte 2, scène 1, v. 384-391) :

Quelque songe effrayant cette nuit l'a frappé.
Pendant que tout gardait un silence paisible,
Sa voix s'est fait entendre avec un cri terrible.
J'ai couru. Le désordre était dans ses discours.
Il s'est plaint d'un péril qui menaçait ses jours :
Il parlait d'ennemi, de ravisseur farouche;
Même le nom d'Esther est sorti de sa bouche.
Il a dans ces horreurs passé toute la nuit.

Ce ne sont là, on le voit que des bribes du songe qui sera interprété entre le 2e et le 3e actes par les devins. Esther, à la demande du roi, a secrètement assisté à cette entrevue, mais c'est encore de biais qu'on apprendra, toujours de la bouche d'Hydaspe, la substance de leur pronostic (acte 3, scène 2) :

J'ai des savants devins entendu la réponse
Ils disent que la main d'un perfide étranger
Dans le sang de la Reine est prête à se plonger;
Et le Roi, qui ne sait où trouver le coupable,
N'impute qu'aux seuls Juifs ce projet détestable.

Dans la dynamique de la tragédie, cet oracle que l'on tire du songe, le spectateur s'en doute comme nous, se révèlera tout à fait juste par son ambiguïté même, puisque c'est la règle de l'oracle. Mais le premier songe racinien présente une caractéristique vraiment originale, celle de formuler l'interprétation d'un songe qui ne sera jamais rapporté, comme si l'on pouvait exposer la morale d'une « fable » dont on ne raconterait que des bribes ! — Nous sommes au XVIIe siècle, au sommet de la tragédie classique. Un écrivain de génie produit donc de fait une définition radicale du songe : puisque ce discours herméneutique se définit par son interprétation (c'est sa validité tautologique), alors il suffit qu'on ait, par une vague évocation subjective et suggestive, la preuve que le roi a songé pour que le « songe d'Assuérus » compte parmi les mieux réussis de la littérature française. À se demander, même, si Racine réussira à se surpasser avec le « songe d'Athalie ».

(1) Athalie est sur le parvis du Temple de Jérusalem, sous le choc : elle vient de voir l'enfant de son cauchemar.

(2) Athalie s'adresse à Mathan et à Abner. Le premier est un apostat, sacrificateur de Baal, ennemi des juifs; le second est au contraire un fidèle de Joad (qui vient justement de lui annoncer un grand événement qui aura lieu avant la fin du jour — la révélation que Joas n'est pas son fils, comme il le croit, mais le dernier descendant de David, le roi des juifs).

(3) La mer Rouge et la Méditerranée (annotation de G. Truc, p. 191, n. 1).

(4) Selon Raymond Picard, Racine aurait « inventé de toutes pièces cette géographie des triomphes de la reine » (p. 892, n. 1). On comprend qu'Athalie a soumis ses voisins et son principal opposant, le général Jéhu, qui n'ose sortir de Samarie, capitale du Royaume d'Israël, à quelque cinquante kilomètres de Jérusalem. Celui-ci a fait assassiner les descendants d'Achab, dont Athalie est la seule survivante.

(5) Ce puissant voisin est « Hazaël, roi de Syrie » (annotation de G. Truc, p. 191, n. 2). Source : 2 Rois, 8 : 28.

(6) Dans sa préface de la pièce, Racine a présenté l'événement évoqué ici : « Jehu extermina toute la postérité d'Achab, et fit jetter par les fenêtres Jézabel, qui, selon la prédiction d'Élie, fut mangée des chiens dans la vigne de ce même Naboth, qu'elle avait fait mourir autrefois pour s'emparer de son héritage ». Source : 1 Rois, chap. 21, « La vigne de Naboth; conduite criminelle d'Achab et de sa femme Jézabel ». Ce récit comprend en particulier les prophéties suivantes de l'Éternel à Élie, sur Achab : « Au lieu même où les chiens ont léché le sang de Naboth, les chiens lécheront aussi ton propre sang » (21 : 19); sur Jézabel : « les chiens mangeront Jézabel près du rempart de Jizreel » (21 : 23). Ce dernier épisode se réalise en 2 Rois, 9 : 6-11, et surtout 30-37, « Jézabel précipitée d'une fenêtre à Jizreel ». Ce sont ces versets qui inspirent les images du songe d'Athalie : elle « mit du fard à ses yeux, se para la tête »; défenestrée, « il rejaillit de son sang sur la muraille et sur les chevaux »; plus tard, après le repas, « ils [les domestiques] allèrent pour l'enterrer, mais ne trouvèrent d'elle que le crâne, les pieds et les paumes des mains; ils retournèrent l'annoncer à Jéhu, qui dit : C'est ce qu'avait déclaré l'Éternel par son serviteur Élie, le Thischbite, en disant : Les chiens mangeront la chair de Jézabel dans le champ de Juzreel ».

