aaaaa Le rêve de Denis
TdM RRR / Le Recueil des Récits de Rêve - édition de Guy Laflèche TGdM

Texte précédent < Julien Green > texte suivant.

Introduction Auteurs OEuvres Chronologie


Le rêve de Denis
Situation Localisation Notes Variantes Références Bibliographie

Julien Green, « L'autre sommeil », nouvelle, 1930

      Un des rêves qui me visitaient le plus familièrement à cette époque est demeuré dans ma mémoire jusqu'en ses moindres circonstances. On ne peut parler de tout, mais puisqu'il s'agit du seul sujet dont j'aie une connaissance absolue, autant le rendre intelligible. C'est une bizarrerie de mon esprit de ne croire à une chose que si je l'ai rêvée. Par croire, je n'entends pas seulement posséder une certitude, mais la retenir en soi de telle sorte que l'être s'en trouve modifié. Aussi, quelque insignifiante qu'elle soit, cette certitude vient toujours se mêler à mes pensées, mais il faut qu'elle pénètre en moi par la porte énéidienne (a) qui livre passage aux songes véritables (1). [...]

Droits d'auteur / Copyrights

Cette oeuvre n'est pas du domaine public et ce récit de rêve est trop long pour être reproduit comme une citation partielle de l'oeuvre dans le cadre d'une utilisation équitable pour fin d'analyse, de critique ou de recherche. Les premières et les dernières lignes du texte vous serviront à le localiser dans l'ouvrage : voyez les rubriques Références et Situation matérielle.

[...]       Ce rêve m'instruisit mieux sur ma vraie nature que toutes les méditations et tous les geste dictés par mon désir. Je sus que j'étais voué aux sens (3). Ainsi apparaissaient les premières limites imposées à mon être. J'en éprouvai moins d'humiliation que de plaisir, car ma vanité était si forte que je trouvais un bonheur presque égal à m'abaisser qu'à m'élever.


Notes

(1) « Il y a deux portes du Sommeil » (Virgile, l'Énéide, fin du livre 6). Avant minuit, les faux rêves viennent au dormeur en passant par la porte d'ivoire, mais après minuit, les « Ombres vraies » lui viennent de la porte de corne (cf. le commentaire de Maurice Rat dans sa traduction de l'Énéide, Paris, Garnier-Flammarion, 1965, où l'on trouvera la concordance de l'Odyssée et des Odes d'Horace sur ce point).

(2) Champ-de-Mars : le parc est situé entre la Tour Eiffel et l'École militaire.

(3) Pour Jacques Petit, confondant le personnage et son auteur, l'« interprétation suggérée », le « désir d'un amour homosexuel », ne serait ni « la plus intéressante, ni la plus juste » (Pléiade, vol. 1, p. 1219). Il s'agirait plutôt, dans ces rêves de dédoublement, d'un profond désir de réconciliation avec soi-même, ce que Green atteindrait après la rédaction de son Autobiographie.


Variantes

(a) Signalons le néologisme ou du moins la dérivation sur l'Énéide de Virgile.

(b) « Strideur » est attesté en ancien provençal (estridor, emprunté au latin stridor) : le DHLF le signale comme « rare et très littéraire ».


Références

Julien Green, l'Autre Sommeil, Genève et Paris, La Palatine (coll. « Les maîtres du roman »), 1950, p. 72-77.

Éditions originales

Julien Green, « L'autre sommeil », la Nouvelle Revue française, avril-juin 1930.

—, l'Autre Sommeil, Paris, Gallimard, 1931.

Édition critique

Julien Green, OEuvres complètes : l'Autre Sommeil, éd. Jacques Petit, vol. 1, Paris, Gallimard (coll. « Bibliothèque de la pléiade »), 1972, p. 839-840.


Situation matérielle

      Vers le milieu de la nouvelle.


Situation narrative

      Denis raconte son existence dans cette courte nouvelle qui se déroule à Paris. Au moment du rêve, il vit seul avec sa mère car son père s'est suicidé il y a quelques années. Il n'a pas beaucoup d'amis et la seule personne qui compte vraiment est son cousin Claude, un orphelin venant de la campagne et que ses parents ont recueilli pendant plusieurs années. Ce songe précède une première aventure où, comme il le dit, « la vie et [ses] rêves essayèrent de se joindre » (p. 844).


Bibliographie

Canovas : 56, 62, 107.

FIELD, Trevor, « The litterary significance of dreams in the novels of Julien Green », Modern Language Review, Cambridge, 1980, no 75, p. 291-300 (l'auteur n'étudie toutefois que les romans de Green).

PETIT, Jacques, annotation de OEuvres complètes de Julien Green, vol. 1, Paris, Gallimard (coll. « Bibliothèque de la pléiade »), 1972, p. 1219-1220.



Situation Localisation Notes Variantes Références Bibliographie
Table du présent fichier