(7) C'est l'explication la plus banale qui soit du songe également le plus trivial (non seulement le songe naturel, s'opposant aux phénomènes surnaturels, mais encore le songe de nature corporelle, sans même l'intervention de l'esprit ou de l'âme). Bref, il s'agit d'une manifestation strictement physiologique que les « vapeurs » des humeurs expriment en termes médicaux. On en trouve la même expression chez Jean Mairet et Pierre Corneille, formulée dans le songe de Pauline, n. (4).


Variantes

(a) « Idée, au sens original de forme, image » (annotation de G. Truc, p. 193, n. 1).


Références

Jean Racine, Athalie, dans les OEuvres de Jean Racine, édition de Jean Mesnard, Paris, Hachette (coll. « Les grands écrivains de la France »), 1885, p. 633-638 et 702-705.

      La reproduction électronique de Frantext est accessible dans Gallica, Bibliothèque Nationale de France, où se trouvent également de très nombreuses éditions en mode virtuel, toutes du domaine public.

Édition originale

Jean Racine, Athalie, tragédie tirée de l'Écriture Sainte, Paris, Denis Thierry, 1691.

Éditions critiques

Jean Racine, Théâtre de 1677 à 1691 : « Phèdre », « Esther », « Athalie », édition de Conzague Truc, Paris, Fernand Roches (coll. « Les textes français [...] de l'Association Guillame Budé »), 1930, p. 161-298.

—, OEuvres complètes, vol. 1, Théâtre, poésies, édition de Raymond Picard, Paris, Gallimard (coll. « Bibliothèque de la pléiade »), 1950, p. 863-943.


Situation matérielle

      Acte 2, scène 5, v. 490-524. Nous reproduisons la scène en entier, car le rapport du songe se trouve encadré immédiatement par un discours sur les songes, le tout situé dans la biographie et le comportement psychologique de l'héroïne.

      À partir de là, toute la pièce se trouve engagée dans la dynamique de ce songe « prémonitoire », jusqu'aux dernières scènes de la tragédie, évoquant le songe ou que le songe annonçait. On trouve ici les passages les plus significatifs, essentiels à l'étude du « songe d'Athalie », probablement le plus célèbre des songes et des rêves de la littérature française.

      C'est du moins l'« exemple » qu'en donne Louis de Jaucourt dans l'article « Songe » de l'Encyclopédie pour illustrer le genre littéraire en poésie dramatique.


Situation narrative

      Le grand prêtre Joad cache au Temple de Jérusalem le jeune Joas, le dernier descendant de David, roi des juifs. Athalie avait pourtant ordonné l'assassinat de tous ces descendants de David, dont ce petit-fils. Elle ne soupçonne pas qu'il a eu la vie sauve. En revanche, au sommet de sa gloire, un cauchemar la hante : sa mère Jézabel lui annonce qu'elle mourra comme elle, victime du Dieu des juifs; un enfant — Joas qu'elle vient de voir au Temple ! — la tue froidement d'un coup de poignard.

      La source de la tragédie biblique se trouve pour l'essentiel dans le livre des Rois, dont les éditions courantes de la Bible intitulent l'épisode « Athalie, reine de Juda » (2 Rois, chap. 11; et 2 Chroniques, chap. 22-23). Roland Barthes (Sur Racine, Paris, Seuil, 1960, 1967, p. 128) avait raison d'observer que pour la première fois, dans la dernière tragédie de Racine, les armes (sheakespeariennes) feraient finalement irruption sur scène, lorsque Joad ouvre le fond du théâtre (la plus longue didascalie de Racine). Les Lévites armés se saisiront d'Athalie pour aller la tuer en coulisse.


Bibliographie

Pierrot : 51-54.
Planète : 64-65.

BELLEMIN-NOËL, Jean, « Textanalyser le songe d'Athalie ? », Interlignes, no 3 (printemps), 1995.

DUMORA, Florence, « Le songe d'Athalie ou le retour du même », chap. 14 de l'OEuvre nocturne : songe et représentation au XVIIe siècle, Paris, Champion (coll. « Lumière classique », no 60), 2005, 585 p., p. 419-438.

LICHEN, Klaus, « Une source du songe d'Athalie : le songe d'Armide dans la Jérusalem délivrée », RHLF, no 68 (1968), p. 285-290.

MOREL, Jacques, Agréables songes : essai sur le théâtre français du XVIIe siècle, Paris, Klincksieck, 1991, 460 p. « La mise en scène du songe », p. 35-44; table du corpus, p. 43-44. L'étude permet de constater qu'il y a peu de rapports de songe au théâtre comparables à celui d'Athalie au Grand Siècle; au contraire, Racine redonne au songe une « violence primitive » en s'écartant de la pratique qui consiste à « mettre en scène » spectres, fantômes et événements oniriques.



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